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Hist Colonisation et Décolonisation

COLONISATION ET DECOLONISATION

 

Plan du contenu de cette fiche

 

         1/ Cours La colonisation européenne et le système colonial de 1870 A 1939.

         2/ Cours : Le Tiers Monde : indépendance, contestation de l'ordre mondial, diversification.

         3/ Condensé sur la décolonisation (à partir de deux ouvrages)

         4/ Raphaëlle BRANCHE & Sylvie THENAULT : Documentation photo graphique n° 8022 août 2001 :  LA GUERRE D’ALGERIE

         5/ Article de Laurent Theis paru dans Le Point le 15 octobre 2010: "Guerre d'Algérie, le dernier tabou de Mitterrand"

            6/ L'HISTOIRE - LES COLLECTIONS - N° 49 - Octobre 2010 : LA FIN DES EMPIRES COLONIAUX

            7/ L'HISTOIRE - LES COLLECTIONS - N°55 : L'Algérie et les Algériens

         8/ La France coloniale (à partir de Histoire de France tomes 12 et 13)

         9/ Histoire de la Conférence de Bandung (Indonésie, avril 1955)

 

 

1/ LA COLONISATION EUROPEENNE ET LE SYSTEME COLONIAL DE 1870 A 1939.

Cours réalisé par F. Le Hech

 

            Basculement des puissances coloniales par rapport au XVIe siècle: recul de l’Espagne et du Portugal, développement de nouvelles puissances (GB, France), faiblesse de l’Allemagne et de l’Italie.

            Modifications des espaces colonisés : indépendance de l’Amérique latine vers 1820, conquête de l’Afrique, Asie et Océanie après 1870.

            Etat de la colonisation en 1939: Disparition des colonies allemandes et ottomanes: partage entre France et GB après 1ère guerre mondiale

            L’Europe, 1er continent entré dans l’industrialisation, exporte son modèle dans le monde entier, si nécessaire de façon dominatrice : c’est l’impérialisme.

Pbmatique : Dans quelle mesure l’Europe a-t-elle transformé les territoires qu’elle domine ?

 

I-         1870-1914: A LA CONQUETE DE L'AFRIQUE ET DE L'ASIE.

1/ Les mécanismes de la colonisation.

                        a/ Démographie et justifications morales:

-Emigration européenne forte: Environ 60 millions d’Européens quittent le continent au XIXè siècle.

Attrait de l’immensité et du développement des EU (+ de 50%)

Britanniques constituent des colonies de peuplement : Canada, Afrique du Sud, Australie dans des territoires quasiment vides: transformation rapide en dominions (Etat indépendant reconnaissant la souveraineté anglaise) 

Pour la France, seulement peuplement en Algérie.

Ailleurs, Européens sont une minorité: "coloniaux": missionnaires, militaires, fonctionnaires, commerçants ; colons (agriculteurs) peu nombreux.

-Conversion des peuples indigènes : regain missionnaire des religieux catholiques et protestants.

Ex : Charles de Foucauld, officier français puis prêtre, au Maroc puis au Sahara algérien avec les Touaregs.

-Apport de la civilisation, idée positiviste de progrès, supériorité intellectuelle de la race blanche très répandue (notamment républicains français comme Jules Ferry).

Ex : Rudyard Kipling, écrivain anglais vivant en Inde, publie 2 « Livres de la jungle » (1894-95), avec idée de « fardeau de l’Homme blanc ».

                        b/ Avance technologique et nécessité économique :

Contexte de la révolution industrielle:

-Explorations scientifiques européennes avec moyens techniques modernes encouragées par les sociétés de géographie.

Ex : Stanley, journaliste anglais, remonte le Zambèze vers 1875.

Ex : P. Savorgnan de Brazza, officier français, explore le Congo, vers 1875.

-Progrès des transports :

Ex : bateau à vapeur à partir de 1820 : Steamer, de plus en plus gros et rapides.

Ex : percement de grands canaux : Suez (1869), Panama (1914).

-Supériorité de l’armement :

Ex : conquête allemande de la Namibie en 1904 avec massacre du peuple Herero : fusils, mitrailleuses, canons, face à des lances ; peuples entiers décimés.

-Recherche de matières premières absentes d’Europe et nécessaires à l’industrialisation :

            Ex : GB produit du coton en Inde (moins cher que de l’acheter aux EU)

Ex : France importe du latex (hévéa) d’Indochine pour caoutchouc.

Ex 3: cacao et café pour Allemagne au Cameroun

 

-Contexte de dépression économique (années 1870-90, puis années 1930):

            Recherche de débouchés pour les marchandises: commerce privilégié avec les colonies sans droits de douane.

            Recherche de nouveaux lieux d'investissement pour les capitaux européens.

            c/ Stratégies politiques :

Etats cherchent à développer l’esprit et la fierté nationale en proposant des conquêtes territoriales à leur peuple.

            Ex : France : vaincue par la Prusse en 1871 avec politique de repli et esprit revanchard ; Républicains proposent dans les’1880 des conquêtes (Tunisie, Tonkin, Afrique noire) pour détourner cet esprit.

            Ex: Allemagne : unification politique tardive (1871), mise en place de la Weltpolitik (politique mondiale) en 1890 par le Kaiser Guillaume II pour rattraper le retard colonial sur France et GB et développer son économie.

            Ex3 : Italie : même cas (unification tardive), conquête de Libye en 1911

            2/ La période de conquête:

                        a/ Les rivalités coloniales

-A partir de 1880, véritable « course aux clochers » ou scramble:

            Epuisement des territoires disponibles: GB et France ont exploré et conquis des territoires (ex: Inde en 1857, Algérie en 1830).

            Apparition d’Etats unifiés tardivement : Allemagne, Italie qui cherchent des territoires à conquérir.

-Conférence de Berlin (nov 1884-fév 1885):

            zone concernée: Afrique noire

            principaux pays: colonisateurs: Allemagne, France, GB, Belgique

            buts avoués: favoriser le commerce, civiliser, éviter les contestations sur les conquêtes.

            réalité: partage de l'Afrique par les Européens, éviter les guerres

            résultat: découpage assez géométrique des frontières, obtention du Congo par les Belges.

-Maintien et accentuation des rivalités:

            Ex de Fachoda (Soudan) en 1898 : volonté anglaise de joindre l’axe Le Cap/Le Caire ; envoi de la mission du Colonel français Marchand pour l’empêcher ; les 2 armées se retrouvent face à face à Fachoda ; forte tension, ultimatum et recul français face à Kitchener ; Tanganyika récupéré par l’Allemagne pendant ce temps.

            Ex de la guerre des Boers (1899-1902) entre GB et Boers (colons hollandais) à la suite de découvertes de mines d'or ; victoire anglaise.

            Ex du Maroc : convoité par la France et par l’Allemagne ; 2 conférences en 1906 et 1911 ; tractations et attribution de territoires au Cameroun pour l’Allemagne en échange du Maroc pour la France (sauf le N pour l'Espagne).

                        b/ Impérialisme politique et résistances:

-Domination souvent imposée par la force se heurte à des formes de résistance armée.

Ex: Ethiopie: négus en 1889, signe un traité avec Italie (qui possède la Somalie) mais malentendu ; attaque et défaite de l'Italie en 1896; Ethiopie indépendante jusqu'à la conquête par Mussolini en 1936.

Ex: Maroc: lutte d'Abd-el-Krim (20 000 soldats) contre colonisateurs espagnols puis français de 1919 à 1926: "guerre du Rif" (160 000 soldats français dirigés par Pétain) ; victoire Fra

-Principaux empires coloniaux en 1914:

            GB: 33 millions km² et 450 millions hab

            Fra: 10 millions km² et 50 millions hab

Après la 1ère guerre mondiale, colonies allemandes et ottomanes partagées entre France et GB.

 

II-        1914-1939: L'ORGANISATION DES EMPIRES COLONIAUX.

                        1/ Domination politique et administrative:

-2 conceptions théoriques de l'administration coloniales:

            Indirect Rule (administration indirecte): idée anglaise, utilisée aussi par PB, administration européenne intègre les chefs indigènes traditionnels; théorie de l'association.

            Administration directe : idée française (reprise par Belgique, Portugal), administration coloniale commande, pas de pouvoir aux chefs indigènes; théorie de l'assimilation (acculturation des indigènes pour en faire des Français avec culture française).

-Dans la réalité, organisation souvent plus complexe et empirique, au cas par cas.

Statuts différents selon les types de colonies.

            Ex : Empire GB : dominions (colonies de peuplement avec large autonomie : Canada, Australie…), autres colonies dirigées par un gouverneur anglais avec appui sur les élites indigènes (ex : Inde, Kenya)

            Ex : Empire Français : protectorat (maintien de pouvoirs traditionnels sans pouvoir : Tunisie, Maroc), administration directe (ex: Afrique noire), Algérie organisée en départements.

Sur le terrain, les coloniaux sont souvent tout puissants.

                        2/ L'exploitation économique des territoires.

-but essentiel des métropoles: développer les échanges dans un cadre protégé

            moyens pour y parvenir:

législation (ex: Fra: tarif Méline de 1892: pas de droits douane entre métropole et colonies)

construction d'infrastructures de transports (ports, voies ferrées pour récupérer les matières premières)

            ex: construction de la ligne Congo-Océan

                        Congo Fra: de Brazzaville à Pointe noire

                        construit de 1921 à 1934 par Société des Batignolles (concession)

                        utilisation massive du travail forcé des indigènes (17 000 morts)

exploitation des matières 1ères agricoles et minières: concessions attribuées à des compagnies capitalistes:

            ex: Union minière du Haut-Katanga (Congo Belge)

            ex: grandes plantations qui volent les terres des indigènes.

-résultats:

 développement du commerce colonial pour Fra et GB surtout pendant la crise des années 1930:

            ex: 70 % des matière agricoles importées en Fra

            ex: 70 % des exportations GB

Hausse des inégalités entre indigènes: paysans traditionnels en régression (souvent exode rural vers les premiers bidonvilles); enrichissement d'une bourgeoisie locale par le commerce ou l'instruction : "les évolués"; création d'une élite indigène occidentalisée (Gandhi en Inde, Ho-Chi-Minh en Indochine, L.S. Senghor au Sénégal) qui prendra souvent la tête de la contestation ensuite.

                        3/ Les années 1930 : l’apogée colonial.

-1ère guerre mondiale n’a pas fait prendre conscience à l’Europe de modifier ses rapports avec le monde colonisé :

Apport militaire des colonisés très important (ex : tirailleurs sénégalais, spahis marocains) ainsi que l'apport en main d'oeuvre et matières premières

Récupération des colonies allemandes et ottomanes par France (Cameroun, Syrie) et GB (Irak, Palestine).

SDN créée en 1920 mais dominée par les Européens (seule l’Ethiopie est admise pour l’Afrique).         

-Apogée de l ‘idée d’empire, notamment en France.

Ex: expo coloniale de Vincennes en 1931.

                        A Paris, bois de Vincennes.

                        Mai à novembre 1931 : 33 millions de visiteurs, donc véritable succès (intérêt).

                        Inauguration par personnalités : président de la république, maréchal Lyautey (colonisateur du Maroc).

                        Reconstitution de bâtiments en bois et plâtre (ex : temple d’Angkor-Vat au Cambodge, huttes africaines), spectacles (ex : danses cannibales des canaques).

                        Jeu sur l’exotisme, découverte d’un empire universel, montrer la puissance, commerce en période de crise.

                        insistance aussi sur: recul épidémies et scolarisation.

 

Concl :            Métropoles ont transformé mais pas vraiment développé les structures sociales et économiques de leurs colonies. Exploitation économique du territoire et acculturation des indigènes.

                        Méthodes du colonialisme (théorie qui prône la domination d'autres territoires).

                        Absence de liberté politique mais éducation et médecine (croissance démographique); nécessité à terme de revoir les relations de domination.

 

 

2/ LE TIERS-MONDE : INDEPENDANCE, CONTESTATION DE L’ORDRE MONDIAL, DIVERSIFICATION.

Cours réalisé par F. Le Hech

 

 

Métropoles affaiblies par la 2nde guerre : occupation en France, Belgique, PB ; épuisement financier de GB ; vaincus (Italie) ; occupation du Japon en Asie du Sud-Est qui s’est présenté comme un « libérateur ».

Position des deux Grands:

URSS : contre l’impérialisme, soutien actif aux mouvements marxistes (ex : Vietminh de Ho-Chi-Minh, colonies portugaises)

EU : conviction (ancienne colonie, champion des libertés), intérêt économique (nouveaux marchés).

Principales phases:

            1ère phase de décolonisation en Asie entre 1945 et 1955.

            2ème phase de décolonisation en Afrique essentiellement terminée en 1965 (sauf colonies portugaises en 1975).

Principales guerres d’indépendance :

            Indonésie contre PB (1945-49)

            Vietnam (1946-54) et Algérie (1954-62) contre France

            Angola et Mozambique contre Portugal (1960-75)

Evénéments majeurs:

            Crise de Suez en 1956 : intervention des 2 Grands pour arrêter une expédition de la Fra et GB jugée de type colonial.

            Conférence de Bandung en 1955 : affirmation du TM comme 3ème voie politique.

Pbmatiques possibles :

            Comment envisager la décolonisation et l’émergence du Tiers-Monde dans le cadre de la Guerre froide ?

            Pourquoi le mouvement de décolonisation politique, long de 30 ans, apparaît-il comme très précipité dans la plupart des cas ?

 

I-       L’OBTENTION DE L’INDEPENDANCE DES COLONIES.

1/ Un contexte nouveau.

a/ l’internationalisation des problèmes.

-Dès la 2nde guerre mondiale :

Rappel de la Charte de l’Atlantique (1941) : droit des peuples.

Promesses faites par certaines métropoles :

Cas de l'Inde : en 1942, Churchill promet la réunion d’une assemblée constituante en échange de 2 millions de soldats pour GB

Cas de la France: Discours de Brazzaville (Congo) par le Général De Gaulle en 1944 : pas d’indépendance politique mais réformes économiques et sociales et association aux décisions politiques promises.

-Après la 2nde guerre mondiale :

Fin du mythe de la supériorité européenne.

Rôle de l’ONU : en 1945, les colonies sont rendues aux métropoles mais avec Mandat de les conduire vers l’indépendance ; Assemblée Générale devient une tribune de propagande pour les premiers pays décolonisés (ex : Egypte)

Guerre froide : intérêt des deux Grands de s’attirer de nouveaux pays dans leur bloc.

Evolution lente des esprits après la guerre en Europe :

Eglises chrétiennes critiquent les excès

Coût financier des colonies dénoncé par un courant capitaliste (ex : Cartier et le cartiérisme des années 1950 : « la Corrèze ou le Zambèze »)

Hostilité forte des PC (anticolonialisme depuis longtemps)

b/ L’éveil du nationalisme indigène.

-Incompréhension de la part des métropoles de l’évolution des colonies :

Fort écart démographique (ex : en Algérie en 1954, 1 million d’Européens pour 8 millions de Musulmans), exode rural massif (misère paysanne, ruine de l’artisanat par les produits industriels européens).

Existence d’une élite indigène occidentalisée mais qui n’obtient pas de réel pouvoir par mépris (ex : H. Bourguiba avocat tunisien, L.S. Senghor : riche famille sénégalaise a fait ses études à Paris et poète)

-Création de mouvements nationalistes avant et pendant la guerre pour demander l’indépendance mais hostilité des Européens :

Neo-Destour en Tunisie (1934) créé par Bourguiba mais il est emprisonné en France de 1952 à 1955.       Istiqlal au Maroc (1943) dirigé par le sultan Mohammed V : déposé et exilé de 1953 à 1955.

      Parti du Congrès (créé en 1886) en Inde dirigé par Gandhi : durcissement pendant la guerre avec slogan « Quit India » (Les Anglais dehors) et boycott des produits anglais

      « Manifeste du Peuple Algérien » écrit en pleine guerre par Ferhat Abbas ; dénonce la colonisation française ; s’appuie sur les règles occidentales (Constitution) et le « droit des peuples ».

            2/ Une décolonisation en deux temps (1945-75).

a/ un mouvement précoce en Asie (1945-1955).

-La fin des colonies au Moyen orient :

Plupart des pays indépendants avant la guerre (Egypte en 1922, Irak en 1932) ;

Syrie et Liban évacués en 1946 par la France après des troubles.

Problème de la Palestine occupée par la GB : peuplement mêlé de 0,5 millions juifs  et 1,2 million arabes ; troubles ; plan de partage en 2 Etats prévu par l’ONU en 1947, mais non appliqué ; en 1948, évacuation rapide de la GB et proclamation d’un seul Etat juif Israël d’où 1ère guerre avec les Arabes.

-Le cas de l’Inde (août 1947) :

C. Attlee : 1er ministre travailliste favorable à l’indépendance (Churchill était contre) ; existence d’un parti indépendantiste depuis 1886 : Parti du Congrès de Gandhi.

Février 1947 : deux ans de négociations difficiles car deux partis opposés en Inde : Parti du Congrès (Gandhi, Nehru) pour un Etat laïc et unifié et Ligue musulmane (Jinnah) pour créer deux Etats séparés : 1 pour les musulmans et 1 pour les hindouistes 

             Troubles de + en + violents d’où processus accéléré par la GB pour son retrait (Lord Mountbatten).

Indépendance et partition simultanée en 2 Etats : Union indienne et Pakistan (divisé géographiquement en 2 territoires) avec guerre civile (assassinat de Gandhi en janvier 1948) ; transferts de 10 millions de population ; contestation du Cachemire.

Désir anglais de conserver des relations avec anciennes colonies : Commonwealth (seule la Birmanie refuse) 

Malgré la préparation, indépendance réalisée dans l’urgence.

-Les guerres en Asie du Sud-Est.

Cas de l’Indonésie : Possession des PB avec des richesses (pétrole, hévéa) ; Indépendance proclamée en 1945 par Soekarno (avec, puis contre les japonais) ; Refus des PB et envoi d’une armée ;
forte pression internationale (EU) contre PB d’où indépendance reconnue en 1949.

Cas de l’Indochine française :

Indépendance proclamée par Ho-Chi-Minh en 1945 d’abord reconnue par la France

Puis Enlisement dans une guerre de 8 ans (1946-1954) : lien avec guerre froide car endiguement du communisme (aide américaine)

Echec militaire de Dien-Bien-Phu en mai 1954 (armée française encerclée) et négociation 

Accords de Genève en juillet 1954 : indépendance de 2 Vietnam (communiste au N, capitaliste au S), Laos, Cambodge et retrait français.

Partition provisoire du Vietnam puis guerre contre EU dans les années 1960.

b/ la vague de décolonisation en Afrique (1956-1975).

            b1/ l’influence de Bandung (avril 1955).

Réunion en Indonésie : 29 Etats d’Asie surtout, représentant 1 milliard d’hommes, récemment indépendants, réunis à l’initiative de Nehru et Soekarno.

Encouragement pour l’Afrique à se décoloniser : condamnation de l’attitude française au Maghreb, soutien à l’ONU.

Proposition par Nehru du neutralisme : "3e voie" politique (contexte de guerre froide)

            b2/ l’indépendance du Maghreb.

-Les protectorats (Maroc, Tunisie) demandent l’indépendance dès 1945 et connaissent la même évolution.

Hésitations de la France :       promesses non tenues

                                               Fermeté : Bourguiba emprisonné, Mohammed V déchu et exilé (véritables martyrs, troubles).                                Négociations (défaite en Indochine et volonté de conserver l’Algérie)

                                               Indépendances reconnues en 1956.

-Cas de l’Algérie :      relations plus anciennes avec la France (1830), présence de nombreux « pieds noirs » qui refusent toute évolution, enjeu pétrolier.

Divisée en 3 départements ; nouveau statut en 1947 avec égalité de principe mais pas suivie d’effets (élections truquées, double collège).

Insurrection du FLN (A. Ben Bella, H. Boumédienne) le 1er novembre 1954 : « Toussaint sanglante » avec 70 attentats.

France s’enfonce dans une guerre de 8 ans

Indépendance reconnue par les accords d’Evian en mars 1962 et ratifiée par référendum.

            b3/ l’Afrique noire.

-Décolonisation réalisée en douceur dans les colonies franco-anglaises :

Modèle anglais du Ghana : indépendance voulue et obtenue par N’Krumah en 1957 et entrée dans le Commonwealth ; suivi en 1960 par le Nigéria ; parfois troubles ethniques (ex : Kenya en 1963).

Modèle français en 3 étapes en AOF et AEF : de + en + d’autonomie entre 1946 et 1958 aboutit à l’indépendance en 1960. [1946: Union Française, 1956 loi-cadre Defferre, 1958: Communauté Française]

-Véritable abandon du Congo (Zaïre) par les Belges en 1960 : troubles graves d’où indépendance accordée et fuite ; entrée dans une guerre civile jusqu’en 1965 (problèmes ethniques, guerre froide, sécession du Katanga ; fin avec coup d'Etat et dictature de Mobutu).

-Indépendance tardive des colonies portugaises seulement en 1975 (Mozambique, Angola) : régime dictatorial de Salazar se maintient par la force (200 000 soldats) ; révolution au Portugal en 1974 entraîne l’indépendance mais guerres civiles aussitôt.

3/ voie pacifique, voie violente.

-On oppose souvent décolonisation anglaise pacifique et française violente. A nuancer car réalisée au cas par cas selon les liens et les enjeux.

-Exemple de processus pacifique : l’Afrique noire française.

Union Française créée par la Constitution de 1946 (début d’autonomie).

Loi-cadre Defferre mise en place en 1956 (plus grande autonomie).

Communauté française proposée par De Gaulle en 1958 (seule la Guinée refuse) : proposition d’un Etat fédéral ; non réalisé, indépendance en 1960 mais maintien de relations fortes : bases militaires françaises (ex : Centrafrique), francophonie, accords de Lomé puis de Yaoundé (années 1960-70)

Pourquoi pacifique ? préparation, faible présence européenne, peu de richesses.

-Exemple de processus violent : l’Algérie française.

Contexte différent : présence ancienne, seule colonie de peuplement (exilés, Alsaciens-Lorrains…), pression des pieds-noirs pour rester français (attentats de l’OAS, tentative de putsch en 1961), richesses, humiliation de l’Indochine (éviter de la renouveler), hommes politiques favorables au maintien (Mitterrand, Bidault)

Actions de la France renforcent la conscience algérienne : envoi du contingent (400 000 hommes), refus de parler de « guerre », tortures et viols.

Evolution inéluctable : mouvement général, France isolée et condamnée.

Rupture consommée : terreur, 250 000 morts (chiffres contestés), exode précipité de 700 000 pieds-noirs, problème harki (seulement quelques milliers accueillis en France).

 

II-     TENTATIVES AVORTEES DE MODIFICATION DE L’ORDRE MONDIAL.

1/ les tentatives d’union du Tiers Monde

-Concept Tiers Monde inventé par démographe français Alfred Sauvy en 1952 : inspiré par Révolution française (équivalent du Tiers-Etat) et guerre froide (2 blocs = 2 mondes) ; caractères du TM: sous-développement, pauvreté, explosion démographique

-Conférence de Bandung fait prendre conscience du poids politique de Tiers-monde mais les oppositions sont fortes : Turquie proche des EU, Chine proche de l’URSS, neutralistes comme l’Inde.

-Tentative de création du « mouvement des non-alignés » (groupe des 77 à l'ONU) symbolisée par la conférence de Belgrade en 1961 (Tito, Nehru, Nasser). Echec car options idéologiques trop éloignées.

-Dérive vers le tiers-mondisme : idée qui reprend les thèmes marxistes d’exploiteurs/exploités ; illustrée par les actions révolutionnaires de Che Guevara en Amérique du Sud.

-Organisations régionales mises en place :

Ligue arabe en 1945

Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1963

-Seule union efficace dans le TM: OPEP (exportateurs de pétrole) créée en 1960, affirmation économique avec choc pétrolier de 1973

                        2/ Désillusion, éclatement et diversification du TM

-Problèmes de stabilité politique et de rapport à la démocratie : pratique généralisée du coup d’Etat.

-Problèmes des frontières : guerres civiles, contentieux avec les voisins

-Problèmes du développement : endettement, baisse des prix des matières premières, corruption, confiscation des richesses par minorités ou entreprises étrangères...

-Creusement des écarts de développement : PMA africains, face aux NPIA, puis BRICS

-Théorie du néocolonialisme (concept utilisé par N'Krumah en 1965, puis largement repris par les marxistes) : nouvelles formes de domination économique des pays développés et de leurs entreprises sur les anciennes colonies [théorie controversée]

 

Concl :           La décolonisation n’est pas un mouvement concerté, voulu, préparé. Elle a été réalisée au cas par cas sous la pression des événements, dans la précipitation souvent, dans un contexte de guerre froide.

                        Mais ressorts propres et spécifiques à la décolonisation: besoin légitime d’indépendance politique et de respect des peuples d’Afrique et d’Asie

                        Les nouveaux Etats ont à leur tour été pris dans ce jeu de la guerre froide et n’ont pu se présenter comme une « troisième voie ».

                        Prise de conscience d’une nouvelle césure non politique Est/Ouest mais économique Nord/Sud.

 

 

3/ Condensé sur la décolonisation

Réalisé par F. Le Hech, à partir de deux ouvrages :

Documentation photographique n°8062 (mars 2008) et B. Droz: Histoire de la décolonisation (2006)

 

1/ Les années 1930: Apogée du fait colonial et affirmation des nationalismes indigènes.

         a/ Extension maximale des colonies

-Conférence de San Remo (1920): redistribution, sous mandat, des colonies allemandes et turques à la GB (Tanganyika, Irak, Palestine), Fra (Togo, Cameroun, Liban, Syrie), Belg (Rwanda, Burundi) et Afrique du Sud (Namibie)

-Nouvelles conquêtes: Mandchourie par le Jap (1931), Ethiopie par Ita (1936)

      b/ Différentes entités coloniales

-Empire GB: dominions blancs quasi-indépendants (Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud), Empire des Indes (Vice-roi anglais depuis 1876 ; Inde+Ceylan+Birmanie), reste des colonies dépendant de l'Etat [1936: indépendance contrôlée accordée à Egypte, Irak, Jordanie]

-Empire Fra constitué de: Indochine, bloc Maghreb, Afrique noire, Madagascar, "4 vieilles colonies" départementalisées (Guyane, Martinique...), Océanie (Nouvelle Calédonie, Polynésie), mandats du Levant.

Colonies Fra dépendent de 3 ministères différents (des colonies, de l'Intérieur, des affaires étrangères)

-PB: Indes néerlandaises, des îles des Caraïbes, Surinam

-Belg: Congo (possession personnelle du roi, puis donnée à l'Etat en 1908), Burundi, Rwanda

-Portugal (Guinée-Bissau, Angola, Mozambique) et Espagne (Rio de Oro, Guinée équatoriale): régression au XIXe s.

      c/ Liens métropoles/colonies

Renforcés économiquement avec la crise des années 1930 :

      -accords d'Ottawa (1932) fixent la "préférence impériale" pour la GB (1939, 50% du commerce anglais se fait dans son empire)

      -politique de grands travaux dans les colonies (surtout dans les transports)

      d/ Montée des nationalismes

-Opposition ancienne des élites (réclament une place dans l'administration)

-Mouvements indépendantistes surtout dans les années 1930 avec 3 courants:

                  -traditionalistes basés sur la religion (islam, Hindouisme, Bouddhisme)

                  -bourgeoisie indigène (retournement des valeurs occidentales: liberté, démocratie)

                  -greffe communiste (surtout en Asie)

-Nationalisme inexistant en Afrique noire: idéal libérateur fondé sur la race et le continent

-Nationalisme arabe : idée d'une seule nation sapée par la GB qui refuse un grand royaume arabe

      e/ Impact de la 2nde Guerre mondiale

-Fin du mythe de l'invulnérabilité: capitulations de 1940 (Fra, PB) et 1942 (GB à Singapour)

-Colonies changent de mains: Afrique du Nord (EU à partir de 1942) et Asie (occupation Jap) et discrédit du colonisateur

-Radicalisation des indépendantistes (ex: Quit India en 1942)

-Message de la Charte de l'Atlantique (1941)

-Double anti-colonialisme des 2 Grands (ex: affaire de Suez)

-ONU: tribune pour les premiers décolonisés

 

2/ Le temps de la décolonisation.

     a/ En Asie

-Précocité normale: souvenir de souveraineté déchue (victoire du Jap contre Russie en 1905, révolution chinoise de 1911), perte de prestige/puissance des colonisateurs amplifiée par occupation Jap

-2 facteurs expliquent les conflits: impréparation de la métropole, implantation du communisme

-Cas de l'Inde (1947):

      -gouvernement Attlee envoie Mountbatten pour négocier (1946)

      -mais affrontements musulmans/hindous et intransigeance de Jinnah

      -partition puis assassinat de Gandhi (car voulait conserver l'unité)

-Cas de la Malaisie (GB, 1957) plus conflictuel car guérilla communiste et place stratégique de Singapour (détaché en 1965)

-Conquête de l'indépendance en Indonésie (PB) et Indochine: proclamation dès 1945 (avec aide du Jap) puis guerre avec implication de la guerre froide: Sukarno (Indonésie) anti-communiste donc soutien des EU, mais Ho-Chi-Minh (Indochine) communiste donc soutien des EU à la Fra.

      b/ En Afrique

-Maghreb: retentissement de Dien-Bien-Phu, Bandung et affaire de Suez ; en Algérie, FLN unifie les différents courants nationalistes et la guerre commence vraiment en 1956 (rébellion généralisée, arrivée du contingent) ; différences entre Algérie et Maroc/Tunisie: ancienneté de l'occupation, statuts différents (départements/protectorats), nationalismes différents (éparpillés en Alg/prestigieux au Mar/Tun)

-Afrique noire:

      -avant la guerre, seulement mouvement du "panafricanisme" (liberté + unité)

      -après la 2nde guerre, changements: valorisation stratégique du continent, boom économique dans les années 1950, soutien discret des EU, rôle des partis politiques avec leaders prestigieux (ex: N'Krumah au Ghana)

      -3 phases:        1957-60: Afrique occidentale: la + riche et évoluée, souvent pacifiquement, contagion à partir de Ghana et Guinée

                             1960-65 : décolonisation hésitante des autres colonies anglaises (Nigeria, Kenya, Rhodésie Nord): bonne volonté du 1er ministre GB Macmillan mais résistance de l'administration

                             A partir de 1965: indépendances longues et conflictuelles: bastions blancs, colonies Portugaises

 

3/ Quelques questions sur la décolonisation.

      a/ Fin d'un cycle

Restent les "confettis d'empire" devenus parfois des micro-Etats:

      -Caraïbes + Guyanes (GB + PB) indépendantes dans les années 1960-70, puis création du CARICOM (communauté en 1973)

      -Océan indien : pas de difficultés sauf Mayotte qui refuse de rejoindre les Comores (1975) pour rester Fra. Référendum en 2009 : choix (95%) de devenir département français (effectif fin mars 2011)

      -Océanie: indépendances faciles pour GB ; réticences Fra et EU car stratégiques (Polynésie, Midway, Guam); rôle de l'Australie qui veut développer son influence régionale ; tensions en Nouvelle Calédonie puis transfert progressif de souveraineté (depuis 1988)

      b/ Cas particuliers

-Iles Falkland (ou Malouines) : litige ancien entre GB et Argentine ; occupation militaire par l'Argentine en 1982 (Général Galtieri) alors que possession GB ; enjeux: fierté nationale, stratégie (passage de 3 océans), économie (ZEE) ; victoire militaire GB (M. Thatcher) et chute de la dictature en Argentine

-Tibet: occupation militaire par la Chine (1950), accord imposé au jeune Dalaï Lama (1951), annexion (1957), insurrection des Tibétains de Lhassa (1959) et répression féroce ; conséquences: exil du Dalaï lama, collectivisation des terres (1969), immigration forcée de Chinois, déculturation.

-Israël/Palestine:

controverse idéologique des années 1960-70: le Sionisme est-il une forme de colonisation?

                  Oui pour arabes et marxistes: mouvement né fin XIXe s, pénétration anglaise (déclaration Balfour), dépossession des Palestiniens et exil forcé (1948)

                  Non pour les occidentaux et juifs : respect du droit des peuples, pas une terre étrangère mais une terre d'origine, pas un Etat conquérant, indépendance réalisée contre GB

actuellement, historiens israéliens acceptent le caractère colonialiste mais avec des spécificités.

 

 

4/ Raphaëlle BRANCHE & Sylvie THENAULT : DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE n° 8022 août 2001 :  LA GUERRE D’ALGERIE

Compte-rendu réalisé par F. Le Hech

 

Voir aussi plusieurs sites pour compléter:

http://www.univ-paris13.fr/benjaminstora/lhistoire [un des grands spécialistes actuels]

wikipedia [beaucoup d'éléments factuels]

http://guerredalgerie.free.fr [réalisé dans le cadre d'un TPE, très intéressant]    

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_histoire/07algerie.htm [liens histoire/mémoire]

http://guy.perville.free.fr/spip/ [autre grand spécialiste, comptes-rendus de livres]

 

-Pendant longtemps, « guerre sans nom »

Pour B. Stora, « mise en scène de l’amnésie » (mémoires à vif et antagoniques)                 

Travaux de l'historien C-R. Ageron restent la base des études.

-Progrès de la connaissance actuelle :

            Resituer dans l’épisode colonial entier

            Comportements des groupes sociaux : armée, magistrats, pieds-noirs…

            Représentation et mémoire de la guerre

            Histoire militaire

-En 1999, mot « guerre » voté par loi de l’Assemblée nationale. Mais pas « guerre d’indépendance » : accent seulement mis sur le terrain d’affrontement : « guerre d’Algérie ».

-Algérie découpée en départements depuis 1848.

2 statuts juridiques :    citoyens français (Européens et descendants, juifs naturalisés en 1870 par le décret Crémieux), autres autochtones

Autre ambiguïté : « français de souche européenne » et « français musulmans » (= Algériens) : problème entre nationalité et citoyenneté.

 

I/ Quelles origines ?

 

-Problèmes:  réformes impossibles, radicalisation du nationalisme algérien entre 1945 et 1954

-Ordonnance de De Gaulle en mars 1944 [C’est une réponse au Manifeste du Peuple Algérien remis à De Gaulle par Ferhat Abbas en 1943] :

            -reprise du projet Blum-Viollette de 1936  (refusé alors par les conservateurs)

            -citoyenneté accordée à 65 000 Algériens sans perte de leur statut personnel : militaires, diplômés…

            -suppression de peines purement administratives seulement appliquées aux Algériens individuellement ou collectivement.

            -suppression du code de l’indigénat (liste d’infractions seulement applicables aux Algériens)

Mais l’ordonnance :    reste dans une logique d’assimilation (refusée par les nationalistes)

                                   est trop audacieuse pour les Européens d’Algérie

-Début mai 1945, révoltes à Sétif et Guelma (appel du PPA de Messali Hadj pour la libération, sorte de jacqueries plutôt spontanées)

répression sanglante : entre 1500 et 20 000 morts.-

Statut de 1947 (proposition du prof de droit d’Alger Viard) : Assemblée algérienne de 120 élus en 2 collèges inégaux : 60 élus par Européens (0,9 million de personnes) et 60 élus par Algériens (7,7 millions de personnes).

Rejet par les nationalistes.

Truquage et pression des Européens sur les élections d'où discrédit aux yeux des musulmans indépendantistes : pas d’évolution possible par la voie légale.

Dissensions internes dans le MTLD de Messali Hadj, émergence d’un groupe favorable à l’action militaire (9 chefs du FLN).

 

II/ L'enfoncement progressif dans la guerre (1er novembre 1954-1958).

-Environ 30 attentats dans la nuit: "Toussaint sanglante" (police croit à tort que c’est le MTLD : arrestations et tortures)

En fait, coup d’état d’une minorité (FLN) dans le mouvement nationaliste : légitimation de la violence comme moyen d'action politique.

Réaction de la France en fonction du contexte : Revendications en Tunisie et au Maroc réprimées (exil du Sultan Mohammed V en 1953, emprisonnement de Bourguiba en 1952), Indochine perdue en juillet.

-12 novembre 1954 : F. Mitterrand, ministre de l'intérieur du gouvernement de PMF: "l'Algérie, c'est la France"

Janvier 1955, nouveau gouverneur général nommé en Algérie : J. Soustelle.

Avril 1955, Etat d’urgence : aspect plus répressif.

20 août 1955, basculement : soulèvement de milliers de paysans du Nord-Constantinois et répression : 12 000 morts.

-En 1956, gouvernement G. Mollet nomme un Ministre-Résidant en Algérie : Général Catroux.

En février, « journée des tomates » : Mollet conspué par les Européens à Alger car Catroux trop souple avec les indépendantistes ; nouvelle nomination : R. Lacoste.

mai 1956: décision d'envoi du contingent par G. Mollet (accord de F. Mitterrand)

Hausse des pouvoirs militaires ; rappel des appelés sous les drapeaux (effectifs x2) ; manifestations en France contre les départs des soldats.

-Août 1956, réunion des chefs du FLN (rôle d’A. Ramdane) :

            Collégialité du pouvoir

            Primauté du politique sur le militaire

            Primauté décisionnelle de l’intérieur sur l’extérieur

-A partir de septembre 1956, nouvelle phase : violence urbaine par des attentats aveugles (40 % des Européens sont à Alger et Oran).

Attentats servent à justifier la torture par les Paras.

Débat en France avec C. Bourdet, F. Mauriac, Vercors, Général Paris de Bollardière.

Polémique et stigmatisation de la torture :

            « affaire Audin » (Français d'Algérie, communiste, pro FLN,  arrêté et disparu en 1957) en fait, mort sous la torture) 

            livre de P. Vidal-Naquet : "L'affaire Audin" prouve qu'il est mort sous la torture

            en 1958, livre de H. Alleg (proche d'Audin) : « La question », censuré.

FLN torture aussi: des militaires français, des Algériens « traîtres » (pas pour faire adhérer la population mais pour obtenir une assistance logistique car le FLN au début n’est pas un mouvement de masse).

 

III/ La période gaulliste (mai 1958-1962).

-En 1959, De Gaulle propose l’autodétermination : refus du GPRA (Sahara exclu, référendum court-circuite le GPRA).

-Gouvernement divisé : Debré pour Algérie française face à Michelet (quitte le gouvernement en août 1961).

-OAS dirigé par général Salan dans la clandestinité après échec du putsch.

En mars 1962, fusillade rue d’Isly à Alger (46 morts) : répression d’une manifestation de l’OAS ; départ massif d’Européens.

Accord OAS-FLN en juin 1962 pour arrêter les violences.

-Course au pouvoir au sein du FLN : institutions installées seulement en septembre 1962.

200 à 400 000 morts.

Economie désorganisée : baisse du commerce, manque de main d’œuvre qualifiée et fonctionnaires…

 

 

5/ Article de Laurent Theis paru dans Le Point le 15 octobre 2010: "Guerre d'Algérie, le dernier tabou de Mitterrand", au sujet du livre : François Mitterrand et la guerre d'Algérie, de François Malye et Benjamin Stora (octobre 2010)

 

             Ministre de l'Intérieur lors du déclenchement de l'insurrection algérienne, Mitterrand avait pris la mesure de l'événement, organisant une répression sans faiblesse mais s'efforçant d'empêcher les exactions policières. Lorsqu'il entre pour la onzième fois, le 1er février 1956, dans une combinaison ministérielle, le ministre de la Justice de 39 ans, proche de Pierre Mendès France, pourrait incarner la figure libérale du maintien de l'autorité française en Algérie. Or, observent les auteurs, à partir de là, tout change. Non seulement le troisième personnage du gouvernement s'associe publiquement à toutes les décisions prises par le président du Conseil, Guy Mollet, mais il n'est pas le dernier à pousser à la rigueur dans les délibérations ministérielles. Il accepte que, pour juger des auteurs de crimes et délits commis en Algérie, les tribunaux civils soient dessaisis au profit de la justice militaire, ouvrant la voie aux procédures les plus expéditives.

Surtout, et c'est la grande révélation de ce livre, le garde des Sceaux laisse sans broncher aller à la guillotine des nationalistes algériens, qu'ils aient ou non du sang sur les mains : 45 décapitations en 500 jours. Les dossiers sont préparés à la chancellerie, où le garde des Sceaux donne un avis de poids. René Coty a rejeté 45 fois la grâce, pour laquelle Mitterrand s'est prononcé 8 fois seulement. Parmi les guillotinés, un nom est attaché comme une macule à celui de Mitterrand : Fernand Iveton, militant du Parti communiste algérien exécuté le 11 février 1957.

            À partir de mars, le garde des Sceaux prend ses distances avec les pratiques illégales des militaires en Algérie. Il aurait songé à démissionner, dira-t-il plus tard. Il est resté jusqu'au bout. Dualité, voire duplicité ? En 1981, président de la République, il fait adopter l'abolition de la peine de mort ; en 1982, il impose à sa majorité l'amnistie pour les généraux putschistes d'Alger de 1961. "François Mitterrand se pardonnait-il ainsi les fautes, morales et politiques, qu'il avait commises durant ces cinq cents jours ?" concluent les auteurs. On dira plutôt qu'il s'était conduit comme les politiciens ordinaires de l'époque, à la remorque d'événements trop grands pour eux.

 

 

6/ L'HISTOIRE - LES COLLECTIONS - N° 49 - Octobre 2010 : LA FIN DES EMPIRES COLONIAUX

Compte-rendu réalisé par F. Le Hech

 

Olivier GRENOUILLEAU : Une histoire forcément mondiale

-Séquence historique nettement définie de 1492 à 1975 : construction, essor et disparition des empires coloniaux européens d'Asie, d'Afrique et d'Amérique

-Débats sur le terme Empire. Désigne en général un pouvoir puissant et dominateur ainsi que le territoire sur lequel il s'étend

-Analyse historique récente de la notion d'Empire par les historiens japonais (école du Kansaï) :

            "comparative imperiology" : vision fonctionnelle (et non théorique) d'un Empire étudiée à partir de plusieurs cas en Asie (Huns, Ottomans...)

            autorité politique supérieure qui permet de dépasser des clivages (régionaux, culturels, religieux...) dans le territoire dominé, par une interaction entre institutions dominantes et institutions locales parfois conservées

-Eléments discutés sur la fin des empires coloniaux :

            causée par des révolutions (projet politique) ou des révoltes (soulèvement conjoncturel) ?

            fin inéluctable au profit de la création d'Etats-nation ?

-Nécessité d'avoir une approche globale : emboîter les temporalités (temps court/temps long) et les échelles (nationale, régionale, mondiale)

 

I/ L'ASIE EN MARCHE

            1/ Bernard DROZ : D'une guerre à l'autre : l'ordre colonial ébranlé

-Regain de prestige colonial après 1GM : mythe de la loyauté des populations colonisées (recrutement massif pendant la guerre)

-Redistribution, sous forme de mandats, des territoires allemands et ottomans :

            GB: Tanganyika, Irak, Palestine

            France : Togo, Cameroun, Liban, Syrie

            Belgique : Burundi, Rwanda

-Apogée de l'extension géographique, complémentarité économique avec les métropoles (surtout années 1930), expositions coloniales qui développent une "mystique impériale" (Londres en 1924, Paris en 1931)

-Conséquences des "14 points de Wilson" ("droit des peuples à disposer d'eux-mêmes") : requêtes présentées par des Tunisiens, Algériens, Egyptiens à la Conférence de la paix en 1919, toutes rejetées mais revendications persistent

                        a/ La greffe communiste

Rôle de la Révolution russe:

            condamnation de l'impérialisme par Lénine

            Congrès des peuples de l'Orient à Bakou en septembre 1921 : lien fort entre nationalisme et communisme (Chine, Vietnam)

                        b/ L'Asie en ébullition

-Evolution du Parti du Congrès en Inde :

            créé en 1885 pour demander l'intégration des élites indiennes à l'administration coloniale

            massacre d'Amritsar (environ 400 morts indiens) au Pendjab en 1919 : agitation multipliée

            années 1920: désobéissance civile orchestrée par Gandhi pour le "swaraj" ( = indépendance par la non-violence)

-Radicalisation partout dans les années 1930 à cause de la crise:

            indépendantisme gagne l'ensemble des populations (dureté de l'existence)

            1930-34 : création du PC Indochinois, Fédération des Oulémas en Algérie, Néo-Destour en Tunisie...

-Idée de Grande Nation Arabe : sapée par GB (refus de Royaume arabe au Proche Orient après 1GM) : segmentation en nationalismes locaux

-Raisons de la précocité du nationalisme en Asie :

            rappel de victoire du Japon contre la Russie en 1905 (1e victoire de non-blancs)

            révolutions chinoises de 1911 et 1924-27 contre les puissances étrangères (même si elles ont raté)

            mouvements sociaux encadrés par syndicats et partis politiques

            foisonnement d'organisations: syndicats, partis, journaux, associations diverses (mais leur division facilite le jeu du pouvoir colonial)

-Réponse principale des colonisateurs: répression ; mais quelques concessions modérées :

            ex: Indian Act de 1935 : base d'une démocratie fédérale largement autonome par GB

            ex: France et Pays-bas: immobilisme

                        c/ Reculs

-Mythe de l'invincibilité des colonisateurs mis en cause par 2GM : capitulation de France, Belgique, Pays-Bas ; capitulation des Anglais à Singapour face au Japon en 1942

-Soutine de Roosevelt à l'émancipation du Maroc (après le débarquement américain de 1942)

-Propagande japonaise en Indochine, Birmanie, Malaisie, Indonésie contre les Européens

-Campagne Quit India de Gandhi en 1942 : répression, mais inefficace

-Charte de l'Atlantique (1941) : autodétermination des peuples

-Prise de conscience commence en Afrique noire

                        d/ EU et URSS d'accord

-Effacement de GB et France sur la scène internationale en 1945 (problème de reconstruction prioritaire)

-EU contre colonies : tradition historique (guerre d'indépendance au XVIIIe s), intérêt économique ("porte ouverte" = liberté du commerce)

-URSS contre aussi par idéologie

-Convergence des 2 Grands visible lors de la crise de Suez (1956)

-Pas de crise grave entre les 2 Grands sur la décolonisation (sauf guerre d'Indochine)

-Rôle de l'ONU : principes de la Charte de San Francisco (juin 1945), rôle de tribune (surtout contre la France au Maghreb) ; rôle à nuancer (pas d'intervention en Inde et Indochine)

            2/ Marc GABORIAU : Inde: la partition était-elle inéluctable ?

-Division entre Inde et Pakistan improvisée en août 1947

-Violences: 300-500 000 morts, 10-15 M pers déplacées ; au Pendjab : "nettoyage ethnique"

                        a/ 2 religions, 2 partis

-1885: Parti du Congrès : nationalistes surtout hindous ; 1906 : Ligue musulmane (élite musulmane)

-Réforme Morley-Minto de 1909 : collèges électoraux séparés entre les religions ; musulmans souvent surreprésentés dans les Conseils provinciaux

-Divorce entre les communautés religieuses (= communalisme) dans les années 1920-30:

            notion d'"hindouité" (purifiée de la contamination musulmane) créée en 1923 ; thème repris par l'extrême droite en Inde aujourd'hui

            notion de djihad (= guerre sainte) défendue par le musulman Maududi

-Mais idéologies extrémistes restent minoritaires

                        b/ Intransigeance

-Indian Act de 1935 : autonomie politique des provinces avec gouvernements locaux issus d'élections ; Parti du Congrès refuse des postes à la Ligue musulmane

-Radicalisation de la Ligue avec Ali Jinnah : dès 1940, demande un Etat séparé

-Gandhi (mais pas ses soutiens) favorable à l'union hindous-musulmans dans un même pays ; Nehru favorable à la neutralité religieuse de l'Etat: "sécularisation"

-Désengagement rapide de GB avec les Travaillistes au pouvoir à l'été 1945 :

            échec des négociations sur un Etat unique : Jinnah veut un gouvernement à égalité de représentation ; Gandhi prétend représenter tous les Indiens

            Lord Mountbatten nommé Vice-Roi en mars 1947 pour accélérer le retrait de GB (prévu en 15 mois) ; le réalise en 3 mois !

            Juin 1947 : annonce de la partition ; août 1947 : réalisation (mais frontières pas encore définies !)

                        c/ Question de l'inéluctabilité

-Oui selon histoire officielle au Pakistan ; idem pour extrême droite hindoue (appelle tojours à chasser ou tuer les musulmans aujourd'hui)

-Non : considérée comme un "accident de l'histoire" par beaucoup en Inde

-Recherche de coupables:

            les Anglais ? ont joué en partie les musulmans contre les hindous ; mais ne voulaient pas la partition

            l'incompatibilité des valeurs ? hiérarchie sociale très forte dans les 2 communautés ; mais identité religieuse distincte (ex: barrière rituelle pour les hindous qui interdit de se mélanger aux musulmans)

            l'identité religieuse n'est pas une invention coloniale, mais les Anglais l'ont renforcée (crainte des musulmans d'être sous-représentés d'où rancoeur)

            les Anglais ont favorisé la polarisation politique autour des facteurs religieux

-Processus de partition devenu inéluctable seulement rétrospectivement : à cause des violences et des politiques menées par les 2 pays (3 guerres depuis l'indépendance, arme nucléaire)

                        d/ Christophe JAFFRELOT : Gandhi a-t-il échoué ?

Avocat à Bombay, puis en Afrique du Sud

Victime de racisme: décide de lutter contre ; invente la doctrine de non-violence (mélange de préceptes indiens et chrétiens) ; technique de la grève de la faim

Surnommé Mahatma (Grande Ame) à partir de 1920 ; devient aussi chef du Parti du Congrès

1930 : "marche du sel" : pendant 1 mois, pour réclamer la fin du monopole gouvernemental

1942 : Quit India : demande l'indépendance immédiate ; emprisonné et donc ne peut empêcher le déchaînement de violence

Avec la partition, Gandhi considère qu'il a échoué dans sa mission

Tué en janvier 1948 par un extrémiste hindou

Que conclure ?           Méthode de Gandhi insuffisante pour obtenir l'indépendance

                                   Mais son charisme a donné de l'ampleur au mouvement pour l'indépendance

            3/ Jacques DALLOZ : Indochine : la guerre de tout un peuple

                        a/ Forces et stratégies

-Forces a priori déséquilibrées au début de la guerre (fin 1946):

            France : puissance avec matériel moderne, dans le camp des vainqueurs de la 2GM

            Vietminh: gouvernement non reconnu à l'étranger, guérilla isolée, peu de moyens

-Stratégie du Vietminh: extension dans l'espace (pour disperser les troupes françaises) et dans le temps

Définie dans l'ouvrage "Nous vaincrons certainement" écrit en 1947 par un leader communiste

Prévue en 3 phases: 1 guérilla 2 guerre de mouvement 3 contre-offensive générale

Troupes dirigées par le jeune général Giap

Structure militaire très hiérarchisée : milice populaire dans chaque village, troupes régionales, Armée populaire du Vietnam (APV) pour les grandes opérations

Population des villages mobilisée et encadrée par le Vietminh

-Données pour la France :

            armée de métier loin de sa base (12 000 km) et confrontée à une guérilla difficile

            indifférence des Français

            PCF soutient le Vietminh

                        b/ Un bourbier

-1949 : victoire de Mao en Chine ; fin de l'isolement pour le Vietminh : défaite française à Cao Bang en 1950 (près de la frontière chinoise)

-1950 : gouvernement de Ho Chi Minh reconnu par les pays communistes

-tournant dans le conflit : relative internationalisation (France demande aide aux EU) et vietnamisation (France engage de plus en plus de supplétifs vietnamiens dans l'armée)

-1953: nouveau chef militaire français envoyé en Indochine, général Navarre dresse le constat des forces :

            pour la France: 450 000 hommes (mais minorité de métropole)

            pour le Vietminh : 400 000 ; mais grande supériorité dans le renseignement (infos données par la population)

                        c/ Le désengagement français

-Fin de guerre de Corée en 1953 : Chine accentue son aide au Vietminh

-Bataille de Dien Bien Phu (Ouest du Tonkin) imposée par Giap : veut être en position de force lorsque s'ouvre la conférence internationale de Genève qui doit régler les cas coréen et indochinois ; capitulation de la troupe française le 7 mai 1954 ; négociations débutent le lendemain ! Forte médiatisation de cette défaite française

-Accords de Genève signés par Pierre Mendès-France en juillet 1954 :

            Vietnam indépendant mais coupé en 2 : Nord communiste, Sud pro-occidental ; élections prévues sous 2 ans pour réunification (non réalisées)

            Laos et Cambodge indépendants

            Repli français au Sud, puis retrait en 1956

                        d/  Pierre BROCHEUX : Qui êtes-vous M. Ho Chi Minh ?

Culte de son vivant et surtout après sa mort (1969): père de l'indépendance

né en 1890 ; vrai nom: Nguyen Tat Thanh ; issu d'une famille lettrée, mais s'écarte de sa famille et se prolétarise

en France en 1911 ; adhère au PCF en 1920 ; séjour ensuite en URSS et Chine

crée le PC Vietnamien en 1930, puis le Vietminh (=Ligue pour l'indépendance) en 1941

prend son surnom en 1942 : "Celui qui éclaire"

homme secret ; plutôt un inspirateur qu'un chef ; à la fois nationaliste et communiste

proclame l'indépendance du Vietnam en septembre 1945 ; en est le président ; puis combat la présence française.

            4/ Jean-Luc DOMENACH : Hong Kong : le départ à l'anglaise

-Territoire concédé par la Chine à GB en 1898 pour 99 ans, rétrocédé le 1er juillet 1997 après négociations et longs préparatifs

-"Société de fuyards" : beaucoup de Hongkongais ont fui la terreur communiste et la misère de Chine ; très attachés à leur territoire  

-Plaque tournante pour les occidentaux pendant la Guerre froide: nombreux espions, rôle d'entrepôt

-Stratégie anglaise: intégration des élites locales dans l'administration, politique sociale efficace (facilitée par forte croissance des années 1970-80), liberté du commerce et attraction de capitaux chinois

-1982 : Margaret Thatcher en visite à Pékin : cède immédiatement face à Deng Xiaoping qui réclame le retour de Hong Kong

-Ensuite, Anglais essaient de négocier la préservation de l'autonomie politique et économique du territoire ; mais Chinois avancent leurs pions: PC, noyautage des syndicats, neutralisation des journaux, investissements massifs (2000 entreprises chinoises implantées)

-Depuis 1997, tutelle chinoise renforcée

-Mais, pas trop de brutalité car Hong Kong doit permettre de servir de modèle pour un retour espéré de Taiwan

 

II/ L'EMANCIPATION DE L'AFRIQUE

            1/ Jean FREMIGACCI: Madagascar : la grande révolte de 1947

-Affaire qui conserve une part de mystère car :

            vécu sur le mode du fantasme et de l'hystérie

            témoins n'ont pas pu parler

-Causes de l'insurrection :

            tares structurelles du système colonial français : travail forcé, code de l'indigénat, racisme au quotidien (renforcé sous Vichy)

            déception de la gestion gaulliste catastrophique de 1943 à 1946 : corruption, marché noir, misère, corvées, réquisitions...

                        a/ L'insurrection

-Election de 2 députés malgaches à l'Assemblée constituante de 1945 : Ravoahangy et Raseta : fondent le parti nationaliste MDRM

1946 : élection d'un 3e député : Rabemananjara : discours incendiaires contre le colonisateur

-Raidissement à partir d'octobre 1946 :

            répression contre le MDRM (arrestation de cadres)

            radicalisation des indépendantistes : société secrète Jina (Jeunesse Nationaliste) appelle à la violence

-Insurrection déclenchée le 29 mars 1947 dans la confusion:

            mot d'ordre lancé par la Jina

            appel au calme du MDRM

            slogan "des 3 jours" de Raseta (idée d'un soutien possible de GB + EU au bout de 3 jours de révolte)

Attaques dans l'Est de l'île contre: camps militaires, villes, concessions coloniales...

Arrestation des 3 députés par la France

                        b/ Etat de siège

-Faible population européenne: 35 000 sur 4 millions d'habitants

-Région Est désorganisée : fuite des civils en forêt ; insurrection limitée à 1/6e de l'île

-Panique des colons d'où crimes de guerre contre les insurgés :

            ex: à Moramanga (6 mai 1947) : cadres du MDRM prisonniers dans des wagons mitraillés (environ 150 morts)  ex: à Mananjary : plusieurs prisonniers jetés d'avion

crimes largement exagérés ensuite par la propagande et la rumeur

fin juillet 1947: envoi par la France de 5 bataillons en renfort (en tout, 16 000 hommes sur place)

-Juillet-octobre 1948 : procès public à Tananarive contre les insurgés:

            77 accusés (surtout des chefs du MDRM innocents)

            4 condamnations à mort (dont Raseta et Ravoahangy) ; peines commuées ensuite en prison

            procès politique avec pseudo-preuves

-Autres procès ensuite : environ 5700 Malgaches condamnés dont 170 à mort (mais seulement 24 exécutés)

                        c/ Traumatisme

-Question du nombre de morts :

            80 à 100 000 selon les Malgaches : très surévalué (pas visible dans les courbes démographiques)

            enquête par les historiens : 40 000 morts

            donc: pas de "génocide oublié"

-MDRM dissout ; création d'un nouveau parti favorisé par la France, plus conciliant: le PADESM (au pouvoir à l'indépendance en 1960)

-Conflit entre mémoire et historie :

            légende noire liée à la répression, à un fort anticolonialisme, à la crise actuelle (resurgissement du passé), à la victimisation

            2/ Michel WINOCK: La tragédie algérienne

-Jusqu'en 1958, France aveuglée par une fiction: l'Algérie est française

-Quelques familles de colons dominent en Algérie et font pression pour faire échouer toute réforme égalitaire (ex: Georges Blachette : député d'Alger et propriétaire de journal)

-Algérie toujours restée dans un rapport de domination coloniale

                        a/ Vers la guerre

-Infériorité économique, sociale et culturelle criante des habitants musulmans (8,5 millions sur 9,5 millions d'hab

-Quelques oeuvres positives de la France: réseau routier et ferré, progrès médicau

-Mais aussi des échecs (ex: éducation : en 1954 94 % des hommes musulmans et 98% des femmes sont illettrés en Français ; ex: mépris de l'Islam)

-Gauche française contre l'indépendance: P. Mendès-France (Président du Conseil au moment de la "Toussaint rouge", F. Mitterrand (ministre de l'Intérieur)

                        b/ Le pourrissement

-Envoi de forces militaires toujours plus grande contre les "rebelles" (le terme de guerre n'est pas utilisé) ; on les juge minoritaires et manoeuvrés par l'Egypte de Nasser ; la seule réponse envisagée par la France est militaire

-En 1956, Guy Mollet (président du conseil, socialiste) obtient les pouvoirs spéciaux en Algérie

-En janvier 1957, début de la "bataille d'Alger" confiée au général Massu : éradiquer le FLN de la ville ; réussite, mais guerre se poursuit ailleurs

-Opposition en France se développe par la presse et les intellectuels : actes de torture dénoncés

-13 mai 1958 : P. Pflimlin, réputé libéral, nommé président du conseil : manifestation des pieds noirs à Alger qui tourne au coup de force

-Pas de plan préconçu de De Gaulle : juge l'assimilation impossible, mais agit par étapes ; propose d'abord l'association (gouvernement algérien, mais en union étroite avec la France ; puis, l'autodétermination à partir de  septembre 1959  ; échec des négociations avec le FLN en 1960, mais mouvement enclenché

-Opposition à De Gaulle forte en Algérie: une partie de l'armée, pieds noirs extrémistes, intransigeance du FLN

                        c/ Obstacles multiples

-Avril 1961 : levée des dernières ambiguïtés pour De Gaulle: autodétermination doit conduire à l'indépendance

-Conséquence: putsch des généraux (21 avril 1961), mais échec rapide ; forte popularité de De Gaulle

-Négociations avec le GPRA (gouvernement du FLN) échouent à plusieurs reprises ; aggravation de la situation par les attentats de l'OAS

-Accords d'Evian le 18 mars 1962 ; mais perturbation par la "politique de la terre brûlée" de l'OAS et départ précipité des pieds noirs ; abandon des harkis

-Aveuglement des IIIe et IVe Républiques: incapacité à penser la nature coloniale de l'Algérie et son émancipation ; contradiction entre principes républicains et refus de l'égalité aux Algériens

Passions encouragées : attachement des Européens à l'Algérie, mouvement nationaliste qui tombe dans la radicalité totale, armée française qui cherche une revanche après défaite en Indochine

Pragmatisme de De Gaulle pour assumer, difficilement, la décolonisation

            3/ Frederick COOPER : Le grand rêve de l'unité africaine

-Années 1940-50 : Leaders d'Afrique noire française veulent changer l'Empire colonial de l'intérieur :

            volonté d'obtenir la citoyenneté (théoriquement inscrite dans la constitution de 1946)

            pas de revendication d'indépendance avant 1957 (sauf au Cameroun fin des années 1940 et en Guinée)

-Senghor hostile à la loi-cadre Defferre de 1956 :

            craint une "balkanisation de l'Afrique" (multiplication de petits Etats-nations faibles et peu viables) 

            veut une structure supranationale (confédération) à plusieurs niveaux : "solidarité horizontale" entre pays africains et "solidarité verticale" avec la France

            mais la vote tout de même (il est député) : apporte l'égalité politique et l'autonomie aux territoires africains (chacun a son propre gouvernement)

-Abandon du projet de confédération avec la France à l'été 1960 :

            égalité économique et sociale risque de coûter très cher à la France (système de santé, d'éducation...)

            pouvoir confisqué dans chaque territoire africain par un parti et/ou un chef d'où volonté de le conserver

-Une conséquence de la colonisation aujourd'hui :

            Etats territoriaux, avec peu de ressources concentrées dans peu de mains : impossibilité d'améliorer le sort de tous les habitants, donc les gouvernements cherchent à conserver le pouvoir pour éviter les coups d'Etat.

            4/ Yves LEONARD: La fin de l'Afrique portugaise

-1e puissance à coloniser l'Afrique au XVe siècle, dernière à accepter l'émancipation (1974-75)

-Pour Salazar (au pouvoir de 1932 à 1968), l'Empiore colonial est l'orgueil du Portugal : image d'une puissance mondiale

-1ers mouvements indépendantistes dans les années 1950 : PAIGC fondé en Guinée-Bissau par les frères Cabral, MPLA en Angola par Agostinho Neto.

-Dans les années 1950, évolution de la conception des colonies au Portugal: deviennent officiellement "provinces d'outre-mer", émigration canalisée vers ces territoires (300 000 Portugais en Angola, 200 000 au Mozambique)

-1ers troubles en 1961: réponse de Salazar: l'emploi de la force

-Portugal en mauvaise posture:

            économie asphyxiée par effort de guerre toujours croissant (mais sans réel succès : enlisement)

            condamnation par l'ONU en 1968

            service militaire passe de 18 mois à 4 ans au Portugal en 1968

-A partir de 1969, Caetano (successeur de Salazar) obtient le soutien des EU (président Nixon) et cherche à "africaniser" le conflit (comme le fait Nixon au Vietnam) ; puis retrait du soutien américain en 1970

-Avril 1974 : "révolution des oeillets" au Portugal : Caetano renversé par de jeunes officiers qui veulent cesser les guerres coloniales ; slogan: "démocratiser, décoloniser, développer"

-Indépendance de Guinée en août 1974, Mozambique et autres en septembre, seulement en janvier 1975 pour Angola (mais guerre civile aussitôt entre factions rivales)

-Retour de 500 000 Portugais au pays: "Retornados" (traumatisme)

5/ Daniel BERMOND: la question du "postcolonial"

Analyse intéressante, mais très difficile à résumer.

Je vous conseille de la lire : pp 88-91

 

 

7/ L'HISTOIRE - LES COLLECTIONS - N°55 : L'Algérie et les Algériens

Compte-rendu réalisé par F. Le Hech

 

1/ Marc MICHEL: Une guerre interminable

-Débarquement du corps expéditionnaire français envoyé par Charles X le 14 juin 1830 à Sidi-Ferruch (près d'Alger): 37 000 hommes dirigés par le Maréchal de Bourmont

-Espoir de conquête rapide, mais résistance organisée par l'émir Abd-el-Kader

-1841 : prise du commandement par le Maréchal Bugeaud : meneur d'hommes, annonce une guerre nouvelle (razzias, atrocités, soutien d'Arabes influents)

-1843 : prise de la smala (= camp) d'Abd-el-Kader par le Duc d'Aumale ; définitivement vaincu en 1847, puis exilé en Syrie

-1846 : Bugeaud rappelé en France (brutalité, cruauté) et remplacé par d'Aumale ; 100 000 soldats sur place (dont 10 000 indigènes: spahis, zouaves)

-2 régions encore insoumises: Sahara, Kabylie ; fin en 1857 avec victoire du Général Randon

-Bilan :

            terme utilisé: "pacification" ; en réalité, conquête

pertes: 100 000 morts français ; nombre d'Arabes inconnu mais beaucoup

 

2/ Sylvie THENAULT: Français mais pas citoyens

-Statut des indigènes défini en 1830 : pas soumis au code civil, respect des coutumes : "statut personnel"

-1865 : indigènes déclarés sujets français, mais sans droits civiques ; possibilité d'acquérir ces droits, mais en renonçant au statut personnel : refus des Algériens (à cause de l'Islam)

seulement 6 000 naturalisations sur toute la période coloniale

-1870 : décret Crémieux : tous les juifs d'Algérie sont naturalisés

-1889 : naturalisation de tous les enfants d'Européens nés en Algérie (nombreux Espagnols, Italiens et Maltais)

-Une juridiction d'exception : le code de l'indigénat :

            amendes collectives

            internement sans jugement

            "pouvoirs disciplinaires" : prison ou amendes pour infractions spéciales (sans jugement ni défense)

Système institutionnalisé par la IIIe République en 1881 ; seulement démantelé progressivement dans les années 1920-30 ; définitivement aboli par l'Ordonnance de mars 1944 (GPRF)

-Création d'un double collège pour les élections

 

3/ Bernard DROZ: Main basse sur les terres

-Cas unique : conquête et colonisation en même temps

-Colons (= propriétaires/exploitants de terres) :

            par redistribution après appropriation étatique des terres

            par transactions foncières avantageuses

-Différentes étapes :

            Années 1830 : colonisation anarchique (rôle de l'armée)

            Années 1840 : concession de lots gratuits (4 à 12 ha) par l'Etat (terres confisquées aux religieux, au bey d'Alger, aux tribus révoltées) : "spoliation légale"

            2nd Empire : colonisation importante (500 000 ha en 1870) par politique du "cantonnement" (fixation et restriction du territoire des tribus ; terres les plus fertiles données aux Européens) ; puis, retournement de Napoléon III à partir de 1860 : politique du "royaume arabe" : veut freiner la colonisation, mais peu d'impact réel

            IIIe République : 450 000 ha de plus ; volonté de créer une démocratie de propriétaires : "2e France"  ; colonisation libre facilitée par la loi Warnier (1873) qui permet d'acheter des terres à bas prix aux indigènes

-Sur 1 siècle, 40% de la terre indigène appropriée par l'Etat et/ou les colons

-Paupérisation des indigènes, aggravée par une fiscalité lourde ; périodes de famines et d'épidémies (ex: 1887, 1920) ; pression démographique forte : fort exode rural

-Réussite de l'agriculture européenne : plusieurs centaines de villages français créées  ; vignoble, tabac, primeurs, agrumes

-Vers 1900, 1/3 des Européens sont paysans ; en 1954, seulement 15% : tendance à la concentration des terres par une oligarchie foncière ; beaucoup de petits paysans ont migré vers les villes

 

4/ Michel WINOCK : 130 ans d'aveuglement

-Violence militaire de la conquête + confiscation des terres : fondation des rapports entre Français et Algériens sur la seule domination

-En 1960, De Gaulle confie à Alain Peyrefitte (ministre de l'information" : "nous payons 130 ans d'aveuglement"

-Création de 3 départements en 1857 ; passent sous autorité des préfets et d'un gouverneur général sous la IIIe République

-1936: projet Blum-Violette pour accorder les droits civiques à certains Algériens (25 000 la première année) : échec dû à une double opposition : lobby colonial hostile à toute évolution, nationalistes algériens qui dénoncent un "instrument de colonialisme" ; vote négatif au Sénat

-IVe République : mêmes droits aux musulmans qu'aux Français, donc citoyenneté ; 1947 : élection d'une Assemblée algérienne

Mais 2 problèmes :     double collège électoral (1 pour les Français et 1 pour les musulmans) avec surreprésentation des Français (1 pour 8)

                                   élections de 1948 truquées : pression contre les nationalistes algériens et sur les électeurs, urnes truquées...

-Fiction d'une "Algérie française" face à la réalité: une Algérie coloniale avec infériorité (économique, sociale, culturelle) des musulmans ; au même moment, mouvement général de décolonisation

 

            5/ Charles-Robert AGERON: Naissance d'une nation

-Mythe de la "nation algérienne" existant avant 1830 véhiculé par l'Etat algérien pour des raisons pédagogiques, mais démenti par les historiens

-Un siècle de domination coloniale finit par créer cette nation algérienne

-1er mouvement né vers 1900: "Jeunes Algériens" : veulent l'égalité entre musulmans et Français ; ils veulent une intégration à la France, tout en conservant l’Islam.

Parmi eux : pharmacien Ferhat Abbas et l'émir Khaled (petit-fils d'Abd-el-Kader

Fin du rêve d'égalité avec l'échec du projet Blum-Violette

-Parti Communiste : faible numériquement (500 militants en 1939), mais influence fortement l’idéologie nationaliste et l’organisation des partis nationalistes

-1931 : fondation par le cheikh Ibn Badis de l'AOMA (association des oulémas musulmans algériens) ; rejet net de l'assimilation par la "déclaration nette" de 1936, donc forcément pour l'indépendance

slogan d'Ibn Badis : L’Islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie » : idéologie morale et sociale véhiculée dans les mosquées et les écoles

-Courant révolutionnaire né dans les années 1920 chez des ouvriers immigrés en France

création de l'Etoile Nord-Africaine en 1926, dans le sillage du PCF, mais vite émancipé ; chef: Messali Hadj ; se définit comme "islamo-nationaliste" ; choix d'un drapeau (qui sera repris par l'Etat algérien)

ENA dissoute par le Front Populaire (car n’a pas soutenu le projet Blum-Violette) ; M. Hadj crée alors le PPA (parti du peuple algérien), mais emprisonné en 1937 (d'où prestige accru) ; PPA interdit en 1939 devient clandestin et oriente son action vers la jeunesse

après la 2GM, Hadj joue sur 2 tableaux: parti clandestin (PPA) favorable à l'action violente et vitrine légale : le MTLD

-Février 1943 : Manifeste du Peuple Algérien (MPA) rédigé par F. Abbas qui a changé d’avis : réclame un Etat

algérien ; en 1946, crée un parti indépendantiste modéré et opposé à la violence : UDMA

-Juillet 1954 : création du FLN par des dissidents jeunes du MTLD : veulent l'action et l'insurrection immédiate

 

            6/ Raphaëlle BRANCHE : Questions sur une guerre d'indépendance

1/ Début de la guerre

traditionnellement, le 1er novembre 1954 avec les attentats du FLN

Evolution de l'historiographie avec plusieurs dates possibles :

            -10 février 1943 : Manifeste du Peuple algérien

            -8 mai 1945 : répression de l'émeute de Sétif

            20 août 1955 : 71 civils européens massacrés d'où représailles contre civils algériens : radicalisation assumée des 2 côtés

Une "vraie" guerre ? Oui, dans les Aurès en novembre 1954(militaires contre militaires) ; surtout une guérilla

Sétif (8 mai 1945) : manifestation ou tentative d'insurrection ? Débat non tranché

2/ Soutien massif de la population au FLN

-"Toussaint rouge" décidée quelques jours avant par "6 chefs historiques" du FLN, en rupture avec le MTLD

-Fin 1954, 1ers attentats contre des Algériens accusés de « collaboration »

-1955 : FLN négocie des ralliements : F. Abbas, PCA, oulémas

-Janvier 1955 : 1ères tortures françaises contre des militants du MTLD (FLN erncore inconnu) : plusieurs conseillers municipaux d'Alger ; scandale dénoncé par Claude Bourdet dans France Observateur : "notre gestapo française"

-Eté 1955 : soutien indéniable :

basulement le 20 août : 71 civils européens tués

réponses sanglantes (10 000 morts algériens en 10 jours selon Claire Mauss-Copeaux)

            état d’urgence étendu à toute l’Algérie

            exécutions sommaires quasiment légalisées en juillet par une instruction interministérielle (Défense + Intérieur) : "un suspect qui tente de s'enfuir peut être abattu, sans sommation"(porte ouverte à toutes les exactions)

3/ Radicalisation de 1956

-Janvier 1956 : victoire électorale de la Gauche (G. Mollet) en France sur un programme de paix

-6 février 1956 : "journée des tomates" : Mollet mal accueilli par les colons à Alger, d'où son revirement

-16 mars 1956 : "pouvoirs spéciaux" accordées à l'exécutif pour 6 mois reconductibles : décrets gouvernementaux sur l'Algérie, sans contrôle du parlement ; gouverneur d'Algérie remplacé par un ministre résidant (R. Lacoste) : pouvoir quasi dictatorial

-recours massif au contingent

-militarisation du conflit

-20 août 1956 : Congrès de la Soummam

            un des textes fondateurs de l'Algérie : programme politique

 « 2e naissance du FLN »

            2 principes : primauté du politique sur le militaire, de l’intérieur (FLN en Algérie) sur l’extérieur (chefs exilés) d'où tensions

territoire divisé en Wilayas

-Pari médiatique du FLN : terrorisme aveugle (pour se faire connaître sur le plan international) ; ex: attentat du Milk Bar à Alger en septembre ; Mais sert aussi de justification à la violence française

4/ Bataille d'Alger (janvier 1957)

-G. Meynier parle plutôt de "grande répression d'Alger" : rétablissement de l'ordre après vague d'attentats du FLN ; pouvoir de police confié aux parachutistes du général Massu ; pratique massive de la torture (but: terroriser l'ensemble de la population)

5/ Changements avec l'arrivée de De Gaulle

-Internationalisation du conflit :

            dès automne 1956, détournement par la France d'un avion du Maroc transportant des chefs FLN (dont Ben Bella) : acte illégal

            dès février 1958, bombardement  français du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef, car présence de troupes FLN ; acte de guerre contre un Etat de l'ONU

-3 juin 1958 : vote de l'assemblée pour pleins pouvoirs à DG pendant 6 mois et "pouvoirs spéciaux" en Algérie

-Continuité militaire sur le terrain :

            construction de "ligne Morice" aux frontières de Tunisie et Maroc: couper les maquis FLN de l'aide extérieure

            plan Challe (a remplacé Salan) en 1959-60 : recrutement massif de harkis pour "algérianiser" le conflit ; 3 millions d’Algériens déplacés dans des "camps de regroupement" avec conditions déplorables ; reprise militaire méthodique d'est en ouest

-Mais rupture politique : en octobre 1958, DG propose au FLN la "paix des braves" (reconnaissance de l'adversaire) ; création d'un GPRA (imite le GPRF de 1944 ; but est de se faire reconnaître internationalement)

6/ Le choix de la négociation

-DG annonce l'autodétermination en septembre 1959 : rupture ; se sent en position de force pour négocier

-Fin janvier 1960, "semaine des barricades" à Alger : protestation des pieds-noirs contre l'autodétermination ; DG décide de se passer de leur soutien ; pouvoir repris par les civils aux militaires

-DG tente une négociation secrète avec certains FLN, mais échec

-Nouvelle violence: création de l'OAS en février 1961 (Français d'Algérie et certains militaires) ; attentats contre les opposants à Algérie Française

-Guerre en métropole :

            attentats de l'OAS

            lutte à mort entre MNA (M. Hadj) et FLN : 4 000 morts

            attaques de policiers par le FLN

            17 octobre 1961 : sorte de vengeance des policiers contre manifestants pacifiques à Paris

            8 février 1962 : manifestation du PCF contre l'OAS ; répression policière : 9 morts au métro Charonne

-En 1962: forme de guerre civile franco-française :

            attentats de l'OAS et répression militaire

            26 mars 1962 : affrontement de la rue d'ISLY à Alger après manifestation pro-Algérie française

            trêve OAS/FLN à Alger en juin 1962, mais pas à Oran (massacres de juillet)

 

7/ Quelques points précis

-Accords d’Evian du 18 mars 1962 :

            signés par 18 mois de conversations officieuses et de négociations secrètes entre GPRA et représentants français de De Gaulle

            De Gaulle voulait aller vite, mais impossible à cause des désaccords

            Finalement, presque toutes les conditions des Algériens sont acceptées

Cas du Sahara : riche en pétrole et gaz, lieu d’essais nucléaires français ; France ne veut pas l’abandonner ; Décision : maintien des bases militaires françaises pendant 5 ans + coopération pour extraction pétrolière (annulée par les nationalisations algériennes en 1971)

Devenir des Européens : peuvent rester avec statut transitoire, puis doivent choisir la nationalité algérienne ou le statut d’étrangers (France voulait qu’ils aient la double nationalité)

-Combien de morts ?

Estimation la plus vraisemblable aujourd’hui : 30 000 Français et 300 000 Algériens (Guy Pervillé)

Loin du « million et demi de martyrs » (thèse officielle du FLN puis de l’Etat algérien)

-Harkis :

60 à 80 000 « Français musulmans » arrivent en France entre 1962 et 1965 ; beaucoup sont des harkis (anciens supplétifs de l’armée)

en Algérie, le mot « harki » devient synonyme de « traître » ; représailles contre eux : entre 10 000 et 150 000 morts selon les sources

-Devenir des pieds-noirs :

            850 000 Européens + 150 000 Juifs présents en Algérie en 1954

            Fin 1961, déjà 150 000 rapatriés en métropole ; 4 premiers mois de 1962 : 450 000 départs (panique due à la perspective de l’indépendance + politique de la terre brûlée de l’OAS)

            Reste : 400 000 pieds-noirs le jour de l’indépendance (3 juillet 1962) et 200 000 à la fin de l’année

            Ensuite, partent pour plusieurs raisons : « récupération des terres spoliées par la colonisation » en 1963 (expropriations sans indemnisation) ; puis, nationalisation de grosses et moyennes entreprises ; code de la nationalité + Islam religion d’Etat en 1963 (nombreux déçus partent)

            1970 : reste 50 000 pieds-noirs ; 1990 : quelques milliers (puis, nouveaux départs avec la « décennie noire » : attentats et terreur engendrés par les islamistes des GIA)

-Naissance de l’Etat algérien à l’été 1962 :

            grande confusion car hostilité entre GPRA et FLN, désaccords entre chefs historiques, etc : proche de la guerre civile

            finalement, pouvoir récupéré par Ahmed Ben Bella (un des chefs historiques, emprisonné 5 ans en France) : devient président

1965 : Coup d’Etat du colonel Houari Boumediene (ministre de la Défense) : Ben Bella emprisonné pendant 15 ans ; Boumediene s’appuie sur l’armée pour gouverner

 

8/ Benjamin STORA: Pétrole, socialisme et dictature

-Dictature de Boumédiene (mort en 1978) :

            Sécurité militaire (= police politique)

            2 chefs historiques du FLN assassinés : M. Khider (1967), K. Belkacem (1970)

            Parti unique ; idéologie socialiste

-Mesures de 1971 :

            nationalisation des hydrocarbures (économie de rente)

            plan des "industries industrialisantes" (échec)

            création de 70 entreprises nationales

            scolarisation massive dans le primaire (1962 : 1 M d'enfants ; 1978 : 4 M)

            arabisation (notamment linguistique)

            révolution agraire (mais inéquitable)

-Démographie galopante: 7 enfants/femme en 1977

-Nouveau président: Colonel Chadli Berndjedid :

            creusement du fossé entre privilégiés (armée, nomenklatura, grandes familles) et exclus

            1985-86 : baisse brutale du prix du pétrole, d'où crise sociale accentuée (exode rural, crise du logement...)

            débat impossible (parti unique) d'où apparition souterraine des 1ers réseaux islamistes

            octobre 1988 : émeutes à Alger, puis généralisées : répression militaire (500 morts)

-Evolution de Chadli :

            fin du parti unique ; nouveaux partis : RCD (pour démocratie), FIS (islamiste)

            presse libérée : fin du monopole du journal El Moudjahid (nouveaux journaux: El Watan, Le Matin...)

            1990: élections municipales: FLN laminé, forte hausse du FIS

            gouvernement multiplie les promesses d'embauche pour les "hittistes" (jeunes chômeurs diplômés qui "tiennent les murs") ; mais imprégnation islamiste très forte (jeunes en quête d'identité et de mémoire)

-Elections législatives fin 1991 :

            1e tour : 188 élus FIS, 25 FFS (socialistes), 18 FLN

            armée annule le 2e tour et vire Chadli en janvier 1992 ; appel à Mohamed Boudiaf (FLN exilé depuis 28 ans, mais assassiné en juin)           

            interdiction du FIS

-Guerre civile ouverte :"décennie noire"

            actions islamistes: assassinat d'intellectuels (journalistes, enseignants, magistrats), attentats

            répression militaire

            division des islamistes en 1994: maquis AIS (=FIS) contre GIA (+ violents)

            société en décomposition

            1995: élection du président: Général Liamine Zéroual au 1er tour

            1996: massacres de civils : islamistes contre "patriotes" ; affaire de Tibérine (enlèvement et décapitation de 7 moines français, pas vraiment élucidé)

            1997 : élections législatives: parti de Zéroual majoritaire, trêve de l'AIS ; massacrs de villages entiers par les GIA

-1999 : élection du président: Abdelaziz Bouteflika : 74% (mais protestations pour fraude)

            juillet : loi sur la "concorde civile" : amnistie pour les opposants non coupables de crimes, peines atténuées pour les coupables de crimes qui se rendent (pas peine de mort, ni perpétuité) ; loi acceptée par référendum : 90% oui

-2001 : "crise kabyle" : manifestation monstre à Alger (1 M personnes) violemment réprimée ; réclamait la démocratie, la pluralité linguistique, le refus du lien politique/armée

-Depuis, pays épuisé, d'où son effacement dans les "révolutions arabes" de 2011.

 

8/ La France coloniale

Résumé réalisé par F. Le Hech, à partir de Histoire de France (tomes 12 et 13)

 

I/ L'étrange apogée de l'empire dans les années 1920-1930

            1/ Les effets de la Première Guerre mondiale

                        a/ Territoires et populations marquées par la guerre

-Effort économique important mais réévalué à la baisse par les historiens : souscriptions à des emprunts par les colonisés (2,7% du total), réquisitions de marchandises

-Hommes : 600 000 combattants enrôlés + au moins 200 000 "ouvriers coloniaux" en métropole ; 70 000 soldats tués (dans la moyenne des pertes françaises)

-Guerre en Afrique : exple: Cameroun allemand conquis en 2 ans

-Reconnaissance seulement symbolique: popularité de la "force noire" du général Mangin, participation aux défilés et à l'occupation de l'Allemagne

-Imagerie reste raciste et condescendante (ex: pub de Banania avec tirailleurs sénégalais représenté comme un "grand enfant")

-Révoltes pendant la guerre très limitées (selon Marc Michel) : surtout refus de recrutement, pas de revendications politiques

-Après la guerre: argument de "l'impôt du sang" utilisé (ex: lettre de l'émir Khaled (Algérie) à Wilson pour réclamer l'application de l'autodétermination en 1919, Blaise Diagne à Dakar en 1919)

                        b/ Apogée territorial

-Fra et GB appliquent le "droit du vainqueur": partage des colonies allemandes et ottomanes (ex: accords Sykes-Picot de 1916 sur le Moyen Orient, partage du Togo)

-compromis avec Wilson: système de mandats remis par la SDN

            2/ Rénovation et limites de la politique coloniale dans les années 1920

Rôle d'Albert Sarraut (Rad-Soc, souvent ministre des colonies) et du lobby colonial organisé en Ligue coloniale et maritime

                        a/ Nouveau discours, nouvelles pratiques

-Plan Sarraut de 1921 : mise en valeur économique conçue comme prolongement de la "mission civilisatrice" ; programme d'investissements dans les infrastructures (ports, voies ferrées, routes) ; enterré à cause du coût, mais reste une référence intellectuelle

-Hausse des investissements : réalisation de chantiers (ex: chemin de fer en Indochine, électrification des villes d'Algérie) ; enjeu routier pas totalement réalisé (ex: rôle de la Croisière noire d'André Citroën en 1924-25 en Afrique : grande popularité, mais route transsaharienne non réalisée)

                        b/ Retour à l'ordre et "prise de valeur"

-Mouvements sociaux des indigènes suite à la crise en 1919-20 (ex: 30 000 morts de famine en Algérie) : répression, retour à domination d'avant-guerre

-Absence de coordination politique: colonies dépendent de 3 ministères différents: Intérieur pour Algérie, Affaires étrangères pour les protectorats, Colonies pour les autres ; d'où grande autonomie des pouvoirs sur place (armée, colons)

-Economie: opposition (montrée par Jacques Marseille) entre libre-échangistes (industrialisation des colonies) et "autarchistes" (tarifs douaniers et exploitation) qui l'emportent ; hausse des investissements mais sans développement (stratégie de placement à court terme en période de crise)

-Restrictions à l'immigration en métropole à partir de 1924 sous la pression des colons (perte de main d'oeuvre, meilleurs salaires en Fra)

                        c/ Une autre normalisation: La guerre du Rif (1921-1926)

-Incapacité de l'Espagne à contrôler le Rif (montagne du Nord du Maroc) depuis le traité d'Algésiras ; 1919-21 : humiliation des Espagnols par les troupes d'Abd el-Krim qui proclame l'indépendance

-1925 : début des combats entre Krim et le maréchal Lyautey ; Cartel des Gauches attaqué par le PC (et certains SFIO) qui soutient Krim

-Envoi de Pétain en septembre 1925 avec pleins pouvoirs et renfort de 80 000 hommes : démission de Lyautey, alliance avec les Espagnols

-mai 1926: refus de négocier avec Krim, puis capturé

-autres révoltes matées dans le sang : Syrie, Congo

            3/ l'Exposition coloniale de 1931, symbole de l'apogée

-Précédents: plusieurs expos dans les années 1920 (ex: Strasbourg en 1924), "Centenaire de l'Algérie" célébré en 1930 surtout à Alger (occultation des périodes précédentes et des faits sombres de la colonisation)

-mai-novembre 1931 : Expo coloniale à Vincennes : 120 000 exposants, 8 millions de visiteurs (33 millions de tickets vendus) ; organisation confiée à Lyautey ; peu de critiques (sauf PC et CGTU: contre-expo de protestation, reste marginale)

 

II/ La question coloniale après 1945

            1/ Rôle de l'empire dans la libération

Ralliement dès 1940 du Tchad et de l'AEF à la "France libre"

Espoirs déçus: conférence de Brazzaville en février 1944 (réaffirmation de l'empire)

consensus en France pour le maintien de l'empire, malgré Charte de l'Atlantique et ONU

tensions et répression: Algérie (1945), Madagascar (1947), guerre en Indochine

            2/ Des réformes limitées

-abolition des aspects les + durs de la domination : suppression de l'indigénat en Algérie (1945), du travail forcé en Afrique noire (1946)

-réformes administratives et politique: ministère "des colonies" devient "de la France d'Outre-mer" ; "Union Française" proclamée dans la Constitution de la IVe République (association de peuples, promesse de décolonisation progressive)

-départementalisation des "4 vieilles" en 1946: Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane ; demande des députés A. Césaire et G. Monnerville avec maintien des spécificités culturelles ; forte déception ensuite (ex: allocations familiales appliquées seulement en 1975) : Césaire devient indépendantiste

            3/ La guerre d'Indochine

double aspect: guerre coloniale (indépendance proclamée dès 1945, force du sentiment national vietnamien) et guerre froide (Hô Chi Minh communiste, rôle de la Chine communiste à partir de 1949)

+ 200 000 combattants français : volontaires de métropole (souvent d'anciens résistants) et soldats recrutés dans les autres colonies

resurgissement mémoriel à partir de 1991: "affaire Georges Boudarel" : enseignant français, PCF, passe du côté du Vietminh, accusé d'avoir torturé des soldats français prisonniers (non condamné car loi d'amnistie)

            4/ Insurrection de Madagascar

3députés indépendantistes élus en 1946 (MDRM) : gouvernement français refuse de négocier

mars 1947: début de l'insurrection, vite généralisée

répression confiée au général Garbay : ratissage du territoire et massacres (entre 10 000 et 80 000 morts malgaches)

            5/ Situation en Algérie

distinction entre nationalité et citoyenneté

1945 : création de 2 collèges électoraux séparés avec même nombre d'élus (inégalité car musulmans 8 fois + nombreux)

1947: statut maintient une discrimination politique et judiciaire pour les FMA "Français musulmans d'Algérie"

1958 : droit de vote devient effectif pour les femmes algériennes (pourtant prévu dès 1944)

 

III/ Les années algériennes

            1/ Réformes/répression: l'équation insoluble

                        a/ Population de l'Algérie en 1954

-1 million de Français d'origine européenne : 80% nés sur place, descendants de migrants (Fra, Esp, Ita, Malte) ; 70% sont des salariés modestes (dont beaucoup de fonctionnaires) ; 10% d'agriculteurs ; terme "pieds-noirs" inventé dans les années 1950 et repris comme symbole d'identité

-9 millions d'Algériens musulmans : désignés comme FMA ou "Nord-Africains"

                        b/ L'impensable "fait national algérien"

-déni en France : universalisme républicain, refus de définition ethnique ou religieuse de la nation, volonté d'assimilation

-stéréotypes racistes et négatifs véhiculés en France sur les Algériens: "melons", "bicots", "bougnouls"... (alimentés par les violences du FLN assimilés à de la barbarie)

-débat sur les l'origine et les formes de violences :

            violence constitutive de l'ordre colonial (exactions: viols, déportations, massacres...) explique la violence du FLN (Omar Carlier) et l'engrenage des violences (du FLN, de l'armée, des ultras de l'OAS)

            explications culturalistes de la violence du FLN: "symbolisme des mutilations" (Claude Liauzu), "violence anthropologique" (Gilbert Meynier) ; valable aussi pour les soldats français (rappel de la brutalisation par les guerres récentes)

                        c/ L'Algérie "hors-la-loi"

-refus de l'état de guerre : statut de combattant dénié au FLN, poursuite pour "association de malfaiteurs"

-loi de 1955 définit "l'état d'urgence" : exception dans le droit, à mi-chemin entre paix et guerre ; pouvoir accru des préfets (couvre-feu, perquisitions de nuit, contrôle de la presse...)

-février 1956, Guy Mollet nouveau président du conseil mal accueilli à Alger: "journée des tomates" ; vote des "pouvoirs spéciaux" en mars (pouvoir accru de l'armée)

-en même temps, politique de réformes : collège électoral unique proportionnel, meilleur accès des Algériens à la fonction publique...

-réformes et répression se comprennent ensemble: volonté de garder l'Algérie (Sylvie Thénault)

                        d/ La montée en puissance de l'armée

-nouvelles techniques de guerre : "guerre subversive" (action psychologique, mobilisation des civils, propagande) théorisée par colonel Lacheroy (proche de l'Action Française et des intégristes catholiques) ; regroupement des populations rurales dans des camps (400 000 personnes en 1958) ; quadrillage du territoire

-mais des pratiques en contradiction: exécutions sommaires, expositions de cadavres, torture

-contingent composé de 3 catégories: appelés, rappelés (nombreuses manifestations dans les gares contre leur départ en 1956), réservistes ; environ 1,2 million entre 1954 et 1962

-radicalisation progressive des cadres militaires face au pouvoir politique

            2/ La République au risque de la guerre

                        a/ Une nouvelle périodisation

coupure traditionnelle : 1958 avec changement de régime politique en France

proposition de S. Thénault : 1957-1959 : "coeur de l'affrontement" et bissectrice de la guerre : centrage sur la guerre elle-même (bataille d'Alger, torture)

                        b/ La dénonciation de la torture

torture : noeud entre renseignement et terreur (Raphaëlle Branche) ; pratique connue du gouvernement; dénonciation publique par la presse en 1957 (Le Monde, France Observateur, L'Express) ; affaires Audin et Alleg (membres du PCA) dénoncées par des intellectuels

opposition à la guerre se répand : anciens résistants chrétiens (Henri-Irénée Marrou dès 1956), SFIO dissidents (Alain Savary), jeunes du PCF favorables à l'indépendance ; soutien actif au FLN très minoritaire ("porteurs de valise" du réseau Jeanson)

                        c/ La guerre d'Algérie de la Ve République

-pas de position préétablie de De Gaulle : politique d'ajustements en fonction des circonstances, de l'évolution des rapports de force ; vision ethnicisée (ne croît pas à l'intégration des Algériens) ; but essentiel: préserver les intérêts de la France et lui redonner un rôle international

-1958, priorité au développement économique et social avec "Plan de Constantine" : scolarisation, distribution de terres, logements... Echec rapide (investissement étatique insuffisant, refus des investisseurs privés de participer)

-1959, renforcement de la pression militaire française: liens coupés pour l'ALN avec l'extérieur, multiplication des camps de regroupement, augmentation des supplétifs (harkis, moghazni). Mais pas de ralliement de la population algérienne

-débat sur la date du tournant politique

            Pour Benajmin Stora : "rupture temporelle primordiale de la guerre" = septembre 1959 ; DG propose l'autodétermination par référendum: "sécession" (= indépendance), "francisation" (assimilation), fédération Algérie-France ; coïncidence entre décolonisation et entrée dans la modernité (critiqué par d'autres historiens)

            Pour Julian Jackson : "vrai tournant" en juin 1960 ; DG propose de négocier avec le FLN sans cessez-le-feu et parle d'"Algérie algérienne"

                        d/ L'Algérie française en dissidence

 -septembre 1959 : annonce de l'autodétermination par DG + janvier 1960 : rappel de Massu en métropole d'où, "semaine des barricades" fin janvier 1960 (organisée par des pieds-noirs hostiles à DG: Pierre Lagaillarde, Robert Martel...) ; répression et chefs militaires complices écartés

-début des négociations entre gouvernement et GPRA (= FLN) en 1960, mais échec à plusieurs reprises (question du Sahara, du cessez-le-feu...)

-début 1961 : naissance de l'OAS avec ultras de l'Algérie Française (général Salan, P. Lagaillarde, JJ Susini) réunis à Madrid: action violente (attentats, exécutions...)

-21 avril 1961: putsch des généraux à Alger avec soutien de l'OAS  contre la politique de DG ; échec car les soldats de base refusent d'obéir aux putschistes

            3/ La France métropolitaine en guerre ?

                        a/ Le contrôle des "Nord-Africains"

-350 000 travailleurs algériens en Fra: enjeu pour le FLN (collecte de fonds, organisation, porter la guerre en Fra) et pour l'Etat (contrôle social et policier)

-"système Papon" (nommé préfet de police de Paris en 1958) : réprimer le FLN en métropole par tous les moyens (y compris illégaux) : internements administratifs, torture dans les commissariats ; fin 1960, procès des "porteurs de valises" (soutiens Fra au FLN)

                        b/ Des massacres d'Etat

-manifestation du 17 octobre 1961 : couvre-feu pour les Algériens imposé par Papon début octobre ; manif pour protester ; répression sanglante de la police: tirs, noyés dans la Seine, 11 000 arrestations ; ratonnades les jours suivants ; inscription dans un cycle de la violence

-manifestation du métro Charonne du 8 février 1962 : organisée par la gauche (PCF et PSU) contre les attentats de l'OAS, mais interdite ; charge de la police dans l'escalier du métro: 8 morts ; mensonge d'Etat sur les circonstances

                        c/ Fin de la guerre, fin d'Empire

-reprise des négociations à Evian en mai 1961 : accords signés le 18 mars 1962 ; atmosphère de terrorisme en Algérie (FLN, OAS), cessez-le-feu le 19 ; 2 référendums prévus pour l'indépendance (Fra: avril, Algérie: juillet)

-massacre de la rue d'Isly à Alger (26 mars 1962): police tire sur les manifestants OAS: 46 morts ; arrestation des chefs (Salan); politique de la "terre brûlée" des derniers OAS

-départ massif des pieds-noirs : 700 000 entre avril et juillet : autorités Fra débordées ; rapatriement de harkis limité par le gouvernement (les autres sont massacrés par le FLN)

-succès du référendum en Fra: 90% de oui (démission du 1er ministre, Michel Debré, favorable à Algérie française)

-nombre de morts: environ 250 à 300 000 Algériens ; environ 25 000 Français

-référendum en Algérie: 99,7% de oui ; proclamation de l'indépendance le 3 juillet 1962

-débats mémoriels depuis, ravivés régulièrement ; "mémoires à vif".

 

 

9/ Histoire de la Conférence de Bandung (Indonésie, avril 1955)

tiré du site : www.linternaute.com

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays colonisés sont de plus en plus nombreux à revendiquer leur indépendance. Aussi, dans les années 1950, plusieurs dizaines d’entre eux, notamment en Asie et en Afrique, ont obtenu gain de cause. Dans un tel contexte, où s’ajoutent les tensions de la guerre froide, les nations émergentes se penchent sur leur développement économique et la consolidation de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Aussi, sous l’impulsion des leaders de l’Inde, de l’Indonésie, de la Birmanie, de Ceylan (actuel Sri Lanka) et du Pakistan, une conférence afro-asiatique est organisée à Bandung le 18 avril 1955. Si les vingt-neuf pays réunis ne déterminent pas une ligne directrice commune, ce rassemblement a une portée hautement symbolique. Il marque l’arrivée des nations du tiers-monde sur la scène internationale et amorce la naissance du mouvement de non-alignement. 

Décolonisation et guerre froide

Pour les pays émergents du tiers-monde, la nécessité de faire bloc est le résultat d’un contexte spécifique. D’une part, chacun d’eux a retrouvé son indépendance depuis peu et doit faire face à des problèmes de développement politique, économique et culturel. D’autre part, les tensions de la guerre froide inquiètent les dirigeants, qui désirent conserver leur neutralité. 
Dans ce climat, les leaders de l’Inde, du Pakistan, de la Birmanie, de l’Indonésie et de Ceylan 
se réunissent à Colombo, capitale de Ceylan (actuel Sri Lanka), dans le but d’accélérer la fin de la guerre d’Indochine. Tous se concentrent également sur la lutte contre le colonialisme, sur le nucléaire et l’attitude à adopter au cœur de la guerre froide. L’idée d’une grande conférence rassemblant les pays décolonisés d’Afrique et d’Asie émerge alors dans les esprits. 

Les invités de Bandung

En décembre 1954, les cinq pays présents à Colombo se réunissent à nouveau, à Bogor sur l’île de Java. Ensemble, ils s’efforcent d’organiser la conférence qui se tiendra à Bandung et s’accordent sur les pays à inviter. Chacun d’eux doit être indépendant ou en voie de le devenir, afin que les discussions convergent vers les mêmes directions : lutte contre le colonialisme, le racisme et le sous-développement ; organisation d’une zone de coopération capable d’échapper aux influences des deux puissances de la guerre froide. 
Le 18 avril 1955, vingt-trois pays d’Asie et six d’Afrique, dont les cinq initiateurs, se retrouvent ainsi à Bandung. Parmi eux figurent notamment la Chine populaire de Zhou Enlai, particulièrement influente, et l’Égypte de Nasser. 

Une semaine de discussions

Pendant une semaine, les dirigeants indien (Nehru), indonésien (Sukarno) et égyptien (Nasser) dominent la conférence et orientent les discussions. Toutes convergent vers la mise en place d’une coopération politique, économique et culturelle. Toutefois, des divergences entre les nations naissent rapidement. Aussi, trois grandes tendances se dessinent : les pays communistes (Chine, Vietnam du Nord), les pro-occidentaux(Pakistan, Turquie) et les non-engagés (Inde, Égypte). 
Dans ces conditions, il est difficile d’aboutir à une fédération autour d’une direction commune. Malgré tout, les États s’accordent sur différents points, basés sur la coexistence pacifique et le respect de la Charte des Nations unies : tous réclament notamment le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des nations, l’égalité entre tous les peuples et tous les pays, la destruction des armes nucléaires, la non-ingérence dans les affaires intérieures d’une nation et le règlement des conflits par des méthodes pacifiques (négociations, arbitrage, tribunaux…). 

Si aucune organisation permanente et solide n’est fondée entre les pays au terme de la conférence, la portée symbolique d’un tel événement est considérable. Il marque le début de l’existence politique des nations du tiers-monde. Par ailleurs, un état d’esprit est né au lendemain des discussions et donnera naissance au mouvement des non-alignés (conférence de Brioni en Yougoslavie, à l'invitation de Tito, 1956).

 

 

 

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