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Guerre Froide

HISTOIRE DE LA GUERRE FROIDE

 

Pan du contenu de cette fiche

         1/ Point sur la situation du monde en 1945

         2/ Origines de la guerre froide

         3/ Principales crises de la guerre froide

         4/ L’Ostpolitik de Willy Brandt

         5/ Cours : LA GUERRE FROIDE DE 1947 A 1962

         6/ Cours : LES RELATIONS INTERNATIONALES DE 1963 AUX ANNEES 1990

         7/ Compte-rendu du dernier livre d'Hélène CARRERE D'ENCAUSSE

         8/ LES DEUX GRANDS MODELES IDEOLOGIQUES (surtout années 1950-60)

         9/ L’ORGANISATION DES BLOCS PENDANT LA GUERRE FROIDE

 

 

 

1/ Point sur la situation du monde en 1945

Réalisé par F. Le Hech

 

1/ Deux nouvelles grandes puissances (les "Grands")

            a/ Etats-Unis

- pas de destructions sur le territoire (sauf Pearl Harbor)

- reconversion des soldats : 10 millions hommes à démobiliser ; 400 000 morts ;  GI Bill (juin 1944): bourse pour études, prêts garantis pour investissements et logements

- maintien de l’Etat-providence : mis en place par Roosevelt dans les années 1930 (New Deal) ; Fair Deal de Truman en 1949: hausse du salaire minimum, système de sécurité sociale, politique de l’habitat, grands travaux

- puissance technologique et scientifique : Victory programm de 1942 (mobilisation humaine, organisation du complexe militaro-industriel), bombe atomique

- puissance économique et financière : loi prêt-bail (1941, accordée à GB puis URSS, remboursement différé),  40% du PNB mondial (X2 pendant la guerre) ; 2/3 stock d’or mondial, accords de Bretton-Woods (juillet 1944, suprématie du $), GATT en 1947 (favoriser le commerce international)

- refuge pour intellectuels anti-nazis(A. Einstein, H. Arendt), récupération de scientifiques nazis (ex: H. Von Braun, V1 et V2, puis intégré à la NASA)

- attraction du modèle américain : consommation de masse, abondance, vecteurs amenés par les soldats (jazz, chewing-gum, cigarettes, coca...)

- présence militaire: Japon occupé, Allemagne, présence en Europe de l'Ouest...

            b/ URSS        

- 26 millions morts (mais reprise démographique rapide) ; épuisement, mais victoire

- reconstruction énorme : mais nouvelles bases: industrialisation  de l’Oural (nucléaire) et du Kouzbass (charbon, Sibérie ssudoccidentale)

- consensus national : « la grande guerre patriotique » (référence à 1812 contre Napoléon)

- apogée de Staline: cumul des fonctions (Etat, PCUS, armée)

- prestige communiste : rôle dans la résistance de différents pays ; se présente comme le rempart contre le nazisme (pacte germano-soviétique oublié)

- présence militaire: Armée Rouge stationnée en Europe centrale et orientale, Allemagne

 

2/ Europe exsangue

- un affaiblissement général :

            Allemagne et Italie vaincues 

            GB victorieuse mais affaiblie financièrement (endettement) ; reste cependant considérée comme un "Grand" (participe aux conférence donc rôle politique)

             France entachée par la collaboration (non invitée aux conférences) ; déclin masqué en 1918 très visible en 1945 ; tour de force de De Gaulle : apparaître tout de même parmi les vainqueurs (avec aide importante de Churchill qui craint d'être isolé face aux 2 Grands d'où zone d'occupation en Allemagne, veto à l'ONU)

- un objet disputé : pas maîtresse de son destin, territoire libéré et occupé par les 2 Grands ; annexions unilatérales de l’URSS (ex: Etats baltes)

- un pouvoir colonial contesté : 1ères indépendances de colonies proclamées en Asie dès 1945 (Vietnam, Indonésie) ; contestations grandissante partout (ex: Setif en 1945, Madagascar en 1947...)

 

3/ Fondation de l’ONU

- Conférence et Charte de San Francisco (avril-juin 1945) : organisme pour remplacer la SDN, éviter les erreurs, 51 Etats fondateurs, 5 permanents au conseil de sécurité avec droit de veto (les vainqueurs de la 2GM) ; initiative de Roosevelt (Charte de l’Atlantique de 1941) ; siège à NY

- Paralysie rapide : + 240 vetos en 45 ans ; chaise vide de l’URSS 1949-51 (protestation contre siège donné à Chine nationaliste), puis siège ensuite (erreur de guerre de Corée : chaise vide a permis aux EU d'envoyer leur armée avec mandat ONU )

 

2/ Origines de la guerre froide

Résumé de l'article de Justine Faure (prof à SciencesPo Strasbourg) :  « De la Grande Alliance à l’affrontement armé Est-Ouest (1944-1950) : origines de la Guerre froide et débats historiographiques »,

Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°3, novembre-décembre 2007, www.histoire-politique.fr

 

1/ Le monde au sortir de la guerre

La Seconde guerre mondiale apparaît comme la matrice de la Guerre froide, non du fait des rivalités entre alliés, car la Grande Alliance a dans l’ensemble relativement bien fonctionné durant le conflit, mais parce qu’elle détruisit l’ordre international de l’entre-deux-guerres et modifia les équilibres préexistants.

            Un saut dans l’inconnu

Il semble essentiel de souligner combien en 1944-1945 il était difficile de déchiffrer l’avenir, même pour les meilleurs analystes de l’époque.

Tout d’abord, la Seconde guerre mondiale représente une rupture militaire, avec la mise au point d’une nouvelle arme – la bombe atomique – qui, même si toutes ses implications ne sont pas encore connues, modifie déjà clairement les capacités de destruction. La rupture est aussi d’ordre politique et socio-économique, du fait du

chaos né de la guerre et de la contestation de l’ancien ordre établi. Ainsi, les empires impériaux commencent-ils à se fissurer, les forces révolutionnaires à progresser en Chine, les Républicains à s’affirmer en Italie ou en Grèce, et le paysage politique à basculer vers la gauche, avec des partis communistes puissants en Italie (1,8 million de membres), en Tchécoslovaquie (1,2 million), en France (un million)… Enfin, sur le plan diplomatique, les bouleversements sont nombreux. À quoi va ressembler une scène internationale désormais dominée par l’URSS et les États-Unis, deux pays auparavant en marge des relations internationales ? Quel va être l’avenir de la Grande Alliance une fois la guerre gagnée ? L’URSS va-t-elle encourager en Europe

des révolutions communistes ? Les États-Unis, après la mort de Roosevelt le 12 avril 1945, vont-ils renouer avec l’isolationnisme ?

De cette difficulté à imaginer le monde de l’après-guerre découlent deux conséquences essentielles. D’une part, les divergences étaient nombreuses parmi les décideurs : selon les sources (archives militaires, diplomatiques…), les points de vue diffèrent, voire s’opposent. Par exemple, à Londres en 1945, les militaires se méfiaient déjà de l’URSS alors que le Foreign Office prévoyait une entente durable

avec Staline. [...] D’autre part, la difficulté à appréhender le monde de l’après-guerre conduisit à une grande

improvisation, d’où des stratégies parfois contradictoires. Aucun des Alliés n’avait de plan très précis car l’avenir incertain et l’évolution extrêmement rapide de la situation rendaient difficile la définition d’une politique unique. C’est pourquoi les Alliés se fixèrent quelques objectifs fondamentaux en terme de sécurité et de puissance mais firent toujours en sorte de ménager l’avenir en n’excluant aucune alternative.

            L’inégalité des Alliés face aux destructions

La deuxième grande caractéristique de l’après-guerre est le déséquilibre du rapport de force entre les trois Grands [...]. Les États-Unis sortent du conflit indiscutablement renforcés : pertes humaines relativement faibles (300 000 morts), PNB multiplié par deux, monopole de l’arme nucléaire et mise en place d’un nouveau système économique international favorable à leurs intérêts. Cependant, l’exercice de cette puissance est conditionnée à l’abandon de l’isolationnisme. À l’inverse, l’URSS a payé un très lourd tribut humain et économique à l’écrasement des forces de l’Axe (plus de 20 millions de morts, capacité industrielle réduite d’un quart, agriculture ravagée…). De cette situation découlent trois éléments : un profond sentiment de vulnérabilité, accentué par l’explosion des bombes nucléaires américaines, la priorité absolue accordée à la reconstruction du pays et enfin le sentiment que les revendications soviétiques sont légitimes au regard du prix payé à la lutte contre le nazisme (les Soviétiques ont infligé 93% des pertes allemandes au combat). La Grande-Bretagne sort elle aussi affaiblie de la guerre. Malgré sa résistance à Hitler et le rôle essentiel tenu par le Premier ministre Winston Churchill dans le règlement diplomatique du conflit, la perte d’influence de Londres est réelle. Cependant, les dirigeants britanniques croient ces difficultés provisoires et espèrent pouvoir redresser la situation de façon à faire jeu égal avec les Américains et les Soviétiques.

 

2/ La Grande Alliance, de la guerre à la paix

            Une alliance qui garde un sens une fois la paix revenue

La guerre terminée, les trois Grands continuèrent de trouver leur intérêt – au moins à court terme – dans la préservation de la Grande Alliance. Pour l’URSS, elle permettait de recevoir les aides financières indispensables à une reconstruction rapide, et d’atteindre des objectifs géostratégiques que Moscou ne pouvait obtenir seule, dont le principal était la neutralisation de la menace allemande. Pour la Grande-Bretagne, la Grande Alliance était le moyen de conserver son statut de grande puissance, notamment grâce aux mécanismes de décision à trois. La Grande Alliance était d’autant plus profitable aux Britanniques que les Soviétiques

considéraient qu’il était dans leur intérêt d’y valoriser la place de la Grande-Bretagne, afin d’éviter un rapprochement trop étroit entre Londres et Washington. Les ÉtatsUnis, du fait de leur puissance, avaient un intérêt moindre à la poursuite de la Grande Alliance, d’où la liberté avec laquelle Truman traita Molotov lors de leur première rencontre, le 23 avril 1945, exprimant sans fard son mécontentement devant la situation en Pologne. La Grande Alliance présentait cependant un avantage : elle était le gage de la mise en place du nouveau système de sécurité collective et d’un retour à une paix durable.

À l’arrêt des combats, le maintien de la Grande Alliance n’était donc en rien inconciliable avec les objectifs de sécurité et de puissance de chacun des alliés, les servant même dans le cas soviétique et britannique. C’est pourquoi en 1945, les trois Grands œuvrèrent à mettre en place un nouvel ordre européen qui ménage les

intérêts de chacun.

            Le principe d’une division de l’Europe en sphères d’influence

Les Alliés commencèrent à réfléchir à la future architecture européenne à partir de 1943-1944. Staline avait à long terme le projet de faire de son pays l’unique puissance dominante du continent. Mais, au sortir de la guerre, il visait deux objectifs immédiats : préserver le nouveau tracé des frontières soviétiques et contrôler

l’Europe centrale et orientale, afin d’éviter qu’elle ne se transforme à nouveau en « cordon sanitaire » anti-bolchevique. Elle devait au contraire devenir une zone tampon qui participe à la reconstruction économique de l’URSS et la protège d’une résurgence de la menace allemande. Staline voulait-il dès 1945 bolcheviser cette

région ? En l’état des sources, il semble bien qu’il pensait à cette époque pouvoir contrôler sa sphère d’influence sans avoir besoin d’y établir par la force ou la subversion une dictature à la soviétique. [...]. Bruno Arcidiacono montre bien que dans les pays où les partis non communistes jouèrent le jeu de l’entente avec les communistes, comme la Hongrie et la Tchécoslovaquie, des pratiques démocratiques subsistèrent plusieurs années, la bolchevisation ayant lieu au sortir de la guerre dans les pays où cette entente était

impossible. Les intérêts britanniques au sortir de la guerre n’étaient pas incompatibles avec ceux des Soviétiques puisque la priorité était donnée à l’empire, la Méditerranée et l’Europe occidentale. L’administration Truman partageait le même intérêt pour l’Europe occidentale, partenaire diplomatique et économique indispensable, rompant avec un Roosevelt plus marqué par la tradition européanophobe américaine. Ce rapide état des lieux montre qu’il n’existait pas en 1944-1945 de concurrences spatiales entre les Alliés, d’où leur accord pour diviser l’Europe en sphères d’influence.

Jusqu’à récemment, les historiens refusaient l’idée selon laquelle Londres et Washington avaient accepté l’inclusion de l’Europe centrale et balkanique dans une sphère d’influence soviétique. Pour les historiens dits orthodoxes, les États-Unis, attachés au droit à l’autodétermination, avaient catégoriquement refusé un tel

arrangement et c’est à la suite des atteintes aux libertés perpétrées par Moscou chez ses voisins qu’ils avaient pris conscience d’un danger soviétique. Pour ces historiens, la Guerre froide était donc née en Europe centrale et balkanique. C’était aussi le point de vue des historiens dits révisionnistes, qui expliquaient cependant que les efforts américains pour préserver leurs intérêts économiques dans la région avaient conduit à la fin de la Grande Alliance. Les historiens post-révisionnistes, raisonnant en terme d’intérêt national, remarquèrent avec justesse que l’Europe centrale et balkanique était tout à fait périphérique pour les États-Unis et la Grande-Bretagne. Ils en déduirent donc que ces deux pays y avaient mené une « non-politique », à peine camouflée par une rhétorique universaliste.

Depuis la déclassification presque totale des archives américaines consacrées aux années de l’après-guerre, on peut désormais analyser la politique des Anglo-Américains sous l’angle du concept de sphère d’influence ouverte. Londres et Washington trouvaient légitime la volonté soviétique d’acquérir un rôle prééminent en Europe centrale et balkanique : au regard de l’histoire, il leur semblait normal que l’URSS souhaite former à ses

frontières un glacis protecteur. C’est pourquoi ils acceptèrent que cette région glisse sous la domination soviétique, comme le montre [...] la décision prise à Yalta de composer en majorité le nouveau gouvernement polonais de membres du comité pro-soviétique [...]. Cependant, les Anglo-américains restèrent soucieux de conserver dans la sphère d’influence soviétique certains moyens de pressions, d’où ce concept de sphère d’influence ouverte : les pays voisins de l’URSS ne devaient subir aucune ingérence dans leurs affaires intérieures, Moscou ne pouvant exiger qu’une politique étrangère conforme à ses intérêts [...].

Staline s’alarma grandement de ces idées, alors qu’il respectait la prééminence anglo-américaine en Europe occidentale, [...]conscient que la révolution ne pouvait réussir en France et en Italie, et même en obligeant les communistes à participer aux gouvernements de ces pays. Staline avait besoin des Anglo-américains pour terminer la guerre et reconstruire son pays, d’où une politique de profil bas dans des régions non vitales à l’intérêt soviétique. Enfin, dans le cas français, Staline souhaitait établir de bonnes relations avec le général de Gaulle, qui pouvait faire contrepoids à l’influence anglo-américaine en Europe occidentale. [...]

En Chine, il signa en août 1945 un traité avec le Guomindang, persuadé que le parti communiste n’avait pas les moyens de la victoire et soucieux d’éviter tout conflit avec les Américains sur la question chinoise.

Malgré la prudence de Staline, les Anglo-américains eurent le sentiment d’assister au cours des premiers mois de l’année 1946 à l’émergence d’une politique soviétique de plus en plus agressive, notamment en Méditerranée et en Allemagne.

 

3/ 1946 : l’heure des compromis est-elle passée ?

            Les débuts d’un expansionnisme soviétique ?

Alors que la Grande-Bretagne avait clairement signifié sa volonté de conserver un rôle prééminent en Méditerranée, Moscou parut vouloir lui contester cette position.

Dès l’automne 1945, le gouvernement Attlee s’inquiéta des revendications soviétiques sur la Tripolitaine (Libye) et des premières pressions sur la Turquie [...]. Puis, au début de l’année 1946, Staline refusa de retirer ses troupes du nord de l’Iran et soutint les mouvements séparatistes azéris.

Les Américains et les Britanniques réagirent fermement à ce qui semblait être la manifestation d’un projet expansionniste vers un pays stratégique du fait de son pétrole et de sa situation géopolitique. Excédé, Truman déclara à son secrétaire d’État en janvier 1946 : « Le temps des compromis est passé ; je suis fatigué de pouponner les Soviétiques » et le célèbre discours de Churchill à Fulton (Missouri) en mars 1946 fut en grande partie alimenté par la crise iranienne.

Avec l’ouverture des archives iraniennes et russes, les historiens offrent un nouveau regard sur ce conflit. D’une part, il apparaît que le gouvernement iranien alimenta la crise en envoyant à Londres et à Washington des rapports extrêmement alarmistes sur les activités soviétiques, qui donnaient l’impression que Moscou cherchait à démanteler l’Iran. D’autre part, les archives russes montrent que l’objectif de Staline n’était pas de contrôler l’Iran mais d’avoir accès à son pétrole, gage d’une reconstruction rapide, alors que Téhéran semblait peu empressé d’accéder aux demandes soviétiques. Et si le 26 mars 1946, Staline annonça le retrait de l’Armée rouge d’Iran, effectif le 9 mai, c’est bien parce que quelques jours auparavant Téhéran avait accepté le principe d’un accord pétrolier. Staline abandonna alors totalement son ancien allié, le parti démocratique d’Azerbaïdjan, et ne fit pas un geste lorsque ses partisans se firent massacrer en décembre 1946. Les ressorts de la politique

soviétique en Iran ne furent cependant pas compris à Londres et à Washington [...].

La politique soviétique en Allemagne renforça encore la suspicion de Londres et Washington. La création en avril 1946 dans la zone d’occupation soviétique du parti socialiste unifié (SED), né de la fusion forcée du parti social-démocrate et du parti communiste, apparut comme la manifestation d’un projet de soviétisation à court

terme du pays. L’ouverture des archives soviétiques et de l’ex-RDA permet de jeter un regard moins simpliste sur la politique allemande de Staline, construite non pas en fonction d’un dessein délibéré et politiquement motivé mais à la suite d’une série de compromis ad hoc et d’objectifs contradictoires, dont les résultats ne servirent pas toujours les intérêts de l’URSS. Ainsi, l’objectif initial de Staline était une soviétisation de l’Allemagne toute entière par la voie légale, les forces communistes gagnant en popularité grâce à la technique

du Front national et à une diplomatie soviétique favorable au retour à l’unité allemande. Cependant, cette stratégie présentait de nombreuses faiblesses. Tout d’abord, la popularité de l’URSS en Allemagne était lourdement handicapée par les circonstances de l’arrivée de l’Armée rouge (on parle désormais de deux millions d’Allemandes violées) et par les ponctions sur l’appareil industriel, les impératifs

économiques et politiques entrant ici clairement en conflit. Ensuite, Moscou considéra à tort que la classe politique des zones occidentales refusait l’idée d’une division du pays et était en conséquence prête à n’importe quel compromis avec l’URSS. Enfin, le respect des libertés et de la démocratie, qui pourtant devait permettre de maintenir l’unité des quatre puissances occupantes et le succès de la voie légaliste, était régulièrement abandonné. Melvyn Leffler avance une explication quasi culturelle : les Soviétiques ont soviétisé leur zone d’occupation parce qu’ils ne savaient pas faire autre chose. Norman Naimark voit plutôt dans cette incohérence la conséquence de la multiplicité des centres de décision et d’exécution. La politique soviétique en Allemagne présentait une dernière faiblesse. Une des obsessions de Staline était d’empêcher la résurgence de la menace allemande. Il aurait donc dû accepter la proposition américaine d’un traité sur la démilitarisation de l’Allemagne (conférence de Londres, septembre-octobre 1945) qui, a priori, allait dans le sens des revendications soviétiques en terme de sécurité. Mais ce traité entrait aussi en contradiction avec deux autres éléments de la diplomatie stalinienne. Il aurait d’une part conduit à un retrait d’Allemagne des armées d’occupation et donc créé un précédent pour les autres pays occupés par l’Armée rouge, qui auraient pu à leur tour demander le retrait des forces soviétiques. Or il n’était pas question pour Staline d’affaiblir son contrôle sur l’Europe centrale et balkanique. D’autre part, la puissance soviétique en Allemagne tenait à sa présence militaire, car Moscou avait clairement conscience qu’elle ne pourrait jamais rivaliser avec les Américains en terme d’influence économique. La démilitarisation de l’Allemagne était ainsi conforme au désir de sécurité soviétique mais contrevenait à son désir de contrôler à terme l’Allemagne toute entière. Molotov rejeta donc le projet américain, ce qui éveilla la méfiance de Londres et de Washington, qui eurent l’impression que la peur

soviétique du revanchisme allemand n’était qu’un prétexte pour affaiblir l’Allemagne afin de mieux la contrôler.

C’est dans ce contexte que les Américains commencèrent à réfléchir à une réorganisation des zones d’occupation occidentales de l’Allemagne : [...] en juillet 1946  ils proposèrent aux Britanniques la fusion de leurs zones [...]. Les historiens ont souvent expliqué ces décisions par des raisons défensives : les premiers pas vers la création d’un État ouest-allemand ont été faits en réaction à la soviétisation de la zone soviétique. Cependant, un livre récemment publié de Carolyn Eisenberg offre une analyse inverse de la politique allemande des États-Unis, soulignant au contraire le fait que la division de l’Allemagne a été un objectif américain précoce et que la politique soviétique n’a servi que de prétexte pour mettre en œuvre un projet mûri de longue date.

L’année 1946 fut donc marquée par une aggravation des méfiances réciproques. Dans ces conditions, toute politique visant à préserver la Grande Alliance apparut de plus en plus à l’Ouest comme de l’apaisement.

            L’influence accrue des opposants à l’esprit de compromis

Le 22 février 1946, George Kennan, analyste réputé de la politique soviétique, rédigea pour le département d’État un rapport sur la stratégie stalinienne, baptisé par la suite le « long télégramme », dans lequel il recommandait l’arrêt de la politique d’entente avec l’URSS du fait de l’agressivité du Kremlin. Ce texte connut un grand succès à Washington, offrant un cadre théorique au président Truman qui, dès son arrivée au

pouvoir, avait douté de la bonne foi soviétique. Puis en septembre, l’un des plus proches conseillers de Truman, Mark Clifford, rendit un rapport sur la politique étrangère soviétique dans lequel il affirmait que Staline pouvait d’un moment à l’autre déclencher un nouveau conflit mondial, ce qui était très loin de la vérité.

Les décideurs américains n’étaient pas les seuls à s’inquiéter : par exemple, en mars 1946, Frank Roberts, chargé d’affaire à l’ambassade britannique à Moscou, envoya plusieurs rapports consacrés à la diplomatie soviétique. [...] Roberts manifestait le même pessimisme sur les chances de survie de la Grande Alliance, tout comme d’autres membres éminents de la diplomatie britannique. Le Foreign Office était désormais clairement passé dans l’opposition à une politique de compromis vis-à-vis de l’URSS [...].

Du côté soviétique, l’hostilité grandit aussi à l’égard des Anglo-Américains. Le 27 septembre 1946, l’ambassadeur à Washington, Nikolaï Novikov, envoya à Moscou une analyse inquiète de la politique américaine : « Il faut accorder une grande attention au fait que les États-Unis sont en train de se préparer à une future guerre et qu’elle sera menée contre l’URSS, qui aux yeux des impérialistes américains est le principal obstacle à leur domination sur le monde ».

Si 1946 avait été l’année de la montée de la méfiance, 1947 fut celle de l’affirmation publique de la rupture de la Grande Alliance.

 

4/ L’année 1947 : un tournant ?

            L’activisme américain

Deux éléments conduisirent les dirigeants américains à se détourner publiquement de la Grande Alliance. Le premier tient à la situation socio-économique du continent européen : l’hiver 1946-1947, particulièrement rigoureux, souligna la lenteur de la reconstruction. Cette situation explosive pouvait profiter aux communistes, comme le remarqua un rapport des services de renseignement en mars 1947 : « Le plus grand danger pour la sécurité des Etats-Unis est la possibilité d’un effondrement économique en Europe occidentale et par conséquent l’accession au pouvoir d’éléments communistes ». George Kennan résuma ce danger par une formule synthétique : « C’est l’ombre et non la substance d’un danger qu’il nous faut

combattre ». Ainsi, c’est surtout la perspective d’une montée du communisme en Europe occidentale pour des raisons endogènes, exploitée ensuite par Moscou, qui inquiétait les décideurs américains, et non la possibilité d’opérations militaires ou subversives soviétiques. Le président Truman dut parallèlement affronter le désengagement international de la Grande-Bretagne qui en février 1947 l’informa officiellement qu’elle n’avait plus les moyens de son engagement en Méditerranée (Grèce).

Le Président américain annonça donc le 12 mars l’octroi d’une aide économique et militaire importante à la Grèce et à la Turquie et dessina les contours d’un monde bipolaire, théâtre d’un affrontement entre la démocratie et la barbarie. Puis, par la voix du secrétaire d’État George Marshall, Washington proposa une aide économique massive à l’Europe. Au regard des relations américano-soviétiques, le plan Marshall avait une forte dimension « subversive », comme le montre les archives récemment déclassifiées : c’était une tentative pour désolidariser de Moscou certains pays d’Europe centrale, en les plaçant devant l’alternative de la misère avec l’URSS ou de la prospérité aux côtés des États-Unis. [...] Cependant, après un moment de flottement, les dirigeants soviétiques perçurent le danger : le 3 juillet, Molotov quitta Paris où les Européens s’étaient réunis pour réfléchir à la proposition américaine et, le 10 juillet, Staline obligea la Tchécoslovaquie et la Pologne à faire marche arrière et à refuser l'aide Marshall.

            Les réactions des autres puissances

Washington fut soutenu dans sa politique de fermeté par la Grande-Bretagne [...], par la France et l’Italie dont les gouvernements se défirent en mai des ministres communistes.

Staline accompagna dans une certaine mesure le durcissement des relations EstOuest. En Europe centrale, les partis communistes abandonnèrent définitivement le principe du respect des pratiques démocratiques. En Pologne, les élections de janvier 1947 furent remportées par les communistes dans une atmosphère de fraudes, de violence et d’intimidation. Au printemps, Moscou critiqua le parti communiste tchécoslovaque, lui reprochant son manque de « vigilance », et demanda la mise en place d’une stratégie agressive vis-à-vis des « forces de réaction ». Cependant, les forces non communistes parvinrent à subsister à Prague et Budapest. La politique soviétique vis-à-vis de la Grèce se durcit elle aussi : en mai 1947, Staline promit enfin au chef des communistes grecs, Nikos Zachariadis, en visite à Moscou, l’aide militaire tant attendue. Puis en septembre, lors de la conférence de Szklarska Poreba, le Kominform fut créé.

Cependant, la politique soviétique vis-à-vis de la France et de l’Italie continua de suivre une ligne modérée. Malgré l’exclusion des ministres communistes italiens et français, Staline continua d’interdire tout recours à la subversion. Les grèves de novembre 1947 en France n’avaient rien d’une tentative de prise de pouvoir mais étaient destinées à gêner la mise en œuvre du plan Marshall. [...]

La Guerre froide a-t-elle commencé en 1947 ? Oui dans une large mesure car des blocs antagonistes commencent à se dessiner et l’hostilité à dominer dans les discours. L’année 1948 peut être alors considérée comme l’an 1 de la Guerre froide, avec la chute de la dernière démocratie en Europe centrale et le premier affrontement direct à Berlin entre les anciens alliés. Cependant, cette année se révèle aussi riche en ambivalences, signe d’une situation internationale qui garde une certaine fluidité.

 

5/ 1948 : une bipolarisation encore incomplète

            Les deux Grands raffermissent leur contrôle sur leur camp

Le coup de Prague de février 1948 fut pour les Occidentaux un réel choc. Même si l’idée d’une Europe coupée en deux par le Rideau de fer avait fait son chemin depuis le discours de Fulton, ces événements marquèrent les opinions pour plusieurs raisons. La première est la facilité avec laquelle les communistes avaient légalement

pris le pouvoir dans un pays aux solides traditions démocratiques. Ce scénario ne risquait-il pas de se reproduire en Europe occidentale ? Ensuite, au même moment, l’URSS faisait pression sur la Finlande et les tensions politiques étaient vives en Italie. Enfin, le coup de Prague n’annonçait-il pas les débuts d’un expansionnisme

soviétique tout comme l’invasion de mars 1939 avait été le prélude de la Seconde guerre mondiale ? C’est pourquoi cet événement suscita dans le camp occidental une véritable « war scare », aggravée par le télégramme du général américain Lucius Clay, alors haut-commissaire militaire en Allemagne, qui prévenait Washington que la guerre pouvait éclater avec une « soudaineté dramatique », analyse que partageait

la CIA (rapport à Truman du 16 mars). [...]

            Les premiers affrontements entre les deux Grands

Le blocus de Berlin a été pour les Occidentaux la confirmation d’une menace soviétique croissante. Cependant, l’historien Mikhail Narinski offre à partir des archives russes une nouvelle analyse de cet événement. Comme nous l’avons vu, l’objectif de Staline était d’éviter la partition de l’Allemagne pour faire passer progressivement le pays tout entier dans l’orbite soviétique. À partir de l’automne 1947, le Kremlin perçut de plus en plus clairement qu’il allait à l’échec, en particulier lorsque la France accepta la fusion de sa zone avec la bizone anglo-américaine. Sa stratégie fut alors d’aller à la confrontation, non pour éliminer l’influence occidentale

sur Berlin ou pour déclencher un conflit majeur, mais pour pouvoir ensuite négocier en position de force. Cependant, Staline, percevant les démocraties comme fondamentalement faibles et divisées, sous-estima la résolution des États-Unis et leurs capacités à défendre l’Allemagne. L’échec du blocus de Berlin fut l’ultime étape d’une politique soviétique chaotique et contradictoire, qui à force de poursuivre des objectifs multiples, était parvenue à une situation néfaste pour l’URSS : la division de l’Allemagne. [...]

Contrairement à son nom, la politique du containment visait bien à refouler la présence soviétique en Europe, comme l’explicita la directive NSC 20/4 (novembre 1948) : « Nous devons, par des moyens qui excluent la guerre, encourager et promouvoir la rétractation graduelle du pouvoir soviétique illégitime hors de son

périmètre actuel afin qu’il retrouve ses frontière traditionnelles et nous devons encourager et promouvoir l’émergence des pays est-européens comme des entités indépendantes de l’URSS. » Trois leviers étaient à la disposition des Américains pour atteindre cet objectif : l’encouragement au communisme national de type titiste, d’où le soutien économique à Tito dès sa rupture avec Moscou en juin 1948, les opérations paramilitaires destinées à soutenir les groupes anti-communistes qui subsistèrent quelque temps derrière le Rideau de fer et la « guerre psychologique » incarnée par les radios Voice of America et Radio Free Europe.

L’année 1948 marque donc dans une large mesure les vrais débuts de la Guerre froide, avec « l’homogénéisation » des deux camps et les premiers affrontements.

Cependant, on ne peut pas encore parler d’une division totale du continent européen : à côté des éléments de fermeture subsistent des espaces d’échanges spécifiquement européens.

            Les relations intra-européennes

En 1948, malgré la chute de la démocratie tchécoslovaque et la répression des forces non communistes en Europe centrale et balkanique, le Rideau de fer demeurait encore parfois une frontière en pointillé. Ainsi, les centres culturels occidentaux continuaient de fonctionner en Europe centrale et des journalistes non communistes y étaient accrédités. En juillet 1949, le directeur du New York Times en visite à Prague déclara même : « Il est difficile de s’y souvenir qu’on est dans un pays communiste ». L’URSS permettait aussi à ses satellites de commercer avec l’Occident, n’étant pas en mesure d’œuvrer seule à leur reconstruction. Par exemple, la Tchécoslovaquie continua d’appartenir au GATT jusqu’en 1949 [...].

L’administration Truman, malgré l’embargo commercial décrété par le Congrès en mars 1948 contre le bloc soviétique, était favorable à ces échanges Est-Ouest quand ils servaient des entreprises américaines ou aidaient à la reconstruction de l’Europe occidentale. Ainsi, en 1949, 25% du charbon consommé en Europe occidentale

provenait de Pologne, pays qui eut jusqu’en 1950 une marge de manœuvre importante dans la définition de ses priorités commerciales, malgré la création en janvier 1949 du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM).

Il existait donc bien en 1948 une dimension spécifiquement européenne des relations internationales, visible dans les échanges inter-européens comme dans les premiers pas de la construction européenne. Cela signifiait-il qu’il restait possible en 1948 de créer un ensemble autonome des deux Grands, une « troisième force » ? Une fois encore, l’appréciation de la situation tient dans l’analyse faite de la politique britannique, qui a suscité des interprétations divergentes : quel était donc l’objectif du gouvernement Attlee lors de la signature du traité de Bruxelles (mars 1948) ?

Pour certains historiens, ce traité ne visait qu’à rassurer les Américains sur le sens des responsabilités de leurs alliés afin de mieux les impliquer dans la défense de l’Europe. Pour d’autres, Bevin (GB) croyait en 1947-1948 à la possibilité de créer un bloc ouest-européen autonome, cette fameuse « troisième force », susceptible de traiter presque à égal avec les deux Grands. D’autres historiens font le lien entre les options européenne et atlantiste. En revanche, les historiens s’accordent sur le fait qu’au fur et à mesure de l’année 1948, la dimension atlantique de la diplomatie britannique s’affirma car, avec la militarisation du conflit Est-Ouest induite par le blocus de Berlin, Londres considérait l’alliance avec les États-Unis comme indispensable [...]. En outre, la grave crise financière qui frappait Londres rendait le soutien de Washington nécessaire, éloignant d’autant l’intérêt d’une « troisième force ». Enfin, les orientations fédéralistes proposées par la France et la Belgique déplaisaient grandement à la Grande-Bretagne, qui perdit son intérêt pour la construction européenne.

L’implication des Américains en Europe occidentale connut alors en 1948 un développement important. En avril fut créée l’Organisation de coopération économique européenne (OECE) chargée de répartir et coordonner l’aide du plan Marshall. Puis le 11 juin 1948, le Congrès vota la résolution Vandenberg qui posait les bases légales de la présence permanente de troupes américaines en Europe.

 

6/ 1949-1950 : naissance des blocs et radicalisation de l’affrontement Est-Ouest

            La stalinisation de l’Europe de l’Est

Les espaces d’échanges Est-Ouest qui existaient dans le bloc soviétique disparurent totalement en 1949-1950, dans la lignée de la réunion du Kominform de novembre 1949, tenue à Matra (Hongrie), qui appelait à l’intensification de la « vigilance révolutionnaire ». La présence occidentale derrière le rideau de fer fut alors

anéantie : les centres culturels qui subsistaient furent fermés, le personnel des ambassades réduit et les journalistes non-communistes furent expulsés, voire emprisonnés. Dans le cas bulgare, les relations diplomatiques avec les États-Unis furent même rompues en février 1950. Cette élimination de la présence occidentale alla de pair avec l’arrivée massive des « conseillers » soviétiques chargés de mener la soviétisation totale de l’économie, de l’armée et de la police. Ils jouèrent aussi un rôle important dans l’épuration des directions communistes est-européennes. Ces purges frappèrent la Hongrie tout d’abord, avec le procès Rajk à l’automne 1949, puis les autres pays de l’Est, avec l’éviction de Wladyslaw Gomulka en Pologne ou la condamnation à mort de Rudolf Slansky. Ces procès spectacles réduisirent à néant les espoirs américains de susciter en Europe centrale de nouveaux Tito.

            L’anticommunisme devient le ciment du bloc occidental

Le durcissement idéologique fut sensible aussi dans le camp américain. Le recours à l’anticommunisme avait été utilisé dès 1947 par l’administration Truman pour mobiliser les Américains mais il échappa au gouvernement à partir de 1949, après la « perte de la Chine » qui fit le lit du maccarthysme. [...]

L’anticommunisme et la volonté de combattre l’URSS se répandit aussi dans les opinions publiques ouest-européennes, alors que les partis communistes nationaux durcissaient le ton de leur propagande anti-américaine. L’historien Georges-Henri Soutou considère que l’année 1950, avec la guerre de Corée, marque la naissance en

France d’un véritable esprit atlantique. Il se traduisit par exemple par la création en septembre 1950, grâce aux fonds secrets du gouvernement français, du mouvement Paix et Liberté. Ailleurs en Europe, la CIA fut la source – secrète – d’inspiration et de financement de plusieurs organisations anticommunistes, comme la Fédération populaire pour la paix et la liberté (VVF) en RFA [...]

            La militarisation de l’affrontement Est-Ouest

Outre ces développements idéologico-politiques, les années 1949-1950 furent marquées par l’entrée du conflit Est-Ouest dans une nouvelle dimension : la dimension militaire. Tout d’abord, les alliés des États-Unis signèrent en avril 1949 le traité de l’Atlantique nord et en décembre 1950, l’Alliance atlantique se dota d’une

structure permanente, l’OTAN, capable de mener à bien le réarmement conventionnel de l’Europe et de mettre en place les moyens de résister à une attaque soviétique, y compris dans le domaine nucléaire.

Ensuite, en août 1949, l’URSS annonça qu’elle possédait l’arme nucléaire, information accueillie avec angoisse à Washington car les experts n’avaient pas imaginé une acquisition aussi rapide. Le sentiment de vulnérabilité s’accrut encore lorsqu’en octobre 1949 Mao annonça la création de la République populaire de Chine.

L’administration Truman réorienta en conséquence sa politique en adoptant en juin 1950 la directive top secret NSC 6858. Elle offrait une vision apocalyptique de l’URSS, multipliant les références à un « dessein soviétique » et expliquant que l’URSS était « animée par une foi fanatique, antithétique à la nôtre et cherchant à imposer son autorité absolue sur le reste du monde ». Face à cette menace, la directive préconisait deux ripostes. La première était la militarisation du camp américain, qui se traduisit par une augmentation très importante du budget militaire des États-Unis et par le lancement du programme de recherche sur la bombe H. La seconde était la mondialisation de l’intérêt national américain : chaque région du monde était désormais un enjeu potentiel du conflit américano-soviétique.

L’éclatement de la guerre de Corée sembla confirmer tous les présupposés de la directive NSC 68 : le 25 juin 1950, les troupes de la Corée du Nord, alliée de l’URSS, envahirent la Corée du Sud, alliée des États-Unis. Pour l’administration Truman, les raisons de cette offensive étaient limpides : Staline poursuivait son rêve de révolution communiste mondiale, n’hésitant pas à aller à l’affrontement armé avec les Etats-Unis.

            La guerre de Corée et la mondialisation de la Guerre froide

Jusqu’au milieu des années 1990, le déclenchement de la guerre de Corée était interprété de deux manières opposées : la version « orthodoxe » affirmait que Staline était à l’origine du conflit et la version « révisionniste » soutenait que la guerre de Corée était une guerre civile, qui ne devait rien à Staline. Les documents récemment déclassifiés permettent pour l’instant d’analyser de la manière suivante les origines de ce conflit. Depuis mars 1949, le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Il Sung, demandait en vain à Moscou son aide pour réunifier par les armes la péninsule coréenne. Le 30 janvier 1950, Staline donna finalement son feu vert pour plusieurs raisons. La première était la certitude que les États-Unis ne s’engageraient pas dans le conflit[...]. De plus, Kim Il Sung avait affirmé que la victoire du Nord sur le Sud serait si rapide (entre deux semaines et deux mois) que cela ne laisserait pas le temps aux Occidentaux de s’organiser. Cette volonté soviétique d’éviter tout affrontement militaire avec les Américains fut confirmée par l’extrême prudence de Staline durant les premières phases du conflit. La deuxième raison du feu vert stalinien était l’espoir de bénéficier - une fois l’unification acquise - d’un accès privilégié à des ports libres de glace, élément d’autant plus important qu’avec le traité sino-soviétique de février 1950, l’URSS perdrait ses privilèges sur les ports de Mandchourie. Staline espérait enfin arrimer fermement la Chine à l’URSS en l’obligeant à participer à un conflit décidé à Moscou et non à Pékin.

Cependant, malgré la dimension exclusivement régionale du conflit, la guerre de Corée constitua un tournant de la Guerre froide lorsque le président Truman décida d’intervenir aux côtés de la Corée du Sud. Une fois encore, Staline avait sous-estimé la détermination des Américains à protéger leurs alliés. Ainsi, la guerre de Corée conduisit à la mondialisation de l’affrontement Est-Ouest et confirma aux yeux des protagonistes l’importance du facteur militaire, lançant la course aux armements.

Elle révèle aussi pleinement combien l’expression de Guerre froide est mal appropriée puisque la guerre de Corée fit au minimum deux millions de morts.

 

Conclusion

L’histoire des origines de la Guerre froide telle qu’elle s’écrit depuis une dizaine d’années s’est donc enrichie de multiples apports. Après les larges synthèses des décennies précédentes, de multiples études de cas ont permis de revisiter les premières années du conflit. À la lumière des nouvelles archives, on comprend désormais mieux combien la dégradation de la Grande Alliance fut un processus graduel, qui toucha de manière différenciée les pays et leurs décideurs. On appréhende plus clairement les multiples facteurs qui participèrent à cette évolution : les idéologies communiste et anti-communiste, les objectifs de puissance des deux Grands, les manœuvres de leurs alliés… La politique stalinienne nous est aussi un peu mieux connue, notamment dans sa dimension fortement défensive.

La conjonction de ces facteurs fait naître en 1950 un nouvel ordre international, fondé sur la mondialisation du conflit Est-Ouest, et donc sur la bipolarisation du monde, et sur le risque d’un affrontement nucléaire entre les deux Grands. Et malgré les périodes de détente qui ponctuèrent l’affrontement Est-Ouest, ces deux caractéristiques structurèrent les relations internationales jusqu’à la chute de l’URSS.

 

 

3/ Principales crises de la guerre froide

Réalisé par F. Le Hech

Bibliographie indicative

Pascal BONIFACE (dir): Atlas des relations internationales, ed Hatier, 2008

Serge CORDELLIER (dir) : Le dictionnaire historique et géopolitique du 20 e siècle, ed La découverte, 2005

Georges-Henri SOUTOU : La guerre de Cinquante Ans (1943-1990), ed Fayard, 2001

 

1/ Crises de Berlin et Allemagne

-Commission quadripartite pour gérer l'All après la défaite nazie : EU, URSS, GB, Fra

-4 zones d'occupation (décision à Yalta et Potsdam) pour All et pour Berlin (symbole du nazisme)

-arrière pensée de Staline (selon Soutou) : récupérer le contrôle de toute l'All

-désaccord progressif et méfiance accrue :

            inflation à l'Ouest provoquée par Staline (a récupéré les "planches à billets" du Reich et crée de l'inflation à l'Ouest)

            démantèlement des usines de l'Est pour les remonter en URSS (pillage économique)

            refus du plan Marshall par la zone Est (1947) sur ordre de Staline

            à l'Ouest: réunion des 3 zones (août 1946) et réforme monétaire en 1948 (création Deutsche Mark)

-1948 : retrait de l'URSS de la Commission (mars), puis annonce du blocus de Berlin Ouest par l'URSS (juin) :

                        toutes voies terrestres coupées (routes, voies ferrées, canaux)

                        buts: faire partir les Occidentaux, empêcher la création de l'Allemagne de l'Ouest

                        riposte occidentale par "pont aérien" (audace technique) pour ravitailler les 2,5 millions hab de Berlin Ouest avec 275 000 rotations d'avions

                        responsabilité de l'URSS de déclencher une guerre si tir sur avions américains

                        d'où inutilité de poursuivre le blocus (levé en mai 1949)

-Conséquences :

            Berlin, symbole du "combat pour la liberté" pour l'Occident

            Réhabilitation de l'Allemagne à l'Ouest : création de la RFA (basée sur la Loi fondamentale), intégrée à l'OTAN en 1954, 1er chancelier: K. Adenauer (1949-1963)   ; Occidentaux vus comme des protecteurs  (pas comme des occupants) face à l'URSS

            Riposte URSS : création RDA soviétisée, puis Pacte de Varsovie en 1955

            Berlin, point faible de l'Est: fuite de 3 millions d'All vers l'Ouest de 1945 à 1961 ; preuve de la faiblesse du système communiste ; nuit du 13 août 1961 : construction du "mur de la honte" (devenu symbole de la rupture Est/Ouest en Europe)

 

2/ Guerre de Corée, paroxysme de la guerre froide

-Colonie japonaise de 1910 à 1945, puis occupation (jusqu'en 1949) par armées russe et américaine (limite : 38e // décidée à Yalta) ; constitution progressive de 2 Etats : communiste au Nord (Kim-Il-Sung), pro-américain au Sud (dictateur S. Rhee) : "rideau de fer asiatique"

-Discours de D. Acheson (secrétaire d'Etat des EU) en janvier 1950 semble exclure la Corée du "périmètre défensif" des EU ; 250 000 Nord-Coréens, confortés, attaquent et envahissent presque tout le Sud, sans résistance

-EU obtiennent mandat de l'ONU pour intervenir : pas de veto au Conseil de Sécurité car : siège chinois donné à Taïwan et  "chaise vide" de l'URSS pour protester contre l'écartement de la Chine communiste du Conseil

-Marché proposé à Truman et Staline par Nehru (Inde) : admission de Chine communiste à l'ONU contre paix en Corée ; refus des EU

-octobre 1950 : attaque des EU, libération de Corée du Sud, puis 3/4 de Corée du Nord envahis (volonté de réunifier) ; intervention de la Chine de Mao : envoi de 500 000 "volontaires", équipés par l'URSS, pour aider les Nord-Coréens ; recul des EU en janvier 1951 et stabilisation du front

-Général MacArthur (chef de l'armée américaine) propose l'usage de bombe atomique contre la Chine ; refus de Truman (peur d'une 3e guerre mondiale) et révocation du général (avril 1951)

-négociations pendant 2 ans, puis armistice de Pan Mun Jon (juillet 1953) : zone démilitarisée entre les 2 Etats ; intégration dans les blocs ; 1,4 million de morts Coréens et + 50 000 morts Américains

-conséquences :

            vague d'anticommunisme sans précédent aux EU (maccarthysme)

            paradoxe : impossibilité d'utiliser l'arme atomique mais renforcement des programmes de recherche nucléaire dans les 2 camps (pour retrouver une forme de supériorité sur l'autre).

 

3/ La crise de Suez

-manifestation d'un "condominium soviéto-américain" (direction commune du monde)

-Colonel Nasser, nationaliste arabe, prend le pouvoir en Egypte en 1954

-Relations se détériorent avec EU : refus de livrer des armes à l'Egypte  (d'où achetées au bloc communiste) et annulation de l'aide promise pour construire le barrage d'Assouan

-Nasser se rapproche de l'URSS et décide de nationaliser le canal de Suez (juillet 1956), possession d'une société franco-anglaise

-Expédition militaire montée entre France (aussi pour couper le soutien de Nasser au FLN algérien), GB (intérêt économique du canal) et Israël (ennemi de l'Egypte dans la région) ; réalisée fin octobre 1956

-Attaque mal perçue par EU (n'ont pas été prévenus) et pays du Tiers-Monde (considérée comme du colonialisme)

-URSS ravie (détournement des regards de la répression en Hongrie), mais menace les 3 attaquants d'utiliser la bombe atomique contre eux

-EU abandonnent les 3 attaquants et font des pressions financières pour leur retrait : fiasco pour les attaquants qui se retirent (24 h après l'attaque !) ; remplacés pour la première fois par les Casques Bleus de l'ONU

-Conséquences diverses :

            Fra: sentiment anti-américain, détermination à acquérir l'arme atomique, 2e humiliation après Dien-Bien Phu

            GB : prise de conscience de l'impossibilité d'agir sans les EU, d'où rapprochement

            Isolement géographique d'Israël renforcé ; victoire pour le Tiers-Monde et pays arabes.

 

4/ La crise de Cuba

-Prise de pouvoir par F. Castro (avec Che Guevara) en janvier 1959 lors d'une révolution populaire contre le dictateur Batista (soutenu par EU) : EU gênés car Castro nationalise les intérêts américains (habitués à considérer l'île comme une "république bananière") et fait une réforme agraire (terres possédées par des étrangers redistribuées aux petits paysans)

-Actions des EU:         embargo décidé en octobre 1960

                                   débarquement raté dans la baie des cochons en avril 1961 (mal organisé par la CIA,seulement 1200 hommes, résistance populaire))

-Rapprochement de Castro avec URSS

-octobre 1962 : avion espion des EU photographie des rampes de lancement d'armes nucléaires à Cuba : menace directe contre les EU (200 km de la Floride)

-Riposte de Kennedy :            blocus naval autour de Cuba pour empêcher des bateaux soviétiques d'accoster

                                   ultimatum contre URSS pour démanteler les rampes

                                   parle de "risque de guerre mondiale"

-Négociations "au bord du gouffre" entre les 2 Grands, secrètes, sans consulter Cuba (ressentiment de Castro contre URSS)

-Résultats:       retrait des rampes russes contre levée du blocus et promesse de ne pas envahir Cuba

                        victoire apparente de Kennedy (fermeté) sur Khrouchtchev (aventurisme)

                        réalité : victoire communiste (maintien à Cuba + démantèlement de fusées des EU en Turquie)

                        tournant des relations Est/Ouest : entrée dans la Détente (1963 : "téléphone rouge")

 

5/ La guerre du Vietnam

-Juillet 1954 : départ de la Fra d'Indochine après défaite de Dien Bien Phu ; partage de fait du Vietnam en 2 (17e//) : Nord communiste (Ho Chi Minh) et Sud (dictature proaméricaine Ngo Dinh Diem)

-Sud confronté à une guérilla communiste du FNL (Front National de Libération = Vietcongs) soutenue et ravitaillée par le Nord + URSS + Chine, par la "piste Ho Chi Minh" qui passe par les pays voisins

-1ers conseillers militaires américains envoyés au Sud en 1958 (dans le cadre du containment), puis intensification progressive surtout sous Johnson (1965: 275 000 soldats ; 1969 : 500 000 soldats) : peur du basculement de toute la région dans le communisme

-guerre des EU devient impopulaire et inefficace :

            bombardements massifs (7 millions tonnes) contre les civils (renforcent leur détermination)

            utilisation du napalm (scandale au niveau international)

            critiques aux EU: jeunes (mouvement hippie 1968, repris en partie en Europe occidentale), vétérans (racontent les exactions), médias et artistes (ex: J. Fonda, J. Baez), coût (50 millions $/jour)

            critiques des alliés (ex: discours de Phnom Penh par De Gaulle en 1966)

-offensive communiste du Têt (1968) généralisée contre le Sud : tournant de la guerre même si échec

-changement de politique sous Nixon (conseillé par Kissinger) : "vietnamisation" du conflit (retrait progressif) et négociations ; accords de Paris (janvier 1973) entre Kissinger et Le Duc Tho : retrait des troupes américaines en 2 mois contre cessez-le-feu

-conséquences :

            58 000 morts américains et "syndrome vietnamien" (traumatisme de la défaite, réticences à intervenir ailleurs), +2 millions morts Vietnamiens

            avril 1975 : invasion totale du Sud par le Nord (Saïgon rebaptisé Ho Chi Minh Ville) et réunification du Vietnam; extension du communisme aux pays voisins: Laos et Cambodge

            fuite de nombreux Vietnamiens et Cambodgiens : "boat people"

            cinéma américain très sombre: Apocalypse Now (FF Coppola 1979), Voyage au bout de l'enfer (M Cimino 1978)

 

6/ La guerre d'Afghanistan

-guerre double: guerre civile + intervention étrangère

-avril 1978 : coup d'Etat communiste soutenu par URSS, mais PC afghan impopulaire dans les campagnes et très divisé d'où développement d'une résistance musulmane active (= Moudjahidin)

-décembre 1979 : invasion par l'URSS (crainte de contagion de la révolte musulmane en URSS) ; 1981 : 120 000 soldats russes

-janvier 1980 : condamnation par l'AG de l'ONU (vote des pays musulmans et du Tiers-Monde) ; sanctions par Carter contre URSS : embargo sur les céréales, boycott des J.O. de Moscou

-résistance afghane (souvent extrémistes musulmans) soutenue par EU et pays musulmans (base de repli au Pakistan) ; Russes ne contrôlent que Kaboul ; pays très montagneux favorise la résistance

-enlisement soviétique : "vietnam russe", tournant décisif ; impopularité de la guerre même en URSS, coût exorbitant

-désengagement sous Gorbatchev en 1986-1989

 

 

4/ L’Ostpolitik de Willy Brandt

extrait du site Internet : http://www.cvce.eu/ (Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe)

 

L'année 1969 marque une rupture dans la vie politique d'Allemagne occidentale. Pour la première fois depuis la fondation de la RFA en 1949, les démocrates-chrétiens sont exclus du gouvernement. La coalition sociale-libérale, conduite par Willy Brandt à partir d’octobre, veut innover en politique étrangère et briser les tabous. Les grandes puissances surveillent de près le rapprochement Est-Ouest engagé par le nouveau chancelier Brandt. Mais elles laissent faire.

 

Un certain rééquilibrage est ainsi entrepris, sans jamais remettre en question les alliances contractées. Les principaux artisans de la nouvelle politique allemande en faveur de la détente en Europe sont le chancelier allemand Willy Brandt et son premier conseiller diplomatique Egon Bahr.

 

Le 28 novembre 1969, la RFA signe avec l'URSS le traité de non-prolifération des armes nucléaires. C'est la politique de normalisation et d'ouverture à l'Est, l'Ostpolitik, qui vise à restituer à la RFA, puissance économique, sa place sur la scène internationale en s'inscrivant dans le contexte général de la détente Est-Ouest.

 

La clé de l’Ostpolitik se trouve dans les traités avec l'Est, les Ostverträge. Le premier de ces traités est signé par la RFA et l'URSS à Moscou, le 12 août 1970. Il est la base de toute l’Ostpolitik en ce qu'il ouvre la voie à la normalisation diplomatique et confirme le statu quo territorial. Il exclut tout recours à la force entre les deux États et prévoit le respect de l'intégrité territoriale et des frontières telles qu'elles existent. Il est rapidement suivi par divers accords commerciaux – la RFA est le premier client occidental de l'URSS – et les rencontres entre dirigeants des deux pays se font plus fréquentes.

 

Le 3 septembre 1971, un accord quadripartite interallié, signé entre les États-Unis, la France, l'URSS et la Grande-Bretagne, permet de régler notamment les conditions de circulation des Berlinois de l'Ouest et des Alliés sur les voies de transit.

 

Par la suite, l'Allemagne fédérale reconnaît les nouvelles frontières occidentales de la Pologne appelées ligne «Oder-Neisse», acte qu'elle avait toujours refusé précédemment. Après la signature du traité germano-soviétique, la RFA signe avec la Pologne un traité germano-polonais à Varsovie, le 10 décembre 1970. Il permet notamment à des ressortissants polonais d'origine allemande de s'installer en RFA.

 

Le traité avec la Tchécoslovaquie est le plus difficile à régler, à cause du contentieux résultant des accords de Munich de 1938 et de la déportation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale d'une minorité allemande installée sur le territoire tchécoslovaque des Sudètes.

 

Le 21 décembre 1972, la RFA et la RDA signent à Berlin-Est le traité fondamental qui consacre la reconnaissance mutuelle des deux États allemands et normalise leurs relations politiques et commerciales. Le statu quo diplomatique et l'intangibilité de la frontière interallemande sont reconnus en attendant la perspective d'une réunification. La RDA est alors également reconnue par les pays occidentaux. La RFA et la RDA deviennent simultanément membres de l'Organisation des Nations unies (ONU) en septembre 1973.

 

 

5/ Cours : LA GUERRE FROIDE DE 1947 A 1962.

Réalisé par F. Le Hech

 

Intro : Terme « guerre froide » inventé en 1947 par un journaliste américain, W. Lippmann. Certains historiens préfèrent d’autres appellations comme G-H Soutou « guerre de 50 ans » ou « conflit Est-Ouest ».

            « Guerre froide » : faire attention car utilisé avec deux acceptions différentes :

                        normalement, ensemble des relations internationales opposant 2 blocs de 1945 à 1989-90 (effondrement du bloc soviétique)

                        mais parfois, limitation à la période de plus forte tension entre EU et URSS jusqu’en 1962.

            Définition et implications de la guerre froide :

                        Opposition idéologique de 2 modèles incompatibles

                        Volonté des grandes puissances de se défendre face à l’autre Grand considéré agresseur

                        Localisation des conflits dans des pays tiers sans affrontement direct

                        Deux enjeux principaux : domination de l’Europe et armement nucléaire.

Pbmatique : Pourquoi la guerre froide n’a-t-elle pas dérapé vers un conflit ouvert entre les blocs et donc mondial ?

 

  • LA RUPTURE ET L’ORGANISATION DES BLOCS.

1/ Les mécanismes de la rupture (1945-47).

                        A/ Une succession de tensions.

  • Problèmes de frontières :

Frontières russes largement repoussées vers l’Ouest (pays baltes, Pologne) non acceptées par EU et alliés occidentaux.

  • Mainmise soviétique sur l’Europe de l’Est :

gouvernements d’union nationale puis « tactique du salami » pour une victoire totale des communistes (ex : élections truquées en Pologne en 1947) : inquiétude à l’Ouest.

  • Ambitions soviétiques sur l’Europe de l’Ouest :

Volonté de répandre la révolution communiste dans les pays où forts PC (Italie, France) et tentatives pour renforcer leur influence sur toute l’Allemagne (pas seulement l’Est) ; inquiétude des Américains.

  • Guerres civiles avec soutien à des camps :

Grèce : élections de 1946 avec victoire des royalistes (soutenus par GB) mais guérilla communiste immédiate

Chine : reprise de la guerre civile des années 1930 entre nationalistes et communistes.

Turquie, Iran : même problème.

                        B/ Les discours de rupture.

  • discours de Fulton (EU)

Mars 1946 : moins d’un an après la fin de la guerre.

Prononcé par Churchill, ancien 1er ministre GB

Crainte : « expansion illimitée » des soviétiques ; y répondre par la « force ».

Dénonciation du « rideau de fer » : coupure de l’Europe, frontière fermée et imperméable.

  • doctrine Truman

Définie en mars 1947 par le président des EU.

Discours au Congrès : abandon définitif de la politique isolationniste.

Politique de « containment » (endiguement) : arrêter la poussée communiste.

« tentatives d’asservissement » : référence aux pays en guerre civile (notamment GB n’arrive plus financièrement à aider les Grecs).

« soutien économique et financier » : concrétisé lors du discours d’Harvard du Général Marshall (juin 1947), plan d’aide à l’Europe occidentale (refus soviétique).

Effets : ministres communistes chassés des gouvernements Fra et Ita, discussion des « 4 » sur le statut de l’Allemagne bloquée.

  • doctrine Jdanov

Directeur de la propagande de l’URSS

Discours prononcé en septembre 1947 (réponse à Truman) devant les PC du bloc de l’Est.

Thème du monde coupé en 2 « camps » (blocs) : 1ère mention.

« camp impérialiste et anti-démocratique » : EU et occidentaux ; problème de définition de la démocratie (problème idéologique).

Soutien aux mouvements nationaux dans les colonies (gênant pour EU à cause de ses alliés colonisateurs)

Volonté d'extension de la révolution avec appui sur les PC d’Occident (création du Kominform en octobre 1947 pour diriger tous les PC).

            2/ La mise en place des blocs.

                        A/ Le bloc occidental.

  • Coopération économique : Plan Marshall, OECE en 1948, GATT en 1947.
  • Liens politiques et stratégiques en Europe :

Pacte Atlantique signé en avril 1949 et renforcé par un organe permanent en 1950 : l’OTAN

Pays d’Europe occidentale (y compris Allemagne) + EU, Canada + Turquie.

Bases : solidarité en cas d’agression contre un membre, mais marge de manœuvre de chaque Etat.

En fait, l’Europe se place sous la protection nucléaire des EU et installations de bases militaires en Europe.

Perçu comme une menace par les soviétiques, but essentiel à partir de là : faire reculer les Américains.

  • Renforcement des alliances EU dans le monde :

Traité de Rio (1947), Anzus avec Océanie (1951), OTASE (1954), Pacte de Bagdad (1955).

  • Aide particulière au relèvement des vaincus :

RFA créée en 1949, traité avec le japon en 1951.

                        B/ le bloc soviétique.

  • Création de la RDA en octobre 1949 : rupture consommée de l’Allemagne.
  • Forte poussée communiste en Asie soutenue par l’URSS :

Nord de la Corée occupé dès 1945 (en accord avec EU) mais installation d’un régime communiste dirigé par Kim-Il Sung.

Victoire de Mao en 1949 en Chine, refuge des nationalistes à Formose, création d’une République Populaire de Chine, conseillers soviétiques envoyés (militaires, collectivisation totale), important car pays le plus peuplé du monde.

Fort soutien au communiste Ho-Chi-Minh qui lutte pour l’indépendance contre la France ; à partir de 1954, Nord Vietnam communiste.

  • Subordination des pays communistes à Moscou :

CAEM dans le domaine économique (janvier 1949)

Aspect militaire : Pacte de Varsovie en 1955 (réponse à l’OTAN) avec commandement unifié du Maréchal Koniev.

Aspect culturel : destruction des identités des Etats par lutte contre la religion, langue russe obligatoire.

Domination politique grâce au Kominform : exclusion de la Yougoslavie de Tito en 1948, vague de purges avec goulag (en 1945, 1 million et en 1952, 2,5 millions).

 

  • LES PREMIERES CRISES DE LA GUERRE FROIDE (1948-1953).

1/ Le blocus de Berlin et ses conséquences (juin 1948-mai 1949).

  • Rappel de la situation de l’Allemagne depuis 1945 :

Occupation militaire du pays en 4 zones

Enclave quadripartite de Berlin situé dans la zone russe, reliée à l’Ouest par des couloirs de transports.

3 voies terrestres (autoroute, train) et aériennes vers Hambourg, Hanovre, Francfort.

Discussion sur le devenir politique bloquée à partir de 1947.

  • Contexte du début de l’année 1948 :

Très vive inquiétude en Occident après le « coup de Prague » de février 1948 : prise du pouvoir total en Tchécoslovaquie des communistes sous très forte pression de Moscou.

Préparatifs des occidentaux pour créer un Etat en Allemagne de l’Ouest : réunion des 3 zones, Assemblée constituante, réforme monétaire (création du Deutsche Mark contre l’inflation).

  • Objectifs du blocus :

Staline cherche à récupérer une enclave gênante mais surtout à bloquer l’organisation occidentale, à faire reculer les Américains, à obliger à une renégociation sur l’Allemagne.

  • Blocus :

Pendant 11 mois, trafic terrestre vers Berlin complètement coupé.

Réponse occidentale par un pont aérien pour ne pas abandonner la ville et ne pas céder face à Staline.

2 millions de personnes à ravitailler

pont aérien montre la supériorité technique des EU : 275 000 rotations d'avions, 2,5 millions de tonnes de marchandises.

En mai 1949, Staline cède, victoire occidentale.

  • Conséquences :

Accélération du processus qui conduit au Pacte Atlantique.

Création de 2 Etats allemands séparés :

En mai 1949, RFA basée sur une « loi fondamentale », K. Adenauer devient chancelier, troupes occidentales restent stationnées, intégration (Marshall, OTAN)

En octobre 1949, RDA créée et soviétisée, parti unique : SED.

            2/ La guerre de Corée (juin 1950-juillet 1953).

  • Rappel sur le sort de la Corée :

Ancienne colonie japonaise

Partagée en 1945 par le 38ème parallèle avec 2 Etats.

Troupes URSS et EU évacuées en 1949.

  • les phases du conflits.

1/ Eté 1950 : attaque du Sud par le Nord communiste avec soutien visible de Mao, plus discret de Staline.

Condamnation par l’ONU (URSS boycottait le Conseil de Sécurité à ce moment-là) et intervention militaire.

2/ Automne 1950 : contre-offensive victorieuse de l’ONU (surtout troupes américaines) menée par Général Mac Arthur.

3/ Début 1951 : contre-attaque du Nord grâce à l’envoi de 500 000 « volontaires » Chinois (en fait intervention décidée par Mao)

Mac Arthur relevé de ses fonctions par Truman car voulait : utiliser la bombe atomique, attaquer la Chine.

4/ 1951-53 : front stabilisé autour du 38ème // et négociations engagées.

Juillet 1953 : armistice signé à Pan Mun Yom.

  • Conséquences :

Pas de victoire, retour au 38ème //, séparation définitive des 2 Etats.

1,2 millions de morts.

Maccarthisme aux EU : « chasse aux sorcières » (anticommunisme , fin en 1954 avec Eisenhower)

Film américain humoristique : « MASH » de Robert Altman.

Effets militaires contradictoires: nucléaire difficilement utilisable (risque de dérapage), renforcement des programmes nucléaires américains et soviétiques

3/ Des crises à retardement : l’année 1956.

  • Insurrection de Budapest en Hongrie (octobre-novembre 1956) :

2 faits ont suscité l’espoir d’une libéralisation à l’Est : mort de Staline en 1953 (ex : grèves en RDA), annonce de la déstalinisation par Khrouchtchev en février 1956 (XXème congrès du PCUS).

Manifestations populaires tournent à la révolution  en Hongrie ; nouveau gouvernement dirigé par Imre Nagy qui engage des réformes : élections libres, neutralité du pays, retrait du Pacte de varsovie.

Réaction militaire de l’URSS : envoi des chars et 200 000 hommes en novembre, une semaine de combats : 2500 morts, Nagy arrêté (tué en 1958), reprise en main forte par Kadar.

Conséquences :

            A court terme : peu de réaction occidentale donc cela montre que la division de l’ Europe est entérinée (chaque leader maître dans son bloc).

            A long terme : cela montre la non-adhésion des populations au régime communiste (agitation moins importante en Pologne au même moment)

  • Crise de Suez (juillet-novembre 1956) :

Egypte dirigée par Colonel Nasser à partir de 1954 : ennemi d’Israël (soutenu par les Occidentaux), soutien des indépendantistes algériens (gênant pour la France), veut développer son pays économiquement (besoin d’argent pour construire le barrage d’Assouan refusé par les Occidentaux), importance économique et stratégique du canal de Suez (contrôlé par une société franco-britannique).

Nasser se rapproche de l’URSS.

En juillet, il décide la nationalisation du canal de Suez.

Intervention militaire préparée secrètement par France-GB-Israël débute fin octobre 1956 pour récupérer le canal et renverser Nasser.

Conséquences considérables:

            Menace soviétique d’utiliser la bombe atomique ; pression financière des EU pour faire arrêter l’opération.

            Evacuation de l’Egypte et envoi de casques bleus (1e utilisation dans le monde).

            Perte de l’influence mondiale de la France et GB, fort ressentiment en France contre les EU (origine du rapprochement franco-allemand).

            Entrée des EU et URSS au Moyen-Orient ; seules les grandes puissances capables d’imposer leur loi.

            Grande victoire pour Nasser, affirmation du Tiers-Monde.

De 1953 à 1956, le jeu s’est brouillé. Pourquoi ?

 

III-UN JEU PLUS COMPLEXE (1953-1962).

1/ La coexistence pacifique.

       a/ Définition et manifestations.

Slogan lancé par Khrouchtchev en 1956 au XXème congrès mais commencée avant.

Pas une modification idéologique : les camps restent antagonistes.

Changement tactique engagé par Khrouchtchev : politique réaliste qui prend en compte l’existence de l’autre système.

La compétition qui était militaire doit se tourner vers des terrains moins conflictuels : économie, science, culture, espace.

Manifestations :

            Règlement du problème de l’Autriche en 1955 : occupée depuis 1945 (comme Allemagne), évacuation en échange de neutralité.

            Crises de 1956 : pas d’intervention américaine dans l’affaire hongroise, décision commune pour Suez.

            1ères négociations sur le désarmement et les limitations des essais nucléaires.

            Visite de Khrouchtchev aux EU en 1959.

            Début de compétition dans la conquête de l’espace : 1957 Spoutnik (1er satellite artificiel), 1961 Y. Gagarine (1er homme dans l’espace), avantage de l'URSS d'où réponse américaine par la création de la NASA en 1958 (programme Apollo voulu par Kennedy : aboutissement en 1969 avec homme sur la lune).

 

                        b/ De nouvelles données :

  • Course aux armements nucléaires avec rattrapage soviétique sur les EU :

Bombe A (atomique par fission des atomes) : EU en 1945, URSS en 1949

Bombe H (hydrogène, thermonucléaire par fusion des atomes) : EU en 1952, URSS en 1953

Prise de conscience du danger de guerre nucléaire (destruction de la planète) et de la cherté du surarmement.

  • Emergence du Tiers Monde (terme d’A. Sauvy en 1952) :

Conférences de Bandung (Bandoeng) en 1955 et Belgrade en 1961.

Réunion en Indonésie de 29 Etats d’Asie et d’Afrique très différents (Japon, Chine, Inde, Egypte).

Grands principes affirmés : rejet du colonialisme, des armes nucléaires, refus des blocs.

Développement ensuite du « mouvement des non-alignés » avec Tito, Nasser, Nehru, volonté de créer une 3ème voie.

Retentissement énorme à l’époque.

  • Schisme (rupture) sino-soviétique en 1960 :

Initiative de Mao : refus de la déstalinisation et de la coexistence pacifique, volonté de créer son propre modèle communiste pour le Tiers-Monde.

Fin de l’aide soviétique, fermeture des frontières.

Nouvelle stratégie économique de Mao : « Grand bond en avant » : développement agricole et industriel simultané par des brigades de paysans-ouvriers, échec grave (millions de morts par famine).

            2/ le regain des tensions au début des années 1960.

                        a/ Le mur de Berlin (août 1961) :

La deuxième crise de Berlin.

            Khrouchtchev veut renégocier le statut de Berlin (départ des Occidentaux, ville libre neutralisée), car véritable passoire (émigration de 3 millions de personnes depuis 1945 par la ville).

            Refus des Occidentaux.

Edification très rapide du mur : frontière étanche et très surveillée, matérialisation du « rideau de fer », qualifié de « mur de la honte ».

Visite de Kennedy à Berlin en 1963 : « Ich bin ein berliner » : compréhension de l’enjeu, problème de la liberté à l’Est.

Acte de faiblesse qui montre la fragilité de l'adhésion au communisme

                        b/ La crise des fusées de Cuba (octobre-novembre 1962) :

  • Situation politique de Cuba :

Jusqu’en 1959, dictature pro-américaine de Batista.

Révolution menée par Fidel Castro, Che Guevara et les « barbudos ».

Rapprochement progressif de l’URSS d’où inquiétude des EU.

1961, tentative américaine de débarquement de « la baie des cochons » pour renverser Castro : très mal préparée par la CIA d’où échec.

Conséquence : basculement complet de Castro dans le camp communiste.

  • Affaire des fusées :

Déploiement en 1962 de fusées offensives soviétiques sur le territoire de Cuba pouvant atteindre l’essentiel du territoire américain.

Discours très grave et ferme de Kennedy : embargo contre Cuba (blocus économique et militaire), menace de guerre directe contre l’URSS.

Négociation « au bord du gouffre » car risque de guerre immédiate : Khrouchtchev cède (retrait des fusées) contre engagements américains : ne jamais envahir Cuba, retrait de missiles de Turquie

Conclusion :

            Cette crise marque la fin d’une époque, jamais plus de tension aussi forte car danger trop grand.

            Mise en place de lien de communication directe en 1963 entre Moscou et Washington : « téléphone rouge » (éviter les dérapages par malentendu).

            Changement de génération d’hommes : mort de Kennedy en 1963, Khrouchtchev écarté en 1964.

            On revient à une conception plus traditionnelle de la guerre froide, plus périphérique et on entre dans une phase de « détente ».

 

6/ Cours : LES RELATIONS INTERNATIONALES DE 1963 AUX ANNEES 1990.

Réalisé par F. Le Hech

 

Intro :  relations moins conflictuelles entre les blocs à partir de 1963 mais crises périodiques font remonter la tension.

Effondrement du bloc soviétique déstabilise l’organisation du monde créé en 1945.

Pbmatique :     Quelles sont les grandes étapes qui ponctuent l’histoire récente de l’organisation politique du monde ?

 

I-La détente (1963-1975)

1/ De nouvelles relations

            a/ l’équilibre de la terreur

  • rappel de la crise de Cuba : négociation « au bord du gouffre », mise en place du téléphone rouge
  • escalade de l’armement (nucléaire et longue distance)
  • rapport de force équilibré
  • nouvelles puissances nucléaires : RU, France, Chine (bombe A puis H fin des’60) ; inquiétude des 2 Grands de la dissémination des armes nucléaires
  • prise de conscience du danger : plusieurs traités (ex : 1968, traité de non prolifération TNP des armes nucléaires).

            b/ les géants contestés

  • Rappel du conflit sino-soviétique : en 1966, 1 million de soldats massés sur la frontière (contentieux territorial) ; guerre évitée de peu en 1969
  • Rappel de la politique d’indépendance nationale du Général De Gaulle (retrait forces de l’OTAN, discours de Phnom Penh et Montréal…)

création d’une force de dissuasion indépendante : avion Mirage puis fusées nucléaires (Albion près du Mont Ventoux)

  • Jeu traditionnel brouillé d’où modification des relations.

2/ Les succès de la détente

            a/ négociations techniques

  • Accords SALT entre les 2 Grands :

              Pourparlers aboutissent en 1972 à la limitation des armes stratégiques (= qui peuvent atteindre l’intérieur du territoire ennemi, différent des armes tactiques)

            Signal pour de futurs accords : SALT 2 (1979), START (années 1980, pas seulement limitation, mais réduction)

  • Développement du commerce Est/Ouest (ex : à partir de 1971, ventes massives de blé américain à l’URSS)
  • Coopération scientifique (ex : 1975, arrimage des stations spatiales Apollo et Soyouz)

            b/ rapprochements diplomatiques

  • Politique triangulaire de Nixon :

visite de Nixon en Chine en 1972. Nixon très anti-communiste mais politique infléchie par H. Kissinger pour un rapprochement avec Mao.

Récupération du siège au Conseil de Sécurité de l’ONU dès 1971 (Taïwan écarté)

But : faire pression sur URSS dans les négociations

  • Ostpolitik de W. Brandt (chancelier de RFA de 1969 à 1974 du SPD) : politique réaliste tournée vers les pays de l’Est ; notamment traité fondamental avec la RDA en 1972 (acceptation du partage, reconnaissance des frontières, pas de réunification possible par la force).

En 1973, admission des 2 Allemagnes à l’ONU

  • Conférence d’Helsinki : dernier acte de la détente en Août 1975.

accords de la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe) entre 32 pays européens + URSS, Canada, EU

Confirmation du statu quo en Europe (souveraineté et frontières reconnues), ambiguïté sur les droits de l’Homme (reconnus par l'URSS donc moyen pour les Occidentaux de faire pression pour "sauver" des dissidents)

3/ Les limites

            a/ maintien des sphères d’influence

  • Echec du « printemps de Prague » en Tchécoslovaquie : en 1968, A. Dubcek, chef du P.C., veut tenter une expérience originale (liberté d’expression et fin du monopartisme).

Intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Août pour réprimer.

Application de la doctrine Brejnev de « souveraineté limitée » : fondement du socialisme remis en cause par les Tchèques donc inacceptable

Passivité totale de l’Occident

  • Contrôle des EU sur l’Amérique latine : basé sur la doctrine Monroe de 1823 « l’Amérique aux Américains », sur la domination économique (investissements, commerce) et sur les interventions politico-militaires.

Elections au Chili en 1970 du président socialiste S. Allende (socialiste, proche de F. Castro) : en 1973, coup d’Etat organisé par le Général d’extrême droite Pinochet avec l’aide de la CIA pour renverser Allende.

            b/ persistance de conflits périphériques

  • Enlisement américain au Vietnam :

Vietnam partagé en 2 en 1954 : Nord communiste (Ho-Chi-Minh), Sud soutenu par les EU.

Dès 1960, guérilla organisée au Sud par les Vietcongs (soldats communistes) par la piste Ho-Chi-Minh (acheminement des armes) ; intervention américaine dans le cadre de la politique d’endiguement

Opération américaine de grande envergure : bombardements massifs (7 millions de tonnes de bombes) contre le Nord, opérations héliportées

A partir de 1968, offensive du Têt généralisée contre le Sud.

Nouveau président Nixon, sous pression populaire hostile à la guerre, engage la vietnamisation du conflit (aide financière) et le retrait américain : accords de Paris en 1973

Conséquences : 1,8 million de morts (dont 50 000 GI’s) ; choc aux EU

  • Instabilité en Afrique : nombreux conflits souvent ethniques ou religieux ; pas d’intervention des Grands car

peu dangereux pour eux et faible intérêt

Ex : guerre du Biafra (sécession de région Sud riche en pétrole) au Nigeria 1967-70 fait 1 million de morts et une famine.

  • Conflits entre Israël et pays arabes :

1ère guerre en 1948 ; crise de Suez en 1956 ; guerre des six jours en 1967 ; guerre du Kippour en 1973.

EU et URSS préoccupés car pétrole et danger de déstabilisation de la région.

 

II-Le renouveau des tensions (1975-1985)

1/ les facteurs

            a/ le repli américain

  • Rappel de la crise morale dans les années 1970 : traumatisme du Vietnam et scandale du Watergate.
  • Politique extérieure de J. Carter aux résultats inégaux :

Maintien de logique de détente et volonté de faire progresser les droits de l’Homme : idéalisme.

succès avec les accords de Camp David en 1978 (paix entre Israël et Egypte)

Abandon progressif des dictatures d’Amérique latine (baisse de l’aide économique et militaire)

Revers importants : installation d’un régime pro-soviétique au Nicaragua en 1979 (front sandiniste après

renversement de Somoza)

hostilité de l’Iran révolutionnaire envers les EU ; prise d’otages américains (environ 50 personnes) en novembre 1979 et échec du commando pour les libérer.

            b/ une forte poussée communiste dans les années 1970

            Réunification du Vietnam communiste en 1975 (Saïgon pris devient Ho-Chi-Minh Ville)           Cambodge devient communiste pro-chinois en 1975 : Khmers Rouges de Pol Pot (génocide de 2 millions d’habitants en 3 ans, boat people) ; en 1978, Khmers renversés par pro-soviétiques (territoire occupé par le Vietnam jusqu’en 1989)

            Percée soviétique fulgurante en Afrique : accords de coopération, interventions militaires (intermédiaire de Cuba), soutien aux régimes anti-occidentaux (ex : Libye de Kadhafi), soutien à des mouvements de révolte (ex : ANC contre apartheid en Afrique du Sud)

            Invasion russe de l’Afghanistan en décembre 1979 dénoncée par Carter : « coup de Kaboul ».

Rappel des faits : pays archaïque et féodal ; coup d’Etat communiste en 1978 mais forte résistance d’où intervention militaire massive de l’URSS

Tournant important : peur des Occidentaux (expansion vers Golfe pétrolier, boycott des J.O. de 1980, embargo sur le blé, réarmement) ; résistance musulmane amplifiée (Moudjahidin) ; enlisement des russes (coût financier énorme) dans la guerre et retrait progressif de 1987 à 89 : « Vietnam russe »

2/ les rapports de force des années 1980

            a/ le retour de l’Amérique

  • Rôle personnel de R. Reagan (président républicain de 1981 à 1988) : discours simple et conservateur, redonne confiance aux Américains, très anticommuniste.
  • Politique extérieure très active : intervention militaire à la Grenade en 1983 (pour chasser le régime communiste installé depuis 1979.
  • Politique militaire :           affaire des euro-missiles : SS20 russes peuvent toucher toute l’Europe d’où installation en 1983 de Pershing2 en RFA tournés contre URSS (vague de pacifisme orchestrée par les PC)

Projet « guerre des étoiles » en 1983 (bouclier spatial anti-missiles) abandonné ensuite.

  • Retour à une atmosphère de guerre froide avec hausse des dépenses d’armement (problème pour les Russes pour suivre financièrement)

            b/ de nouvelles crises mal contrôlées

  • A l’intérieur des blocs :

Guerre des Malouines en 1982. Soutien timide des EU à GB contre Argentine, mais mauvaise image en Amérique latine ; politique ambiguë de la France

Pologne : grève organisée par syndicat libre Solidarnosc (L. Walesa) soutenu par l’Eglise catholique ;  1981: reprise en main par Général Jaruzelski avec soutien de l’URSS et répression

  • Embrasement du Moyen-Orient :

guerre du Liban très complexe : guerre civile politico-religieuse à partir de 1975 (fin en 1991) ; interventions étrangères : Syrie au Nord (proche URSS) et invasion du Sud par Israël en 1982 (proche EU) ; massacres de réfugiés palestiniens par des Libanais laissés faire par Israël (Sabra et Chatila)

révolution islamique en Iran (1979) : dictateur pro-américain (Shah R. Palhavi) chassé par une révolution religieuse (ayatollah Khomeiny) et installation d’une dictature théocratique anticapitaliste et anticommuniste.

Guerre Irak-Iran (1980-88) : attaque par S. Hussein (contrôle du pétrole, profit de la déstabilisation de l’Iran) ; guerre-éclair transformée en guerre d’usure avec tranchées et armes chimiques ; 1 million de morts, pas de vainqueur ; scandale de l’Irangate en 1986 aux EU (ventes d’armes à l’Iran malgré l’embargo).

 

III-A la recherche d’un nouvel ordre mondial.

1/ l’effondrement du bloc soviétique

            a/ la tentative et l’échec de Gorbatchev

  • Rappel de la sclérose du système : gérontocratie, Nomenklatura, bureaucratie, corruption, impossible de réformer.
  • Graves problèmes financiers : 20 % du PNB engloutis par la politique extérieure (armement, intervention en Afghanistan)
  • Détente nécessaire pour Gorbatchev : fin d’aide aux pays communistes, reprise des négociations sur l’armement.
  • Glasnost politique et perestroïka économique : montée des oppositions et échec.

            b/ la désintégration politique et idéologique du bloc

  • Rappel de la théorie des dominos en Europe de l’Est.
  • Implosion de l’URSS en 15 Etats en 1991

2/ les incertitudes des années 1990

            a/ les EU, seul « super grand »

  • Guerre du Golfe :

invasion du Koweït par Irak en août 1990 (pétrole) ; condamnation, embargo et ultimatum de l’ONU.

            Intervention armée dirigée par EU (400 000 soldats) en janvier-février 1991 écrase l’Irak.

            forme de multilatéralisme

  • Multiplication des interventions militaires des EU: 1993 en Somalie échoue ; 1994 à Haïti ; début de remise en cause du multilatéralisme par EU (glissement progressif vers unilatéralisme
  • Russie n’a plus de grand poids international ; U.E. incapable de gérer seule les conflits proches (Yougoslavie).

            b/ entre nouvelles paix et nouvelles guerres

  • Conflits apaisés :

Fin de l’apartheid en Afrique du Sud à partir de 1990 (rôle de F. De Klerk et N. Mandela) ; pression des Occidentaux avec la fin de la guerre froide

Processus de paix engagé en 1991 entre Israël et Palestiniens (OLP de Y. Arafat abandonne les actions terroristes) ; accords d'Oslo

  • Nouvelles : menaces :

Montée du nationalisme intransigeant : exple des conflits de l’ex-Yougoslavie avec guerre Serbes/Croates puis épuration ethnique contre bosniaques musulmans puis contre Kosovars. Intervention internationale tardive et assez peu efficace.

Intégrisme religieux : exple des GIA en Algérie : actions terroristes contre population civile à partir de 1992. Pas d’intervention internationale.

Instabilité chronique de l’Afrique : exple de la région des Grands lacs (génocide au Rwanda en 1994, coup d’Etat au Zaïre en 1997, guerres civiles). Faible intérêt des EU, politique française traditionnelle remise en cause.

 

Concl :            Monde bipolaire simple à comprendre, repères installés pendant plus de 40 ans.

                        Chute du communisme a laissé un espoir de plus grand développement de la paix sous égide de l’ONU et des EU.

                        En fait, monde multipolarisé (puissances régionales) avec équilibre très fragile et pas d’autorité commune mondialement admise.

 

 

7/ Compte-rendu du dernier livre d'Hélène CARRERE D'ENCAUSSE : Six années qui ont changé le monde 1985-1991. La chute de l'empire soviétique (octobre 2015)

 

En six années, de 1985 à 1991, une révolution inimaginable a bouleversé le monde et l’Europe : l’utopie communiste, le système totalitaire, l’Empire soviétique se sont écroulés pour disparaître à jamais. Ce ne fut pas une catastrophe aux accents wagnériens, comme celle qui emporta l’autre totalitarisme du XXe siècle, le nazisme, mais un changement paisible dû à la simple initiative d’hommes de bonne volonté et de peuples excédés par ce système. A l’origine de ce bouleversement, un homme, Mikhaïl Gorbatchev, qui a compris qu’il fallait rénover le système politique de l’empire, puis Boris Eltsine, qui incarnera la chute de l’Union soviétique et le retour de la Russie sur la scène mondiale.

Etrangement, un quart de siècle plus tard, cette extraordinaire série d’événements - la disparition en douceur d’un immense empire surarmé, d’un système étatique tout-puissant que l’on disait et pensait éternel et la fin de la guerre froide - tient peu de place dans la mémoire collective.

Eléments relevés dans l'interview présentée dans l'hebdomadaire Le Point (octobre 2015)

-perception très floue et vague de la chute du système soviétique alors qu'images très précises de la chute du nazisme

-"miracle" car chute réalisée sans bain de sang

-2 hommes complémentaires: Gorbatchev et Eltsine

-R. Reagan voulait "le mettre à genoux", y a un peu contribué, mais en réalité, empire autodissous

-système épuisé et bloqué (zastoï)

-à son arrivée, Gorbatchev veut améliorer le système ; puis, les circonstances l'ont poussé de + en + loin

-rôle de la catastrophe de Tchernobyl (1986) : montre l'épuisement du système

-rôle premier de Khrouchtchev (1953-64): rapport de 1956 où il dénonce les déportations de peuples par Staline ; il a "allumé la mèche"

-image de la Russie faussée en Europe de l'ouest: dû au livre ancien du Marquis de Custine (grand voyageur du XIXe s): La Russie en 1839 dans lequel il donne l'image d'une population passive, qui n'obéit que par le knout (fouet), d'un pays irréformable, peu pacifique, pas vraiment européen.

-Thèse défendue par le politologue russe Alexandre Douguine : l'eurasisme (la Russie doit se tourner vers l'Asie pour former une grande puissance continentale capable de rivaliser avec les puissances atlantistes d'occident) intéresse peu les Russes ; leur regard est plutôt tourné vers l'Europe

-question des nationalités a toujours été un problème majeur :

            ex:       Ukraine: Eltsine cherchait à préserver l'unité des "trois peuples slaves" (Russie, Biélorussie, Ukraine), mais n'a pu empêcher leur indépendance en 1991

                        Crimée :  pays des Tatars, mais intégré à l'Ukraine par Khrouchtchev ; retour à la Russie a été très populaire

-rôle de la guerre d'Afghanistan dans la chute : manifestations des mères de soldats (début d'organisation de la société civile) et "Vietnam russe" (défaite humiliante)

-divorce entre Russie et occident :

            -malentendu en 1991: véritable "gorbimania" en occident, alors que Eltsine qui le remplace est perçu comme plus "exotique" (vient de la région de l'Oural) et comme un usurpateur ; Russes pensaient que l'UE allait les aider (comme elle l'a fait pour l'Europe de l'Est), mais l'UE s'en est désintéressé

            -aujourd'hui, les Russes ont le sentiment d'être méprisés par les Européens

            -élargissement de l'OTAN à l'Est : très mal perçu par la Russie

-intervention russe en Syrie :

            -maintenir l'influence russe sur ce pays (dernier des 3 grands piliers pro-russes au Moyen Orient: fini en Irak et Egypte)

            -peur du développement de l'Islam radical dans certaines régions russes (Volga, Oural, Sibérie)

            -impuissance des occidentaux contre Daech ; opportunité pour Poutine de revenir sur la scène internationale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8/ LES DEUX GRANDS MODELES IDEOLOGIQUES (surtout années 1950-60)

Réalisé par F. Le Hech

Caractéristiques

URSS

Etats-Unis

Valeurs prônées

Marxisme-léninisme

Progrès par action politique

Collectivité supérieure à l’individu

Capitalisme

Etat régulateur

Epanouissement individuel : "Rêve américain"

Organisation politique de l’Etat

Totalitarisme communiste (= stalinisme)

Staline chef incontesté, culte de la personnalité.

Etat fédéral (plutôt théorique)

Constitution de 1936 (en théorie très démocratique)

Démocratie libérale.

Régime présidentiel, séparation forte des pouvoirs

Etat fédéral

Constitution de 1787 (modifiée peu à peu par des amendements)

Place des partis politiques

Parti unique : PCUS qui contrôle l’Etat et la société

Bipartisme dominant : parti républicain et parti démocrate, alternance au pouvoir

Etat des libertés

Presse censurée (organe officiel : Pravda)

Terreur et répression (KGB)

Goulag : administration qui gère les camps de concentration (déportation de masse)

Presse libre et lobbies (groupes de pression) : contre-pouvoirs

Racisme contre les minorités (Noirs, Indiens)

Période limitée de « chasse aux sorcières » (1950-53)

Culture

Fort développement de l’enseignement

Intellectuels au service de l’Etat ou réprimés

Art officiel : « réalisme socialiste »

Société anti-religieuse

Komsomols (embrigadement de la jeunesse)

« American way of life » : image d’abondance.

Véhiculée par le mode de vie (blue jean, chewing-gum), les média (films d’Hollywood), les firmes (Coca)

Importante création artistique (ex : Pop Art  avec A. Warhol)

Société très religieuse

Système économique et puissance

Etatisation de toutes les grandes entreprises

Planification quinquennale impérative

Grands travaux dirigés par l’Etat

Collectivisation de l’agriculture aboutie dès 1939 (sovkhozes et kolkhozes)

Rattrapage industriel sur les EU (infrastructures et industries lourdes privilégiées au détriment des industries de consommation)

Existence d’une Nomenklatura privilégiée ; bas niveau de vie du peuple

Capitalisme : place essentielle du secteur privé, liberté d’entreprise avec recherche du profit

Domination de grandes firmes multinationales.

Etat libéral avant les années 1930 (intervient peu dans l’économie) puis keynésien (Etat-providence)

Puissance financière : $ monnaie de référence jusqu’en 1971 (système de Bretton-Woods)

Consommation de masse dès les années 1940

Fortes inégalités socio-économiques (40 millions de pauvres en 1960)

Personnages à connaître (Chefs d'Etat successifs)

Staline (1928-1953)

Khrouchtchev (1953-64)

Brejnev (1964-82)

Andropov (1982-84)

Tchernenko (1984-85)

Gorbatchev (1985-91)

 

Roosevelt (1933-45) D

Truman (1945- 52) D

Eisenhower (1953-60) R

Kennedy (1961-63) D

Johnson (1963-68) D

Nixon (1969-74) R

Ford (1974-76) R

Carter (1977-80) D

Reagan (1981-88) R

Bush père (1989-92) R

Evolutions dans les années 1950-60

Déstalinisation par Khrouchtchev en 1956 : effets limités

Echec de toutes réformes économiques (hostilité de la nomenklatura) d’où absentéisme, alcoolisme…

Répression et sclérose du système sous Brejnev

Défis engagés par Kennedy en 1960 : « nouvelle frontière » (lutte contre racisme et pauvreté)

Contestation par le mouvement hippie à partir de 1968

Crise économique de 1973-75

Scandale politique du Watergate avec démission de Nixon (1974)

 

 

 

9/ L’ORGANISATION DES BLOCS PENDANT LA GUERRE FROIDE

 

 

BLOC SOVIETIQUE

BLOC OCCIDENTAL

Leader

URSS . Bloc communiste, oriental, de l’Est

Etats-Unis . Bloc capitaliste, américain, de l’Ouest

Principaux pays

Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, RDA (à partir de 1949) ; Chine (de 1949 à la rupture en 1960) ; Yougoslavie (exclue en 1948)

Autres : Corée du Nord, Cuba (depuis 1959), Vietnam (depuis 1954)…

Royaume-Uni, France, Italie, RFA (à partir de 1949), Japon, Bénélux, Amérique latine, Australie, Turquie, Israël, Grèce, Canada…

Alliance militaire et politique

Pacte de Varsovie (1955)

Kominform (1947)

Pacte Atlantique(1949) + OTAN avec Europe (1950)

Traité de Rio (1948) avec Amérique latine

ANZUS (1951) avec Océanie

OTASE (1954) avec Asie du Sud-Est

Pacte de Bagdad (1955) avec Moyen orient

Liens économiques

CAEM ou Comecon (1949)

Plan Marshall (1947-52) relayé par l’OECE (créée en 1948) ; GATT (1947) ; $ monnaie de référence

Mode d’expansion du  modèle

Russification et soviétisation de l’Europe de l’Est

Création des "démocraties populaires"

Soutien aux mouvements révolutionnaires (anti-colonialisme)

Soumission totale aux directives de Moscou

Aide particulière aux vaincus (Allemagne, Japon)

Répandu par les media, les entreprises, mais jamais imposé

 

 

 

 

 

 

 

 

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