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Dénazification de l'Allemagne

La dénazification de l’Allemagne et des Allemands

 

Orientation bibliographique:

            -Wieviorka A. : Le procès de Nuremberg, 2006

            -Vincent M.-B. (Dir.) : La dénazification, 2008

             

Enjeux de base :

En Allemagne :           une chute brutale du nazisme, imposée par la défaite militaire, par la force, venue de l’extérieur (comme le fascisme)      

                                   un régime discrédité, ce qui empêche son maintien

                                   une dénazification rapide, mais inachevée

           

Problématique: Quelles sont les étapes qui conduisent à l’éradication du nazisme allemand ?

 

I/ La situation de l’Allemagne à la fin de la guerre

 

            1/ 1945: « Année zéro » de l’Allemagne

-Expression popularisée par le titre d’un film de R. Rosselini en 1947

-Idée que tout est à reconstruire :

            Etat disparu dans la défaite avec ses dirigeants : suicides (Hitler, Himmler, Goebbels), arrestations, fuites ; gouvernement de l'amiral Dönitz (successeur désigné par Hitler) : capitulation le 7 mai 1945, armistice le 8

            Population exsangue: 7-8 millions de morts, 10-12 millions de réfugiés (fuite ou expulsion des régions Est), malnutrition et sous-alimentation, viols massifs sur les femmes par l'armée russe

            Economie paralysée: villes et infrastructures de transport détruites, marché noir et inflation…

-Notion de Stunde Null (heure zéro) toutefois relativisée par certains historiens actuellement (voir WINKLER H.A., Histoire de l’Allemagne, XIXe- XXe siècle. Le long chemin vers l’Occident, 2005) : tout n'est pas détruit et il y a des continuités.

 

            2/ Sous la tutelle des Alliés

-Rappel conférences de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945) pour processus décisionnel

- Décisions:    

Allemagne réduite au territoire de 1937

            4 zones d’occupation (EU, RU, Fra à l'ouest, URSS à l'Est), idem pour Berlin (et Autriche)

            Autorité exercée par: les militaires alliés (Allemagne non souveraine), chaque puissance (individuellement) dans sa zone, Conseil de contrôle interallié ou Commission quadripartite (collectivement) pour les questions générales

            Programme des « 4 d » défini à Potsdam :   démilitarisation (réalisée assez facilement : confiscation du matériel militaire, fermeture des usines d'armement, armée réduite...)

                                                                         décartellisation (démantèlement des grandes entreprises liées au nazisme : France et URSS démontent massivement des usines comme « dédommagement », pratique beaucoup plus modérée pour les anglo-saxons ; démantèlement et procès de l'entreprise de chimie IG Farben dans la zone américaine en 1947)

                                                                         dénazification (processus judiciaire radiodiffusé, questionnaire à tous les adultes sur le nazisme, administration épurée, visites de camps de concentration)

                                                                         démocratisation (retour d'exil des opposants, partis et syndicats reconstitués, élections municipales ; sauf à l'est: pouvoir communiste imposé par Staline)

 

II/ Les principaux aspects de la dénazification

 

            1/ Le processus judiciaire

-Buts: Faire le procès du nazisme (même si les peines sont individuelles)

            Châtier les criminels de guerre (idée de Churchill dès 1942, décidée à la conférence de Moscou en 1943 et confirmée lors de la création de l'ONU en juin 1945)

            Epurer la société allemande (questionnaire de 131 questions adressé à tous les adultes dans les zones occidentales [13 millions rien que dans la zone américaine] pour estimer leur degré de participation au régime nazi ; puis, classement de la population en 5 catégories devant les tribunaux alliés)

            Conserver la mémoire des crimes (procédure filmée à Nuremberg pour la 1ère fois, 80 journalistes sur place, utilisation d’images tournées dans les camps, diffusion radiophonique du procès, + 230 témoins)

-Le procès emblématique: Nuremberg (20 novembre 1945-1er octobre 1946)        

            Choix du lieu : symbolique du nazisme (congrès annuel du NSDAP, lois de 1935), bâtiments en état

            Composition du tribunal : 1er Tribunal militaire international de l’histoire, « justice des vainqueurs » (juges des 4 puissances d’occupation), droits de la défense assurés par des avocats, nombreux témoignages de déportés politiques

            Accusés : 21 présents (+ Martin Bormann par contumace), tous dignitaires du régime

            4 Chefs d’accusation: crime contre la paix, plan concerté ou complot, crime de guerre, crime contre l’Humanité

            Verdicts : 12 peines de mort (Goering: se suicide, Rosenberg: idéologue, Von Ribbentrop : ministre des Affaires étrangères) , prison à perpétuité (R. Hess: secrétaire d'Hitler) , 10 à 20 ans de prison, 3 acquittements

-Pour prolonger la réflexion sur ce procès:

            notion de « crime contre l’Humanité » et son imprescriptibilité ; la traque internationale et ininterrompue des nazis (cf: les Klarsfeld) ; procès ultérieurs emblématiques:  procès Eichmann (Jérusalem en 1961 : singularité de la Shoah), procès Barbie (France, années 1980)

            naissance difficile d’une justice internationale (paralysie pendant la guerre froide, TPI sur Yougoslavie et Rwanda, CPI)

            analyse d’Annette Wieviorka sur le procès : déni de vérité sur le rôle de l’URSS et sur ses apsects odieux (pacte germano-soviétique, massacre des officiers polonais à Katyn), paradoxe sur l’extermination des juifs (omniprésente dans le procès, mais non singularisée par rapport aux autres déportés)

            prolongements: 12 autres procès à Nuremberg jusqu’en 1949: médecins, juristes, entreprises (IG Farben, Krupp), militaires… ;  Procès de Tokyo (1946-48 ; condamnation et exécution du Général Tojo, ancien premier ministre du Japon)

            autres procès dans chaque zone pour nazis de second rang : dans les zones occidentales, 800 condamnés à mort (moitié exécutée)

            « affaires » d’Oradour (procès de Bordeaux en 1953 : condamnation puis amnistie des Alsaciens, non extradition de Lammerding… ; forte rancoeur entre Limousin et Alsace)

 

            2/ Autres moyens de dénazification

-Mesures administratives : limogeage et/ou interdiction d’exercer des emplois publics (justice, enseignement…) ; difficiles à chiffrer globalement (environ 150 000 dans la zone américaine)

-Pédagogie : Imposer la vue de l’horreur aux Allemands pour une prise de conscience

             « visite » des camps de concentration imposée par les Alliés aux habitants des villes voisines et participation à l’inhumation des victimes

            visionnage imposé de films réalisés dans les camps

            effort pour « remodeler » la presse et l’enseignement (choix des instituteurs, refonte des manuels scolaires, interdiction des livres nazis…)

-Rééducation des esprits par de nouvelles institutions : une pratique différente selon les zones

            A l’Ouest : installation d’une démocratie de type libéral et décentralisée (utilisée rapidement comme moyen de faire obstacle au communisme)

            A l’Est : installation d’un régime communiste de type soviétique qui insiste sur l’antifascisme (et permet d’éliminer ses adversaires)    

 

III/ Des résultats mitigés (ou une dénazification inachevée)

 

            1/ les difficultés d’une dénazification totale

en mai 1945 : 8 millions de membres du parti nazi ; à Bonn: 102/112 médecins sont nazis ; à Cologne : 18/21 spécialistes du service des eaux

en 1951 : en Bavière, 94% des juges et des procureurs et 77% des employés du ministère des finances sont d’anciens nazis ; à Bonn, 1/3 des fonctionnaires

début des années 1960: 10% des parlementaires communistes de RDA sont d’anciens nazis

            impossibilité de se passer de toutes ces compétences dans un pays détruit

            risque de réaction nationaliste des Allemands si épuration trop massive (idée défendue par K. Adenauer en 1947)

 

            2/ L’exaspération des Allemands

hostilité affichée face au questionnaire

réhabilitation massive à partir de 1946 (procédures judiciaires confiées progressivement par les Occidentaux à des tribunaux allemands)

acquittement très facile à obtenir : trouver de bons témoins (notamment des juifs) en votre faveur (voire les payer), montrer son lien avec l’Eglise, complaisance des procureurs et des juges

dénonciation du procès de Nuremberg: "justice des vainqueurs" (forme de partialité qui s'acharne sur les vaincus) ; problème de droit (concept de "crime contre l'humanité construit en même temps que le procès: normalement illégal)

 

            3/ le changement de 1947-49

entrée dans la guerre froide d’où modification des priorités : lutte entre communisme et capitalisme, reconstruction économique des zones, puis Etats (RFA/RDA)

volonté d’amnistie en RFA par le chancelier K. Adenauer : retrouver la cohésion nationale, 2 lois d'amnistie en 1949 et 1954 pour les peines faibles (inférieures à 3 ans de prison)

en RDA, régime communiste décrété anti-nazi « par nature » dispense la population de réfléchir à ses responsabilités ; rejet du nazisme sur l’Ouest (comme dérive inhérente du système capitaliste)

 

            4/ Le cas des intellectuels

-le cas des scientifiques:

            beaucoup n’ont pas été jugés, ni épurés, mais récupérés par les Alliés pour leurs propres recherches

            cas emblématique: V. Von Braun, ingénieur au service des nazis dès 1934, responsable du programme des V1 et V2 (construits dans le camp de concentration souterrain de Dora), exfiltré par les services secrets américains ; devient un des responsables de la NASA dans les années 1960, concepteur de la fusée saturne V pour la mission lunaire de 1969

-le cas des artistes:

            plusieurs parcours intéressants et assez significatifs

            chef d’orchestre H. Von Karajan : membre du parti nazi, puis exclu (a déçu Hitler lors d’un concert raté, puis a épousé une femme qui a ¼ de sang juif) ; repentir sincère après-guerre et immense carrière

            réalisatrice L. Riefenstahl : véritablement nazie ; plusieurs procès après-guerre, mais toujours acquittée ; cependant en grande partie ostracisée par la profession

 

.Conclusion : Un processus court et rapide pour marquer les esprits, géré par l'extérieur (puissances d'occupation). Mais géopolitique (guerre froide) reprend vite le dessus sur la morale, d'où processus inachevé.

           

 

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