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Marche à la guerre et 2nde Guerre mondiale

MARCHE A LA GUERRE ET SECONDE GUERRE MONDIALE

 

Plan du contenu de cette fiche

         1/ Résumé du livre de René REMOND (1974) : Introduction à l’histoire de notre temps (période  1929-1939)

         2/ Cours : LA SECONDE GUERRE MONDIALE

         3/ Compte-rendu du livre biographique de Bénédicte VERGEZ-CHAIGNON : Pétain (2014)

         4/ Compte-rendu sur  Le dossier Rebatet : réédition intégrale des écrits de Lucien Rebatet avec appareil critique d'historiens (Pascal Ory et Bénédicte Vergez-Chaignon) (2015)

 

        

 

1/ Résumé du livre de René REMOND : Introduction à l’histoire de notre temps ; tome 3 : Le XXe siècle de 1914 à nos jours (1974).  PERIODE 1929-1939

(par F. Le Hech)

 

I/ LA CRISE DES DEMOCRATIES LIBERALES      Conjonction de signes de faiblesse intérieure et d’assauts par des ennemis extérieurs (fascisme, nazisme, communisme)

            1/ Une anticipation mal adaptée pour les jeunes Etats

Pas de tradition politique démocratique en Europe centrale

Structures sociales pas prêtes : pas de bourgeoisie, paysannerie illettrée, tensions ethniques (ex : Polonais/Ukrainiens en Pol)

Démocraties vite balayées par des régimes autoritaires

Pologne : pouvoir confisqué par le maréchal Pilsudsky, avec aide de l’armée et des syndicats ; même chose en Turquie avec M. Kémal, sorte de « despote éclairé »

Idem en Grèce, Yougoslavie, Roumanie, Hongrie

Seule exception démocratique: Tchécoslovaquie (industrialisation, classe ouvrière et bourgeoisie, instruction, forces politiques)

Contagion autoritaire à la Méditerranée : Italie, Espagne (régime de Primo de Rivera 1923-1931), Portugal (1926 : République renversée par l’armée, avec Carmona et Salazar)

Hors Europe : Brésil avec Vargas, Japon des militaires

« épidémie de dictatures »

            2/ Une survivance anachronique dans les vieilles démocraties ?

                        a/ Crise des institutions représentatives

Europe de l’Ouest : gouvernements très dépendants des assemblées, donc affaiblis et instables

Gênant car Etats obligés d’intervenir depuis la guerre: direction de l’économie, régulation sociale…

A l’inverse, rôle du parlement parfois bafoué par l’exécutif (ex en Fra : pratique des décrets-lois à partir du gouvernement Poincaré : sorte de pleins pouvoirs limités à un sujet et dans le temps)

Aux EU : gouvernement fédéral empiète sur le gouvernement des Etats (New deal de Roosevelt à partir de 1933)

                        b/ Nouvelles forces politiques

Depuis fin XIXe (accélération après la guerre), montée en puissance des groupes intermédiaires entre Etat et citoyens : syndicats, associations d’où « Etat assiégé »

Nouveaux partis qui recrutent dans les classes populaires (avant, seulement bourgeoisie) : passage d’une démocratie de notables à une démocratie de masse

GB déstabilisée par l’essor du Parti travailliste (perturbe le bipartisme conservateurs/libéraux)

Fra et Belg : nouveau type de partis, les Ligues, avec un enjeu différent : pas de candidats, antiparlementarisme, accent mis sur l’action et la force

Démocratie assimilée au capitalisme (discrédités par crise de 1929)

            3/ Crise de 1929 et grande dépression

                        a/ Evénement de 1929

24 octobre 1929 : « jeudi noir » à Wall Street : 70 millions de titres ne trouvent pas preneur : crise du crédit et donc de la confiance ; processus cumulatif ; révèle la surévaluation des actions et donc la spéculation

Mais extension à l’ensemble de l’économie : entreprises asphyxiées ; chômage augmente ; baisse de la consommation y compris de produits agricoles

Extension à l’Europe à cause des liens financiers puis aux Pays neufs (concurrence et surproduction industr)

Faillites spectaculaires : Kreditantstalt en Autriche, Citroën en Fra…

                        b/ Effets

 GB et All touchés tout de suite et très fortement (car très industrialisées); Fra seulement fin 1931 [à revoir: cf J. Marseille]

Chômage : EU 12 M, All 6 M, GB 3 M, Fra 0,5 M

Crise amplifie le poids des extrémismes dans les démocraties : (ex : All : voix des chômeurs nécessaires à Hitler pour gagner les élections)

Etats obligés d’intervenir dans l’éco : grands travaux (ex : New Deal), protectionnisme (ex : GB : abandon du libre-échange en 1932)

Commerce international réduit

 

II/ LE COMMUNISME ET L’UNION SOVIETIQUE

            1/ La portée de la révolution soviétique

Parallèle à faire avec la révolution de 1789 : transformation d’un pays mais aussi portée internationale, mise à l’écart par autres pays mais attire les sympathies ; structure internationale (IIIe Internationale, Komintern)

            2/ L’expérience soviétique

Malaise ancien (1ère tentative révolutionnaire en 1905) accentué par la guerre (échecs, souffrances, mauvais commandement)

Révolution de février 1917 : gouvernement bourgeois ne satisfait pas le peuple qui veut la paix ; Bolcheviks de Lénine dans l’opposition mais tiennent les soviets : révolution d’octobre (en fait, novembre)

                        a/ période du communisme de guerre (1918-1921)

paix séparée avec All : traité de Brest-Litovsk (mars 1918)

guerre civile entre Rouges et Blancs + guerre étrangère (Blancs soutenus par Fra, GB, Jap)

Bolcheviks se durcissent : Trotsky organise l’Armée rouge ; terreur politique, réquisitions agricoles forcées : dictature du prolétariat [comme la terreur de 1793] ; 1921 : guerre gagnée

                        b/ La NEP (Nouvelle Politique Economique) (1921-1927)

Population épuisée par la guerre et économie désorganisée : besoin d’une pause, d’une détente (ex : révolte des marins de Cronstadt en mars 1921)

Pas un renoncement au marxisme mais adaptation aux besoins du moment : secteur d’Etat et secteur privé (petit commerce, artisanat)

Création d’une nouvelle bourgeoisie : NEP-men, Koulaks

Compétition à la mort de Lénine (1924) entre Trotsky (romantique visionnaire, révolution universelle) et Staline (calculateur réaliste, socialisme dans un seul pays) ; Staline gagne en 1927 car tient le parti

                        c/ Edification du socialisme (1928-1939)

Faire de l’URSS une grande puissance : industrie lourde par la planification (image de la rationalité, propagande), collectivisation des campagnes (dékoulakisation, kolkhozes et sovkhozes), effort militaire et patriotisme

Confusion entre le Parti et l’Etat (totalitarisme) ; apparence de fédération mais sous contrôle rigide du Parti ; constitution de 1936 d’apparence démocratique (mais candidat unique)

1934 : début de terreur chronique : procès, purges contre le parti, l’armée, l’administration, envoi dans les camps de travail.  Nouveautés : les victimes sont des communistes, pouvoir de Staline sort très concentré

            3/ le communisme dans le monde

                        a/ Lutte des classes dans les sociétés industrielles

Idéologie socialiste (Prolétariat/bourgeoisie) radicalisée : scission des partis et des syndicats ; PC surtout important en All, Fra, Ita (jusqu’en 1922)

                        b/ lutte nationale aux colonies

Pour Lénine, lutte contre impérialisme est dans la logique de lutte contre le capitalisme

Pour les leaders nationalistes, Russie est le modèle qui s’est libéré des capitaux étrangers

Alliance forte avec le Kuo-Min-Tang de Chine jusqu’à rupture de 1927 ; rôle Hô-Chi-minh au Tonkin (1930)

                        c/ courbe de l’évolution

Russie s’intéresse peu aux autres partis communistes

Changement en 1934 (peur des dictatures) : rapprochement de l’URSS avec les démocraties occidentales (Fra surtout, entrée à la SDN), rapprochement des PC avec autres partis démocratiques (ex : Front Populaire de 1935, réunification de la CGT en 1936)

 

III/ LES FASCISMES         Fascio : associations d’anciens combattants italiens, puis le régime de Mussolini, puis les régimes proches

Principale ligne de fracture à partir de 1935 : fascisme/antifascisme

            1/ Nature du fascisme

Corps de doctrine constitué progressivement : instinct contre rationalisme, pragmatisme de l’efficacité (valeur d’action)

[sauf pour le National-socialisme : Mein Kampf écrit par Hitler en prison (1923-25) puis ne change rien]

                        a/ Une réaction de type nationaliste

Nationalisme blessé, vaincu ou inquiet contre l’humiliation de la défaite (ex : All : Diktat, légende du « coup de poignard dans le dos » contre l’armée) ou contre la frustration d’un vainqueur (ex : Ita n’a pas obtenu tout ce qu’elle voulait)

Groupes sociaux touchés ou bienveillants : armée, anciens combattants

                        b/ Antiparlementarisme, antilibéralisme

Réact° contre la démocratie (ex : All contre Weimar née de la défaite), critique contre ses faiblesses et ses divis° (fascisme se veut unitaire)

Contre les valeurs démocratiques : fascisme anti-individualiste (ex : All Ein Volk) rejette la diversité (partis, syndicats…), antilibéral car les libertés affaiblissent l’autorité (censure, camps de concentrat°), anti-rationnel (culte de la force, de la violence, des grandes cérémonies)

                        c/ Pas une réaction traditionnelle

Pas une contre-révolution de type retour à l’Ancien Régime : le fascisme fait appel au peuple (ex : Führer Prinzip en All), a un discours social moderniste(ex : Dopolavoro en Ita, « force par la joie » en All), ne recrute pas chez les aristocrates (plutôt dans des catégories marginalisées puis chez les déclassés de la crise, élite nouvelle)

Conservateurs traditionnels ne voient pas au début les spécificités du fascisme : ils l’utilisent pour mater les tentatives révolutionnaires de gauche, puis rupture (ex : armée, Eglises)

                        d/ Le fascisme est-il analogue au communisme ?

historiens américains les rapprochent : totalitarisme

similitudes des comportements et des méthodes de gouvernements (rôle du parti, terreur…)

mais différence de nature profonde

fascisme est contre tous les internationalismes (politique, capitalisme, Eglise…) : « nationalisme hypertrophié »

                        e/ Variétés nationales:  Ita : exaltation de l’empire romain ; All : racisme comme dogme

            2/ Les destins différents

                        a/ Causes des succès et des échecs

Pourquoi certains pays adhèrent et d’autres pas ? EU, Fra, GB moins concernés

Réappropriation de traditions intellectuelles et politiques plus anciennes (en Esp, Franco se déclare héritier des Rois catholiques) ; Sentiment national ulcéré après la guerre (All, Ita) ; Pays les plus touchés par les crises (ex : All 1923 et 1929) ; Gravité du péril communiste            

                        b/ Les fascismes et la guerre

Pour le nazisme : principe de guerre contenu dans Mein Kampf

Moins évident en Ita (Mussolini prudent jusqu’en 1935 : conquête Ethiopie)

En réalité, indissociables : exaltation de l’aventure, préparation (armée, économie), justification des contraintes imposées au peuple

 

IV/ LES ORIGINES DU SECOND CONFLIT Germes Posés à partir de 1933. Pas une simple réédit°, ni simple prolongement de la 1e Guerre

            1/ Causes de la guerre

                        a/ Héritage des années 1919-1930

2 camps : vainqueurs satisfaits (Fra surtout), « révisionnistes » (All, Hongrie, Ita, URSS jusqu’en 1934)

Europe centrale : Etats faibles mais qui se détestent ; pas de front uni face à l’All

Echec de la conférence sur le désarmement (retrait de l’All en octobre 1933)

                        b/ Crise économique et répercussions

repli de chaque pays sur soi (invention du mot autarcie)

politique économique nationaliste relaie le nationalisme politique et militaire

                        c/ Régimes autoritaires

installation légale en All (janvier 1933) et en Ita (avec coup de bluff de la « marche sur Rome » de Mussolini en octobre 1922)

Hitler transforme immédiatement le régime : dissolution des partis et syndicats, terreur, politique de grands travaux, réarmement

1935 : viol du traité de Versailles (service militaire obligatoire)

Retour de la course aux armements (All a commencé plus tard, mais matériel plus moderne)

Politique de conquête et d’agrandissement territorial

            2/ Enchaînement des crises

                        a/ 1ère Anschluss et Sarre

Hitler s’appuie sur le « droit des peuples » : ambition de regrouper les minorités de langue et de « race » allemandes limitrophes

Autriche : 1ère tentative en 1934 (chancelier Dolfuss assassiné) mais échec à cause de l’Ita (Mussolini, pas encore l’allié de l’All, mobilise)

1935 : Sarre rattachée par voie légale (référendum)

                        b/ Affaire d’Ethiopie et renversement des alliances

avril 1935 : « front de Stresa » : Fra, GB et Ita unies face à All

politique d’aventure Ita en Afrique avec conquête de l’Ethiopie : réunir ses colonies, venger l’échec de 1896

Mais, Ethiopie indépendante membre de la SDN

GB favorable à une politique de fermeté contre Ita ; Fra (gouvernement Laval) hésite et joue double jeu [droite Fra renonce à l’intérêt national pour des sympathies idéologiques et devient pacifiste]

Sanctions de la SDN limitées donc inefficaces ; rapprochement très net All/Ita

                        c/ Remilitarisation de la Rhénanie

All encouragée : faiblesse des démocraties, Ita retournée

Mars 1936 : réoccupation militaire de la rive gauche du Rhin

Fra ne réagit (presque) pas : perte de prestige (les alliés n’ont plus confiance) et encouragement supplémentaire pour Hitler

Affaiblissement de SDN : départ de l’All et du Jap (1933), Ita (1937)

Création de l’Axe (Rome-Berlin) puis du pacte anti-Komintern (avec Jap)

                        d/ Guerre d’Espagne

février 1936 : victoire du Front Populaire ; droite inquiète des désordres

Coup d’Etat en juillet : échec partiel car conçu comme un plan rapide

Transformation en guerre civile puis internationalisation (troupes fascistes, spécialistes allemands, brigades internationales)

Répétition de la Seconde Guerre avec guerre totale (ex : Guernica)

1 M morts, victoire de Franco (mars 1939)

Fra encerclée par trois dictatures

                        e/ Anschluss (mars 1938): Hitler force le chancelier Schuschnigg à prendre un nazi comme ministre de l’Intérieur ; celui-ci fait ensuite appel aux troupes allemandes ; Europe ne réagit pas

                        f/ Munich

Tchécoslovaquie alliée de Fra et URSS ; minorité allemande des Sudètes (3 M) ; crise de septembre 1938

Fra : conjugaison de 2 pacifismes : droite (sympathie pour les idéologies autoritaires), gauche (peur de la guerre)

Conférence à 4 proposée par Mussolini : Tchécoslovaquie pas invitée et démantelée ; moment décisif : capitulation des démocraties

Mars 1939 : Hitler finit de dépecer la Tchécoslovaquie ; avril : Mussolini envahit l’Albanie

                        g/ Pologne, pacte germano-soviétique et guerre

Hitler veut le corridor de Dantzig : Fra et GB assurent la Pol, réarment et négocient avec URSS

Mais, 23 août 1939, annonce du pacte germano-soviétique : pour Staline, désir de gagner du temps, surestimation de la puissance Fra, récupération de territoires (partie de la Pol, Baltes, Finlande)

1er septembre : All attaque la Pol

 

 

2/ Cours : LA SECONDE GUERRE MONDIALE (niveau Première)

(F. Le Hech)

 

Introduction: "la marche à la guerre"

  • succession de violations du traité de Versailles et d'agressions par les forces de l'Axe :

-Remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936

-Anschluss : annexion de l’Autriche en mars 1938

-Démembrement de la Tchécoslovaquie en 1938-1939 : seule démocratie d’Europe centrale, Sudètes (reculade Fra-GB à la conférence de Munich en septembre 1938), puis Bohème (mars 1939) ; prise de conscience de Fra-GB (fin de la politique d'Apaisement largement menée par le 1er ministre anglais N. Chamberlain jusque là)

-Albanie : annexion par Italie en avril 1939

  • parallèlement, création d'un réseau d'alliances par Hitler :

-Axe: pacte entre All et Ita (1936) = alliance idéologique

-Pacte anti-komintern entre All et Japon (1937) = alliance anti-communiste

-Axe Rome-Berlin-Tokyo (1940)

-Pacte germano-soviétique d'août 1939 (1 semaine avant début de la guerre) : très différent des autres alliances ; alliance objective (pas idéologique) avec partie officielle (non agression) et clauses secrètes (partage prévu de la Pologne, réalisé en septembre 1939) ; avantages: pour All (éviter de se battre sur 2 fronts comme pendant la 1GM), pour URSS (encadrement de l'armée décimé par les purges staliniennes d'où temps nécessaire pour le reconstituer)

  • début de la guerre :

Invasion massive de la Pologne par armée All le 1er septembre 1939

Déclaration de guerre par Fra-GB le 3

Mais « drôle de guerre » : quasiment aucune opération militaire avant le printemps 1940

Problématique : Quelles sont les spécificités de la 2GM face à la 1GM ?

 

I/ Les phases militaires

  • vrai début de la 2GM: Invasion de la Chine littorale par le Japon à partir de 1937 (mais en général non perçu car vision européocentrée)
  • 2 phases assez nettement identifiables:

1939-42: victoires de l’Axe

1943-45 : victoires des Alliés et capitulation de l’Axe

  • 1e phase caractérisée par le Blitzkrieg (guerre-éclair ; aviation + chars en masse)

Contre Pologne (2 semaines en 1939), contre pays du Nord (Norvège, Dan), contre PB+ Belg+France (6 semaines en mai-juin 1940), contre URSS (plan Barbarossa : 22 juin 1941 ; avancée profonde presque jusqu’à Moscou)

  • tournant marqué par :

-7 Décembre 1941: Pearl Harbor ; attaque surprise des EU par le Jap ; retournement de l’opinion des EU; rôle de Roosevelt: « victory program » (mobilisation main d’œuvre, industries…)

-Débarquement en Afrique Nord (fin 1942), puis contrôle de la Méditerranée (All et Ita chassés d'Afrique du Nord en mai 1943, puis débarquements en Sicile et Ita)

-Stalingrad (nov 1942-févr 1943) : forces All encerclées par armée soviétique ; combats de rues ; 400 000 All perdus ; impact psychologique ; début de reconquête russe

  • Forces de l’Axe prises en tenaille en Europe :

-Débarquements anglo-saxons: fin 1942 en Afrique du Nord ; 1943 en Sicile, puis Italie ; 1944 en France: 6 juin en Normandie, 15 août en Provence ; libération du Sud de l'Ita, de la Fra, puis aux portes de l'All début 1945

-« Rouleau compresseur » russe à l’est à partir de 1943 ; puis avancée vers All ; 1ers à Berlin en avril 1945 ; suicide d’Hitler

  • Japon fortifié résiste aux EU :

-Décision d'utiliser l'arme atomique ( juste testée en juil 1945) : obliger le Jap à capituler, éviter un débarquement très coûteux en soldats (500 000 morts épargnés)

-2 bombes atomiques: Hiroshima (6 août 1945 ; 70 000 morts) et Nagasaki (9 août 1945 ; 40 000 morts) ; -Capitulation du Japon signée le 2 septembre 1945

  • Bilan humain particulier :

Environ 60 millions de morts : la + meurtrière des guerres (X6 par rapport à la 1GM)

+ de civils (bombardements de villes comme Coventry, Dresde..., massacres comme Oradour, Lidice..., extermination, famine et maladies à la fin de la guerre) que de militaires : effacement de la distinction traditionnelle entre front et arrière

Pays les + touchés: en valeur absolue, l'URSS (20 millions de morts), en pourcentage, la Pologne (15%, surtout juifs)

Pertes de la France : 0,6 million (contre 1,4 pour la 1ère guerre) donc relativement faibles car peu de temps marquée par les opérations militaires (1940 et 1944) ; malgré tout 100 000 soldats tués en 1 mois en 1940 !

Extermination de civils sur base raciale : 5-6 millions de juifs (3/4 d’Europe) ; + 200 000 tsiganes ( 25% du total)

Réflexion morale et philosophique : création de la notion de "crime contre l'humanité" (procès de Nuremberg), développement de la philosophie de l'Absurde (A. Camus : monde dénué de sens, seule la solidarité humaine est utile) et Existentialisme (JP Sartre : Homme agit sur son propre destin) , problème du nucléaire (responsabilité des scientifiques, aspect moral)...

 

II/ Une guerre d’anéantissement

            1/ Une vision idéologique [voir aussi la fiche : Histoire de l'Allemagne depuis 1914, particulièrement le paragraphe de Johann Chapoutot]

  • Rôle d'Himmler :

Un des principaux chefs nazis ; chef de SS + Gestapo ; système concentrationnaire sous son autorité ; suicidé en mai 1945

Utilise les principaux éléments idéologiques nazis :

            « Espace vital » : extension des territoires allemands à l’Est (pris sur les Slaves)

            Inégalité des races; indifférence envers les peuples "non aryens"

            Slaves =« animaux humains » ou "sous-hommes" à asservir

            Guerre d’extermination à l’est contre le « judéo-bolchevisme » (assimilation entre les 2) d'où radicalisation de la violence (massacres de masse prévus)

            58% des prisonniers de guerre russes morts en captivité (traitement inhumain opposé aux lois de la guerre)

  • Pillage économique de l'Europe

Pillage systématique du potentiel industriel en URSS

Vision d'Albert Speer (Ministre de l’armement) :  biens de conso pour Allemands à fabriquer à l’Ouest (Fra, Belg, PB) ; production d’armement concentrée en Allemagne

1943 : création du STO (8 millions d’Européens au service de l’Allemagne)

 

            2/ L’extermination des juifs et des tziganes

  • rappel de l'exclusion et des premières violences contre les juifs en Allemagne avant la guerre :

1933: boycott des magasins ; 1935 : lois de Nuremberg ; 1938 : nuit de cristal

continuation avec la guerre : spoliation des biens des juifs par confiscation ou vente à bas prix (politique d'aryanisation) ; port de l'étoile jaune (couleur de trahison, rappel de pratique du Moyen Age) ; fin 1939 en Pol (brassard avec étoile), fin 1941 en All, 1942 en Fra, Belg, PB

projet d'exil massif à Madagascar: abandonné car non maîtrise des mers face à GB

  • ghettos :

quartiers séparés pour les juifs regroupés dans les villes de Pologne (ex: Varsovie: 400 000 pers/ 1,4 million hab regroupés sur 3% de l'espace urbain)

famine et épidémies (800 000 morts)

Vidés à partir de 1942 : déportation vers camps d’extermination ; insurrection du ghetto de Varsovie au printemps 1943

  • « Shoah par balles »:

 4 Einsatzgruppen (seulement 3000 SS en tout), sur le front russe

exécution systématique des juifs des villes conquises (d'abord hommes, puis rapidement tous)

1,3 million de morts

  • Conférence de Wannsee (près Berlin) le 20 janvier 1942 :

Présidée par R. Heydrich (adjoint de Himmler, absent tout comme Hitler) secondé par Adolf Eichmann

"Solution finale de la question juive" évoquée, mais décision d'extermination de masse (planifiée et systématique de tous les juifs d’Europe) déjà prise avant

Rôle essentiel : asseoir l'autorité d'Heydrich dans le processus et impliquer l'ensemble des rouages administratifs

  • Camps d'extermination (bien différencier avec camps de concentration !) :

6 camps (Treblinka, Sobibor, Belzec, Chelmno ; Auschwitz et Maidanek étant mixtes) construits en 1942 ; tous en Pologne (carrefours ferroviaires, proximité des ghettos)

sélection des valides pour les sonderkommandos (débarrasser les chambres à gaz et brûler les corps dans les crématoires)

utilisation du Zyklon B (insecticide) puis four crématoire (crime secret, plusieurs camps rasés avant leur libération)

mort à la chaîne et déshumanisation totale avec souci d’efficacité (récupération des cheveux, dents en or, vêtements)

3 millions de morts dans les camps (dont 1,1 million pour celui d'Auschwitz, devenu symbolique)

Au total : 5 à 6 millions de juifs exterminés

  • Extermination des tziganes :

Considérés par les Nazis comme « race hybride » et asociaux

Envoi dans des camps de concentration, puis d'extermination

Particulièrement utilisés pour expériences pseudo-médicales (ex: Dr Mengélé à Auschwitz)

 Chiffres des victimes très imprécis: de 200 000 à 500 000 morts selon les historiens

 

III/ La Résistance en France [voir aussi ce que nous ferons en Atelier sur l'histoire de la France]

      1/ Evolution de la France pendant la 2GM

  • Le 10 mai 1940, l’armée allemande attaque à l’Ouest (Pays-Bas, Belgique, France).

-Attaque par la Belgique : armée Fra + GB remonte en Belg ; percée de Sedan (ligne Maginot pas prolongée à cet endroit) ; armée française de Belg prise en tenaille et séparée en 2  (Dunkerque, armée de l’est).

-8-10 millions de personnes fuient vers le Sud: Exode (Fra, Belg, soldats) ; désorganisation accélérée

-14 juin : entrée triomphale de l'armée All à Paris

  • Le gouvernement français, réfugié à Bordeaux, se divise. La majorité, autour du Maréchal Pétain, décide de demander l’armistice.

-Armistice humiliant pour la France signé le 22 juin 1940 à Rethondes (même wagon qu'en 1918, humiliation renforcée car c'est une revanche)

Territoire disloqué en plusieurs morceaux (voir carte), +1,5 millions de prisonniers restent en All (jusqu’à la paix définitive), frais d’occupation (400 millions F/jour) payés par Fra, armée réduite (100 000 hommes), réfugiés politiques allemands livrés aux nazis

 -De Gaulle, opposé à cette défaite, s’exile à Londres d’où il lance, dès le 18 juin 1940, un appel à la résistance à la radio BBC.

  • Installé à Vichy avec son gouvernement, Pétain abat la IIIe République le 10 juillet 1940 et crée un nouveau régime politique dictatorial, qu’il dirige avec Pierre Laval : L’Etat Français.

-24 octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire et entre dans la collaboration avec l’Allemagne.

-Révolution nationale de Pétain : redressement moral, valeurs traditionnelles et réactionnaires, « travail, famille, patrie », contre la Rép et la démocratie

-Régime anti-communiste, mais aussi antisémite (1er statut des juifs début octobre 1940)

  • A partir de 1942-43, la collaboration se renforce sous l’impulsion de Laval

-Rafles des juifs pour être déportés  ; Rafle du Vel d’hiv : 16 juillet 1942 ; participation de la police française ; 13 000 juifs dans la région parisienne (dont 4000 enfants) : beaucoup moins que les chiffres "espérés"

-Création du STO pour les jeunes (Service du travail Obligatoire au profit de l’Allemagne)

-Création de la Milice en 1943 qui aide la Gestapo à traquer les résistants ; chef Joseph Darnand ; environ 30 000 personnes ; police politique ; pratique de la violence ; signe de fascisation du régime

  • 2 débarquements alliés en 1944 (Normandie le 6 juin, Provence le 15 août)

-Pétain et Laval suivent les armées allemandes dans leur retraite en août et sont installés à en Allemagne, à Sigmaringen.

-Rôle de la Résistance intérieure dans la libération du territoire (Bretagne, Limousin, S-O, Alpes)

-25 août 1944 : Paris libéré (entrée symbolique en 1er de la 2e DB du général Leclerc)

2/ Diversité et complexité de la Résistance

  • Définition :     Action volontaire pour entraver l’occupation allemande et la victoire du nazisme

« bricolage héroïque » au départ (peu organisée, actions spontanées: tracts, journaux…)

résistants très minoritaires en 1940-41 ; fort développement en 1943-44

  • Origine et motivation des résistants :

-Variété sociologique : Tous âges, mais souvent jeunes ; + d’hommes que de femmes (souvent cantonnées dans des tâches subalternes ; qq exceptions: B. Albrecht) ; Toutes couches sociales: intellectuels (Vercors), ouvriers... ; Civils et militaires (Gal Delestraint) ; Etrangers (groupe Manouchian) ; Toutes religions: catholiques (Michelet), juifs, protestants

-Variété politique : PCF (Rol-Tanguy à Paris), SFIO (P. Brossolette), Droite (De Gaulle), Extr Droite (J. Renouvin)

-Motifs variés (parfois mêlés) : patriotisme (refus de défaite comme DG), idéologie (PC à partir de 1941, démocrates-chrétiens comme Michelet, réfugiés républicains espagnols comme J. Semprun), poids de l’occupation (réfractaires au STO) , instinct de survie (juifs)       

  • 3 buts:

-Militaire: participer à la libération du territoire ; force d’appoint pour les Alliés dans la guerre (renseignements, parachutages, maquis, sabotages, attentats)             

-Politique: montrer une autre légitimité que celle de l’occupant et des collaborateurs; but de reconstruction qui peut entraîner des tensions (ex: communistes/non-communistes)

-Moral: affirmation de valeurs (dignité et droits de l’Homme)

            3/ Organisation et unification de la Résistance

  • Débuts difficiles

-Développement séparé entre N, S et extérieur (difficultés de communication,particulièrement difficile en zone occupée)

-Petits groupes autour de journaux clandestins (ex: Libération, Combat en 1941) ou de réseaux(renseignements, évasion, organisés par la GB)

  • Facteurs de développement :

-Plan Barbarossa (1941) : entrée massive du PCF dans la résistance (mouvement dans les 2 zones: Front National)

-Occupation du Sud (nov 1942) : fin du mythe protecteur de Vichy, fin de la ligne de démarcation

-STO (1943) : réfractaires deviennent clandestins: dans les maquis

-Stalingrad (1943) : fin du mythe de l’invincibilité allemande, espoir

  • Unification progressive :

-Rôle fédérateur de J. Moulin (envoyé par De Gaulle en France en 1942)

-Création du CNR en mai 1943 à Paris: mouvements, syndicats, partis; programme pour la paix (démocratie, réformes)

-Unification des mouvements du Sud: MUR en 1943 (Combat + Libération Sud + Franc-Tireur), puis de leurs maquis dans l’A.S. ; sauf communistes qui restent F.N. avec maquis FTPF

-MLN : début 1944, MUR + zone nord

-Création des FFI (chef: général Koenig) ; FTPF parfois inclus dans certains départements

4/ Rôle de la Résistance dans la Libération

  • Rôle militaire :

-Insurrections: Corse en 1943, Paris en août 1944

-Libération du Sud-Ouest (ex: Brive 15 août 1944)

-Harcèlement des troupes allemandes (ex: Tulle le 8 juin 1944 ; représailles: 99 pendus)

-Sabotage des voies de communication: ponts, voies ferrées, lignes électriques (retarder les renforts ou retraite allemande)

-FFL: participation aux combats alliés (victoire de Bir Hakeim en Libye en 1942, 2e DB de Leclerc à Paris…)

  • L’épuration :

-Châtiment de ceux qui ont collaboré

-2 formes :      extrajudiciaire (dite aussi spontanée ou sauvage) : faite par les résistants ; 9000 exécutions ; dérapages : femmes tondues et règlements de compte

                        judiciaire (ou légale) : organisée par le gouvernement DG ; 750 exécutions ; prison, indignité nationale… ; procès Pétain, Laval

  • Rôle dans la réorganisation de la France :

-Pas d’union politique, mais domination de la vie politique

-Programme du CNR mis en œuvre (sécurité sociale, nationalisations…)

-Retour à la démocratie : IVe République

 

Conclusion

Conception de la  guerre totale comme une guerre d'anéantissement (théorisée par le militaire prussien Clausewitz au XIXe s), mise en oeuvre pendant la 1GM, est portée à son paroxysme pendant la 2GM

La 2GM a laissé de profondes blessures, particulièrement en Europe : découverte de l’extermination, collaboration/résistance…

Mais, cycle de guerre européenne généralisée (commencé en 1914) se termine pour longtemps (jusqu'à aujourd'hui au moins).

 

3/ Compte rendu du livre biographique de Bénédicte VERGEZ-CHAIGNON : Pétain (2014)

(compte-rendu publié par G. Kauffmann dans l'Express, en septembre 2014)

 

Personnage versatile, militaire cynique, chef d'Etat impuissant... Le Pétain de Bénédicte Vergez-Chaignon, première biographie d'envergure publiée depuis 1987, donne un éclairage nouveau sur l'homme de Verdun et de Vichy. 
Philippe Pétain avait en horreur la famille. Marié sur le tard à une divorcée, cet homme à femmes ne voulut jamais d'enfants. Le même Pétain exaltera, sous Vichy, le foyer et les vertus domestiques.

Il détestait les combinaisons d'une IIIe République ballottée entre les vents contraires du parlementarisme. Une fois porté au pouvoir en 1940, il se laissera entraîner dans un tourbillon d'intrigues qui paralysera l'exécutif, portant à son comble l'instabilité ministérielle. Prétendant restaurer l'ordre et sauver la France, il conduira le pays au bord de la guerre civile.  
Austère et sensuel, cynique et manipulable, inflexible et versatile : les contradictions du personnage donnent chair à la monumentale biographie que lui consacre l'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon. Un quart de siècle après le Pétain de l'historien Marc Ferro (paru en 1987), cette étude précise renouvelle notre connaissance de l'homme grâce à l'exploitation de nombreux fonds d'archives longtemps fermés aux chercheurs.  

On l'oublie souvent : Pétain est le contemporain d'Arthur Rimbaud. Né en 1856, élevé par un grand-oncle qui avait combattu à Arcole et à Rivoli, il s'éteindra au début des Trente Glorieuses... En août 1914, âgé de 58 ans, l'obscur colonel Pétain est tout près de la retraite. Taiseux, dissimulé, ce solitaire a jusqu'alors mené l'existence répétitive des officiers de sa génération : préparation de la revanche, besogneuse ascension dans la carrière, mornes garnisons de province. 

En 1918, son immense prestige renforce une vanité maladive

Le déclenchement de la guerre va enterrer cette première vie sans éclat. Au prix de tensions répétées avec Foch et Nivelle, Pétain impose à Verdun sa conception de la guerre : reculs tactiques, emploi massif de l'artillerie, refus des offensives inutiles. Bénédicte Vergez-Chaignon écorne singulièrement le mythe du "plus humain des chefs". Si Pétain économise la vie des soldats, ce n'est ni par humanisme ni par compassion, mais parce qu'il dispose de ressources humaines limitées. Pour mater les mutineries de 1917, il améliore le quotidien du poilu mais, partisan de la "terreur indispensable", continue de faire fusiller pour l'exemple.  

L'auteur révèle qu'à force de prôner la victoire à petits pas, de valoriser la défensive contre l'offensive, le vainqueur de Verdun sera parfois considéré par ses pairs comme un défaitiste. A trop vouloir éviter le pire en l'envisageant, il semble le prédire. 

Au sortir de la guerre, l'immense prestige de Pétain renforce une vanité maladive. Comblé d'honneurs, il est aussi couvert de femmes - sa correspondance révèle un goût prononcé pour les mises en scène érotiques. Faisant violence à son apolitisme de principe, Pétain accepte en 1935 le portefeuille de la Guerre. Il n'y brillera pas par sa clairvoyance.  

Tandis que l'Allemagne réarme, il fait diminuer les crédits de la défense. Péremptoire, il clame que jamais la Wehrmacht n'osera s'engouffrer dans la forêt des Ardennes ! Cette brève expérience lui laisse un goût amer : "Ce régime est impuissant à cause de la faiblesse de l'exécutif. Je m'en vais heureux de sortir de cette pétaudière." L'auteur fait un sort à la thèse du Pétain comploteur, instrument de la Cagoule et partisan du coup de force contre la République. Trop prudent, trop amoureux de ses aises, le Maréchal, en bon militaire, est trop légaliste pour se laisser entraîner dans ce genre d'aventure. 

En 1939, avec le mélange de fatalisme et de cynisme qui est le sien, Pétain répète que l'entrée en guerre de la France est une erreur. Une fois de plus, il prophétise la catastrophe. Entré dans le cabinet Reynaud en pleine débâcle, l'éternel cassandre tient l'armistice pour la seule issue possible. Bénédicte Vergez-Chaignon fait revivre avec un sens aigu du détail les jeux d'intrigues, l'atmosphère de peur, les grands et petits renoncements qui aboutiront au suicide de la République et au vote des pleins pouvoirs en juillet 1940. 

Réformes avortées, étalage de rivalités...

Déjà règnent au sommet de l'Etat l'incompétence, l'amateurisme et l'improvisation qui feront de Vichy un régime d'instabilité permanente. Car, contrairement à une idée reçue, l'époque fut moins marquée par le triomphe des technocrates que par les réformes avortées, les créations juridiques encombrantes et superficielles, l'étalage de rivalités et d'ambitions autour d'un maréchal décrépi, indifférent, incapable de trancher. La Charte du travail se résume ainsi à un catalogue de principes flous et souvent inapplicables. Les notions qui imprègnent la propagande pétainiste - autorité, hiérarchie, communauté - ne seront jamais définies et encore moins appliquées à la conduite de l'Etat. En revanche, le souci d'efficacité l'emportera dans la traque des juifs, la chasse aux communistes et les juridictions d'exception. 

Le même flottement, doublé de naïveté et d'aveuglement, marque le choix de la collaboration. Contrairement aux espoirs de Pétain, Hitler n'eut jamais l'intention d'engager une négociation globale, ni même d'envisager une série de "donnant-donnant". La collaboration ne sera que le grossier habillage du pillage de la France, de la coercition et de la subordination. Sincèrement convaincu de sa mission - protéger les Français -, Pétain se laisse duper en faisant semblant de garder l'initiative. Pierre Laval devient son cauchemar. Il fume sous son nez et complote dans son dos. Congédié en décembre 1940, Laval revient à Vichy pour l'insulter en présence de l'ambassadeur d'Allemagne : "Fantoche, baudruche, girouette qui tourne à tous les vents." 

Pétain tente vainement de relancer la collaboration avec Darlan, subit le retour de Laval, tolère l'espionnage de la Gestapo jusque dans ses bureaux et laisse le régime de Vichy se muer en Etat milicien. Populaire malgré tout, il s'accroche au pouvoir par orgueil, enfantillage sénile et goût du décorum. Quitte à se poser en victime, en semi- captif dont le sacrifice tournerait au martyr. Cette ligne de défense, il l'adoptera lors de son procès en juillet 1945. Or, jusqu'au bout, Pétain, jouant d'une lucidité à éclipses, va faire preuve d'une redoutable roublardise.  

En 1943, il tente ainsi de prendre appui sur la SS pour se débarrasser de Laval. Jusqu'au bout, refusant de se dédire, il défendra "l'entente sincère entre la France et l'Allemagne". Coeur sec, jouisseur, opportuniste, Pétain fut le prophète de malheur d'une France naufragée, à l'image de la vieillesse de cet officier d'un autre temps, dénué de sens politique et terriblement infatué de sa personne. 

 

 

4/ Le dossier Rebatet : réédition intégrale des écrits de Lucien Rebatet avec appareil critique d'historiens : préface de Pascal Ory et annotations de Bénédicte Vergez-Chaignon (2015)

(compte-rendu par F. Le Hech)

 

-Contenu :

            "Les Décombres" : best-seller de l'Occupation publié pour la 1e fois en 1942 : 65 000 exemplaires vendus ; "écrivain de l'année" pour Radio-Paris

            Manuscrit inédit écrit en prison après la guerre

-Parcours de jeunesse de Rebatet :

            journaliste, critique de cinéma et de musique

            entré à l'Action Française en 1929, puis dérive vers le fascisme et l'athéisme antisémite au journal "Je suis partout"

-Idées nazies :

            fasciné par et Hitler l'uniforme allemand : mise en scène, esthétique et physique

            développe des haines contre Maurras (pas assez violent), le Régime de Vichy (bourgeoisie dégénérescente), l'armée française ("femmelettes"), les juifs

            sur les juifs : "bêtes malfaisantes, impures" ; projet de les regrouper dans une réserve en Afrique ou en Sibérie ; ne parle pas explicitement d'extermination, mais son discours y conduit

            collaborationniste convaincu ; R. Brasillach dit qu'il est "le plus violent d'entre nous"

-Fin de guerre :

            suit les Allemands à Sigmaringen

            arrêté le 8 mai 1945

            procès et condamnation à mort, peine commuée en travaux forcés à perpétuité, puis gracié par Vincent Auriol (1947) et libéré en 1952

            n'a jamais fait preuve de remords

            en 1951: publie "Les deux étendards", véritable chef d'oeuvre littéraire, mais dans l'indifférence générale

-Réflexion sur la republication de ses écrits :

            nombreux écrits-sources publiés ces dernières années : correspondance entre Himmler et sa femme, correspondance Morand-Chardonne (2 vichystes), "carnets noirs" de Heidegger, oeuvre de Drieu La Rochelle entrée dans la collection Pléiade... Pourquoi un tel engouement ?

            historiens plutôt méfiants : Annette Wieviorka parle "d'appétence [pour les]salauds" ; Serge Klarsfeld craint le retour des "mêmes thèmes et mêmes clichés complotistes[...] dans une période de crise et de chômage"

            historiens favorables: pour Fabrice d'Almeida : "une partie de leur pouvoir de conversion a été détruite"; Daniel Cordier souhaite que tout soit publié au nom de la liberté, sans censure

-Quelques extraits qui montrent sa violence :

            -contre François Mauriac (écrivain catholique et homosexuel) : "ces oscillations entre l'eucharistie et le bordel à pédérastes [...] forment l'unique drame de sa prose aussi bien que de sa conscience" ; "il est étonnant que l'on n'ait même pas encore su lui intimer le silence" (appel au meurtre)

            -contre les juifs, écrit après la guerre : "les juifs ont été les agents enthousiastes d'une guerre qui pouvait tout leur rendre, mais où mon pays avait tout à perdre. Je les ai violemment combattus, parce que je luttais pour la paix" (ne témoigne absolument aucun remords)

 

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