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Histoire des totalitarismes et réflexion

 

LES TOTALITARISMES

 

Plan du contenu de cette fiche

1/ Réflexion: Totalitarisme : du mot au concept

2/ Documentation photographique n° 8085 : Johann CHAPOUTOT : Le Nazisme, une idéologie en actes (2012)

3/ Documentation photographique n° 7037 : Jacqueline et Didier MUSIEDLAK : FASCISME, NAZISME (1996)

4/ Documentation photographique n° 8003 : Jean-Louis VAN REGEMORTER : LE STALINISME (1998)

5/ Cours : LA FIN DU TOTALITARISME EN URSS

 

 

 

1/ Totalitarisme : du mot au concept réflexion réalisée par F. Le Hech

1/ Apparition du mot

-Giovanni Amendola (italien, philosophe, politique, libéral, opposant notoire à Mussolini, mort de blessures des squadristes en 1926) invente le mot totalitarisme en 1923 pour dénoncer l’emprise du fascisme

-Repris par les fascistes eux-mêmes :

Mussolini (1925)

Giovanni Gentile: théoricien du fascisme, dans La doctrine du fascisme (1932)  : individu soumis à l’Etat

-Carl Schmitt (juriste allemand de Weimar puis du Reich, catho conservateur puis nazi en 1933) utilise l’expression « Etat total » : vision absolutiste de la puissance de l’Etat ;

-Nazis parlent plus d’Etat völkisch (mystique du peuple allemand + concept de race et de supériorité)

-Généralisation du mot totalitarisme dans les années 1930 dans les démocraties occidentales : désignation des trois dictatures (stalinisme, nazisme, fascisme) :

points qui semblent communs (répression, discours révolutionnaire anti-bourgeois, en marge des valeurs chrétiennes, volonté de mobiliser les masses…)

distinction avec les dictatures traditionalistes (Salazar au Portugal, Franco en Espagne, Pilsudski en Pologne)

impression renforcée avec pacte germano-soviétique (1939) : collusion entre régimes      

2/ Un concept forgé par philosophes et politologues :

-Hannah Arendt (philosophe EU d’origine allemande) : Les origines du totalitarisme (1951); fait toujours autorité malgré des remises en cause ; dynamique de destruction de la réalité et des structures sociales ; régime sans limite qui recherche une domination totale

-Politologues américains (Karl Friedrich, Z. Brezinski) : "modèle" structurel totalitaire avec 6 critères :

                        1/ une idéologie globalisante,

2/ un parti unique

3/ une police secrète terroriste

4/ le monopole de l'information,

5/ monopole des armes et de la force

6/ économie dirigée)

-Concept repris par Raymond Aron dans Démocratie et totalitarisme (1965)

3/ Réactions et analyses des historiens :

-Refus du concept par les historiens marxistes : longtemps majoritaires en France, marxisme (et donc stalinisme) héritier des Lumières, nazisme héritier de la contre-révolution ; mise sur le même plan de nazisme, fascisme et stalinisme  = banalisation du nazisme (insupportable pour eux) ; instrumentalisation politique pendant la guerre froide

-Grands historiens étrangers:

                        Karl Bracher (Allemand) : défend le concept ; différence entre nazisme et stalinisme est de degré, pas de nature ; même menace contre démocratie

                        Ernst Nolte (Allemand) : défend le concept ; fascisme et nazisme sont une réaction et une copie du bolchevisme ; « Auschwitz est l’héritier du Goulag » ; thèse très controversée

                        Martin Malia (EU) : défend le concept ; totalitarisme est un idéal-type jamais atteint dans la réalité, mais permet de comprendre ; rapproche nazisme et communisme ; explique la chute du communisme par atteinte aux piliers fondamentaux par Gorbatchev (régime irréformable)

                        Ian Kershaw (Anglais) : critique le concept (insiste sur les faiblesses et limites de la domination) ; préfère parler de « pouvoir charismatique »

                        Enzo Traverso (Italien) : concept incontournable (« garde-fou de la pensée » : conserver une attitude responsable face au passé odieux ; dresser une typologie des formes de pouvoir) mais insuffisant (confronté à la réalité historique)

-Evolution du débat en France dans les années 1990 (chute du communisme) :

            -François Furet (ancien communiste devenu libéral) : Le Passé d'une illusion. Essai sur l'idée communiste au XXe siècle (1995) : fascismes et stalinisme sont « frères ennemis » ; pas de confusion mais rapprochement: 2 versants d’un antilibéralisme et d’une anti-bourgeoisie, nés de la guerre (brutalisation) ; dénonce l’antifascisme comme manœuvre communiste

            -Ouvrage collectif (principaux auteurs: Stéphane Courtois, Nicolas Werth) : Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression  (1997)

                        double polémique :     -entre Werth et Courtois sur le chapitre introductif de Courtois: ajout de toutes les victimes (contextes et pays différents) avec chiffres augmentés (+100 millions morts), rapprochement avec génocide nazi, demande d’un « Nuremberg du communisme » ; fondement intrinsèquement criminel du communisme (pour Werth, Courtois ment volontairement sur les crimes)

                                                            -contre les auteurs (JJ Becker, JJ Marie, JL Van Regemorter, P Vidal-Naquet) : terme « communisme » regroupe dans le livre des régimes très différents (Stalinisme, Khmers Rouges, Cuba…) ; amalgame entre communisme et nazisme : « génocide de classe » (koulaks) face à « génocide de race » (juifs)  pour Courtois : cela vise à banaliser, voire à substituer l’horreur communiste à l’horreur nazie

4/ Evolution de l’historiographie depuis les années 2000

-Ouverture d’archives : URSS sur le stalinisme et ses suites, RDA sur le nazisme

-S. Courtois : recours comparatif systématique ; fascisme marginalisé car inachevé ; centralité du nazisme et surtout du stalinisme

-« école révisionniste » (I. Kershaw, N. Werth) : analyse sociale (par le bas) tend à relativiser le poids du totalitarisme en Allemagne et en URSS

-Nouveaux concepts : « guerre de Trente ans 1914-1945 »

                                    « guerre civile européenne 1914-1945 » (E. Traverso en 2007) : accent plus sur les dynamiques et la genèse des totalitarismes que sur leur description ; cycle de crises ouvert par la 1ère guerre ; rôle de la brutalisation comme matrice des totalitarismes (G. Mosse 1999)

-Analyse comparative actuelle différencie les régimes (Philippe Burrin, Vincent Chamberlhac…) : Burrin spécialiste du nazisme et antisémitisme, Chamberlhac de la classe ouvrière ; permet de repérer certaines similitudes, mais surtout les différences entre les régimes

            5/ Totalitarisme : une définition actuelle dans : Emilio Gentile, Les religions de la politique (2005)
« une expérience de domination politique menée par un mouvement révolutionnaire organisé en un parti militairement discipliné, répondant à une conception intégriste de la politique qui aspire au monopole du pouvoir et qui, après l'avoir conquis, par des méthodes légales ou illégales, détruit ou transforme le régime préexistant et établit un nouvel Etat. Fondé sur le régime à parti unique, ce nouvel Etat a pour principal objectif de réaliser la conquête de la société, c'est-à-dire la subordination, l'intégration ou l'homogénéisation des gouvernés, sur la base du principe de la politique intégrale de l'existence, tant individuelle que collective, interprétée selon les catégories, les mythes et les valeurs d'une idéologie institutionnalisée sous la forme d'une religion politique. Son but est de modeler l'individu et les masses par une révolution anthropologique destinée à régénérer l'être humain et de créer un homme nouveau, dédié corps et âme à la réalisation des projets révolutionnaires et impérialistes du parti totalitaire pour créer une nouvelle civilisation à caractère supranational.
A la source de l'expérience totalitaire dont il est le principal artisan et exécutant, le parti révolutionnaire n'admet pas la coexistence avec d'autres partis ou idéologies et conçoit l'Etat comme un moyen de réaliser ses projets de domination. Il possède depuis ses origines un ensemble plus ou moins élaboré de croyances, dogmes, mythes, rites et symboles qui interprètent le sens et la finalité de l'existence collective et définissent le bien et le mal exclusivement selon les principes, les valeurs et les objectifs du parti, et en fonction de leur réalisation.
Le régime totalitaire se présente comme un système politique fondé sur la symbiose entre l'Etat et le parti, ainsi que sur un ensemble de potentats gouvernés par les principaux représentants de l'élite dirigeante, choisis par le chef du parti qui domine de son autorité charismatique l'entière structure du régime. C'est un laboratoire d'expérimentation de la révolution anthropologique qui vise à la création d'un nouveau type d'être humain. En voici les principaux moyens :
a) la coercition, imposée par la violence, la répression, la terreur, considérées comme des instruments légitimes pour affirmer, défendre et diffuser l'idéologie et le système politique ;
b) la démagogie, à travers la propagande envahissante, la mobilisation des foules, la célébration liturgique du culte du parti et du chef ;
c) la pédagogie totalitaire, dictée par le pouvoir, fondée sur le modèle d'hommes et de femmes correspondant aux principes et aux valeurs de l'idéologie palingéné ;
d) la discrimination de l'étranger par des mesures coercitives, lesquelles peuvent aller de la mise au ban de la vie publique à l'anéantissement physique de tous les êtres humains qui, en raison de leurs idées, de leur condition sociale ou de leur appartenance ethnique, sont considérés comme des ennemis inéluctables, car étrangers à la communauté des élus, et comme des obstacles à la réalisation de l'expérience totalitaire.
Les aspects fondamentaux de l'expérience totalitaire sont :
a) la militarisation du parti, régi par une organisation strictement hiérarchique qui présente un style et une mentalité conformes à l'éthique de dévouement et de discipline absolue ;
b) la concentration du pouvoir en un parti unique et la personne du chef charismatique ;
c) l'organisation structurée des masses, qui engage hommes et femmes de chaque génération, afin de permettre la conquête de la société, l'endoctrinement collectif et la révolution anthropologique ;
d) la sacralisation de la politique, grâce à l'institution d'un système de croyances, de mythes, de dogmes et de lois qui touchent l'existence individuelle et collective à travers des rites et des fêtes visant à transformer définitivement la collectivité en une masse de fidèles du culte politique. »

            6/ Une polémique récente sur Hannah Arendt

Livre de 2016 du philosophe Emmanuel FAYE : Arendt et Heidegger, extermination nazie et destruction de la pensée (2016)

Article très critique contre ce livre dans Philosophie Magazine d'octobre 2016 : "Martin Heidegger s’est compromis avec le nazisme. Hannah Arendt, qui fut son étudiante et sa maîtresse, et a conservé toute sa vie une admiration pour sa pensée, a élaboré l’une des premières conceptualisations de la dynamique totalitaire du nazisme. Il y a là pour un esprit « logique » comme celui d’Emmanuel Faye une insupportable contradiction. Il se propose de la lever en nous « démontrant », à travers une relecture aussi minutieuse que délirante, que la pensée de Arendt est en réalité « fascisante » (sic), tout entière tendue par la volonté de disculper la culture et la philosophie allemandes de leur responsabilité et par un aristocratisme réactionnaire et inégalitaire (en allant chercher chez les Grecs esclavagistes un appui pour repenser la condition humaine). Indépendamment des erreurs historiques qui émaillent le propos – comme celle qui propulse Arendt en « figure qui aurait le plus contribué à assurer la diffusion planétaire de la pensée de Heidegger », alors que Levinas, Ricœur, Lacan, Derrida… ne l’ont pas attendue pour en éprouver la profondeur –, on est stupéfait qu’un esprit sain puisse relire avec autant d’exhaustivité un grand auteur sans jamais être interpellé par la force de sa pensée. Qu’Arendt s’interroge sur la « désolation »dans le totalitarisme en mobilisant un terme heideggerien ou qu’elle prenne son contre-pied en faisant de la natalité, et non de la mortalité, le cœur de la condition humaine, quoi qu’elle fasse, elle est « contaminée » par sa fréquentation de Heidegger. Bref, un livre aussi intrigant qu’inquiétant."

 

 

2/ Documentation photographique n° 8085 : Johann CHAPOUTOT: Le Nazisme, une idéologie en actes (2012)

Compte-rendu par F. Le Hech

 

Ouverture des archives:

Stasi (police politique de l'ex-RDA): dossiers exhaustifs sur les anciens cadres du IIIe Reich (pour dénazification)

Fonds allemands emportés en URSS (ex: 1991: découverte de l'agenda professionnel de Himmler à Moscou)

Nouvelles questions, nouveaux historiens:

E. Johnson + R. Gellatelly (Américains) sur la Gestapo: structure légère (assez peu nombreuse), mais très innervée dans la société allemande

G. Aly (Allemand): adhésion des Allemands "achetée" par le régime : politique fiscale et sociale, spoliations et prédation sur les juifs et l'Europe

Renouvellement de l'historiographie sur trois points: le quotidien, l'utopie, la colonisation

 

1/ D'où vient le nazisme ? [plusieurs théories concurrentes émises]

-Thèse marxiste : soumettre les peuples par un régime terroriste au service des élites capitalistes

-"Sonderweg" (= chemin particulier) de l'Allemagne depuis le XIXe siècle : elle a dévié de la démocratie. Problème de cette théorie : elle oublie le contexte européen (exode rural et désaffiliation culturelle, sécularisation : fin du message religieux traditionnel, Grande Guerre)

-"culpabilité collective" : thèse réactivée en 1995 par le politologue américain D. Goldhagen: Allemands sont les "bourreaux volontaires" de Hitler.

Problème : thèse réfutée par les historiens: décision tardive et secrète de tuer les juifs de l'Ouest, collaboration des Européens nécessaires pour la Shoah, Mein Kampf n'est pas le cahier des charges de la Shoah (il acclimate "seulement" les idées)

-Donc, il faut conjuguer les temporalités:

Temps long (depuis le XVIIIe siècle): héritages européens récupérés par le nazisme: antisémitisme chrétien, racisme scientifique, darwinisme social, colonialisme

Moyen terme: réponses aux questions de l'Europe contemporaine: phénomène national, masses en politique, grandes mutations socio-économiques, déchristianisation

Temps court: réponses aux grandes crises (1e GM, crise de 1929, peur de la révolution russe)

 

2/ De la guerre à la guerre

-P. Ory (2003): "le fascisme vient de la guerre, et il y retourne" (valable pour nazisme)

-G. Mosse (1990): intensité très forte en Allemagne de la rémanence de la Grande guerre: culte des morts, valorisation des anciens combattants, refus de défaite, sentiment de trahison (Versailles), milices paramilitaires des partis politiques

impossible démobilisation culturelle, distinction entre espace civil de paix et espace de la guerre effacée

-S. Reichardt (2002): étude des cultures et pratiques des SA (All) et Chemises noires (Ita): politique = guerre, rites et usages (beuveries, vie communautaire...), virilité face aux crises personnelles et socio-économiques (chômage...)

-M. Wildt et U. Herbert (2002): "génération de la jeunesse de guerre": enfants pendant la 1e GM qui ont vécu la douleur (deuil, famine...) sont étudiants dans les années 1920 encadrés par profs opposés à Weimar, deviennent cadres de Gestapo et SS dans les années 1930

 

3/ Les nazis sont-ils parvenus au pouvoir démocratiquement ?

stratégie légaliste après putsch raté de 1923

ils profitent de la démocratie (financement, immunités parlementaires...) pour la renverser: Weimar n'a pas su se protéger

Progression spectaculaire du parti nazi aux législatives entre 1928 et 1932 (2,6 à 37,3%)

Mais retournement entre juillet et novembre 1932: de 37,3 à 33,1% soit 2 millions de voix en moins

En fait, intrigues politiques (analysées par K. Bracher, puis D. Brasius):

            -parlementarisme suspendu à partir de 1930 (rupture coalition droite/gauche)

            -Hindenburg plutôt monarchiste

            -gouvernements d'experts sur la crise: H. Bruning, sans majorité

            -donc, décrets-lois qui favorisent les industriels et agrariens

            -droite inquiète de la montée des communistes

            -Papen propose coalition droite/nazis pour avoir un soutien populaire et pense manipuler les nazis

 

4/ Le nazisme était-il de droite ou de gauche ?

Projet révolutionnaire ou réactionnaire?

origine révolutionnaire : antibourgeois pour capter ouvriers et soldats

Mais financement par industriels et financiers

purge de la gauche en 1934 (nuit des longs couteaux élimine l'aile gauche nazie)

régime nazi a conservé les élites traditionnelles

 

5/ Qui était nazi ?

Parti nazi capte les voix de droite + 1/7e du SPD : classes moyennes ; ouvriers et catholiques résistent

raisons du vote nazi: surtout causes économiques et sociales, rejet du parlementarisme, pour une Allemagne puissante

   -M. Kater (1983): étude des membres du parti nazi: surreprésentation des classes moyennes et élites, forte progression en 1932-33 (opportunisme), 8,5 millions en 1945

-P. Longerich (2008): nuances sur la connaissance et l'approbation du génocide par les Allemands

 

6/ Séduction et répression du peuple allemand

-R. Gellatelly (2003): concept du "consentement" des Allemands: Gestapo aidée activement (peur, recherche du profit, adhésion idéologique)

-G. Aly (2005): politique sociale et fiscale généreuse sur le dos des juifs et de l'Europe occupée

-P. Reichel (1991): fascination en alliant beauté et force (esthétisme, congrès de Nuremberg)

-J. Chapoutot (2008): retrouver la prime pureté de la race nordique antique

 

7/ Nazisme et hitlérisme sont-ils synonymes ?

H. Mommsen (années 1970): parle de Hitler comme un "dictateur faible" pour éviter une réduction simplificatrice

Hitler intervient peu dans les affaires concrètes : peu travailleur, discours en termes généraux, officines concurrentes développées dans certains domaines d'où émulation vers l'extrême

Pouvoir charismatique et féodal

Chaos entre les hiérarques (grands chefs nazis : Goering, Goebbels, Himmler...): détestation entre eux, combat pour se rapprocher d'Hitler, désaccords idéologiques

 

8/ Projets et ambitions nazis

Partage du globe en sphères d'influence avec alliés de l'Allemagne (Italie, japon) ; Allemagne se réserve l'Europe et l'Est (Slaves à réduire en esclavage)

-I. Heinemann (2003): étude du RuSHA (office central de la race et de la colonisation, dépend de la SS; créé en 1931; chef: R. Darré)

-C. Ingrao + M. Mazower: "plan général pour l'Est" établi par le RSHA (office de sécurité du reich) : disparition des juifs et de 30 millions de slaves et colonisation allemande ; instruments: einsatzgruppen, RuSHA, "bureau des Allemands ethniques" (transfert des colons)...

-relecture de l'Histoire par la race: guerre des races

 

9/ Qu'est-ce que la Shoah?

-T. Bruttmann, L. Joly, A. Wiewiorka: Qu'est-ce qu'un déporté? (2009) : déporté différent de prisonnier, différents lieux: camps de concentration avec publicité (rééducation), "centres de mise à mort" (appelés "camps d'extermination" en 1945, mais pas de vrais camps: + rapide)

-débat intentionnalistes/fonctionnalistes dépassé depuis les années 1990: univers mental favorable, mais pas de nécessité absolue de la Shoah ; rôle majeur de: l'assassinat en masse des juifs de l'Est (notion de seuil) et entrée en guerre des EU (panique de l'encerclement extérieur + complot intérieur)

-autres meurtres de masse différents de la Shoah:

Homosexuels: seulement Allemands (considérés comme malades mentaux, atteinte à la fertilité): 60 000 internés, 10-20 000 morts ; en France, pas inquiétés si seulement homos

Tsiganes : 100-200 000 morts, débat sur leur race, considérés "asociaux" (nomades), massacre en représailles de résistance, gouvernement roumain les allie au génocide des juifs

 

 

3/ Documentation photographique n° 7037 : Jacqueline et Didier MUSIEDLAK : FASCISME, NAZISME (1996)

Compte-rendu par F. Le Hech

 

I/ la question nationale

            1/ Une construction nationale tardive et bancale

-Retard de construction nationale en Allemagne et Italie (face à la France et l'Angleterre) : générateur de fragilités ; totalitarisme est une réponse (idée de Plessner dès 1935)

-Héritage de l'Empire romain à vocation universelle : ressentiment des populations (nostalgie, frustration) quand misère nationale

-Question religieuse : coupure en All (luthériens/catholiques), domination sans rival du pape en Ita : blocages à l'unité nationale

-Faiblesse des composantes populaires dans le sentiment national : bourgeoisie n'a pas su/pu s'allier au peuple en 1848 d'où révolution "par le haut" et par la guerre ; double révolution à mener de front fin XIXe siècle (différent en Fra et GB) : politique (intégration du peuple) et économique (industrialisation)

-Suffrage universel : 1871 par Bismarck en All, 1913 en Ita ; mais, toujours peur d'un éclatement de la nation par la démocratie ; essor d'une droite nationaliste

            2/ Rupture de la 1ère Guerre mondiale

-Le Front est un creuset (mélange des classes) : selon F. Furet, triomphe de la nation sur la classe sociale

-Mais, crise d'après-guerre plus forte qu'ailleurs : en Ita, crise du positivisme (selon R. de Felice) et demande nouvelle de participation politique (paysans, anciens combattants) ; + forte encore en All: mutation d'une culture nationaliste écrite et élitiste (donc bourgeoise) vers une culture nationaliste orale et populaire (selon F. Furet)

-Difficultés de réinsertion des anciens combattants dans la société d'où création de groupes paramilitaires: squadrisme en Ita, corps francs en All ; culture simple: ami/ennemi ; valeurs: violence, autorité, solidarité

-Traité de Versailles élargit la crise : "victoire mutilée" en Ita (terres irrédentes ; chemises noires = deuil) ; "diktat" pour l'All symbolisé par république de Weimar

-Crise économique et sociale : "Bienno rosso" en Ita (2 "années rouges" avec occupations de terres et usines: émoi de la bourgeoisie) ; crises de 1922-23 (inflation) et de 1929-32 (mondiale) en All

-Crise de légitimité des anciennes classes dirigeantes : elles cherchent à utiliser les extrêmes pour assurer un retour à l'ordre (1921: Giolitti pousse Mussolini vers le pouvoir ;  1933: Von Papen aide Hitler à devenir chancelier), mais sous estimation de l'ampleur de la crise et des chefs extrémistes

-3 caractères au fascisme et au nazisme: parti de la nation, philosophie de l'action, mythe de la refondation.

 

II/ le fonctionnement de la machine totalitaire

            1/ Primat de l'idéologie

-Selon R. Aron : l'idéologie a une "place démentielle" dans le totalitarisme

-Recherche longtemps bloquée (peur des survivances ou de leur retour)

-Pas une vraie idéologie écrite, plutôt un rapport au monde : contre la bourgeoisie rationnelle, pour la force brutale et la glorification de la puissance, représentation esthétique du monde, communauté du peuple à préserver des ennemis (Ayens/juifs)

-Evolution d'Hitler: antisémitisme racial en 1919, puis "judéo-bolchevisme"

-Ita: idéologie en construction permanente (ex: avant 1935: Etat totalitaire, après 1935: Etat ethnique et racial) ; Mussolini influencé par la culture allemande (créer un nouveau type d'homme, antisémitisme à partir de 1938)

            2/ Un chef charismatique

-Différence de nature entre All et Ita : Mussolini instable avant 1929 et dyarchie avec le roi Victor-Emmanuel III ; Hitler cumule rapidement chancelier et président (mort Hindenburg en 1934) ; union mystique entre Hitler et le peuple ; Hitler peut (contrairement à Mussolini) déléguer certains pouvoirs (Goebbels, Speer, Goering, Himmler, Borman)

-Fin des années 1950, débat concernant l'All entre:

            intentionnalistes: pensée d'Hitler domine (programme contenu dans Mein Kampf)

            fonctionnalistes: "machine totalitaire" (plus importante qu'Hitler) se dérègle à cause de la lutte entre les chefs, système proche du chaos ; théorie critiquée aujourd'hui: existence de courants, tendances, mais le chef tranche toujours !

-En Ita: Mussolini est la pièce maîtresse du système

            3/Autres aspects

-Etat partisan: dès 1941, E. Fraenkel parle de "double Etat" : maintien des institutions traditionnelles vidées de contenu + appareil du Parti lié au chef ; non achevé en Ita à cause de la monarchie

-Mobilisation économique : subordination progressive des milieux économiques à la politique du régime :

            All : réarmement entamé par Schacht, plan quadriennal de Goering en 1936, IG Farben (industrie chimique)

            Ita: "batailles" (Blé, Marais Pontins, Lire), IRI (Institut Reconstruction Industrielle), autarcie après 1935

-Logique de guerre : guerre d'anéantissement ; pas seulement prendre territoire avec des richesses, mais les vider de leur population (destruction massive) ; Ita en Afrique: Libye (déportation et 15 camps en 1930) et Ethiopie (armes chimiques) ; All en 1941: guerre totale en URSS

 

III/ Politisation de la société civile

            1/ Le consentement des masses

-Selon G. Mosse, "Nouvelle politique" avec  domination esthétique : cérémonies grandioses de Hitler et Mussolini

-Adhésion des masses : pour Mussolini, obtenue progressivement entre 1929 et 1936 (ouvriers, paysans, bourgeoisie) ; Hitler populaire dans toutes les classes sociales

-Rôle de la propagande, du Parti qui contrôle les organisations et associations sociales

            2/ Une culture totalitaire ?

-Certains intellectuels se mettent au service de l'Etat (ex: philosophe Heidegger en All)

-Université allemande a elle-même traqué les "ennemis de la Kultur"

-Ita: la thèse de B. Croce selon laquelle une culture libérale s'est maintenue est rejetée aujourd'hui (ex: très peu d'universitaires refusent le serment à Mussolini en 1931)

-Contrôle du cinéma : Cinecitta créé en 1937 en Ita, mais films d'Hollywood projetés en All (illusion de liberté) : persuasion et séduction

-Encadrement :

            Dopolavoro (organisation "Après le travail") sous contrôle du PNF (fascistes) en 1925 ; en 1942, 4,6 millions de personnes concernées

            "Force par la joie" (KDF) en All : en 1939, 20 millions de personnes

            3/ Formation d'un homme nouveau

-All: Etat racial en plusieurs étapes : 1/ mort civile des juifs (lois de Nuremberg) 2/ Jeunesse remodelée (pas totalement réussi) 3/ Révolution sociale (ratée ; ex: attentat de Von Stauffenberg en 1944 : résistance des anciennes élites)

-Ita : imparfait, mais inflexion dès le début des années 1930 (1938: "révolution culturelle" : Italianité, contre les juifs).

 

4/ Documentation photographique n° 8003 : Jean-Louis VAN REGEMORTER : LE STALINISME (1998)

Compte-rendu par F. Le Hech

 

Remarques préliminaires:

            -seulement une des facettes du communisme dans le monde (différent du nazisme)

            -pas théorisé a priori : ensemble de pratiques pour confisquer le pouvoir, pas un "modèle intellectuel"

            -recherche actuelle: analyse "par le bas" (la société/ Etat) de Nicolas Werth

            -notion de stalinisme : née chez les adversaires de Staline (Trotskistes : forme de trahison du bolchevisme) ; reprise par les dissidents (Roy Medvedev : communiste opposé à Staline) ; reprise par les sociaux-démocrates occidentaux (forme achevée du totalitarisme déjà contenu dans le Léninisme)

            -en réalité : stalinisme évolue en fonction des circonstances

 

I/ Formes successives du stalinisme

            1/ Ascension de Staline

-Rôle modeste avant 1ère guerre ; contrôle de la Pravda (journal) à partir de février 1917 (confié par Lénine) ; rallié à la prise de pouvoir des Bolcheviques en octobre 1917, mais très discret pendant les événements.

-Rôle grandissant pendant la guerre civile (1918-1921) : n°3 après Lénine et Trotski en 1921.

-Elu Secrétaire général du Comité Central du PC (avril 1922): poste purement technique normalement, mais commence à inquiéter Lénine (voir son "testament" de décembre 1922).

-Après la mort de Lénine (janvier 1924): jeu de bascule de Staline pour rester dans la majorité : d'abord avec ceux de "gauche" (Zinoviev, Kamenev), puis rallié à ceux de "droite" (Rykov, Boukharine) ; idem vis à vis de la NEP (choisit une voie moyenne)

-Nomination des cadres du PC : s'adjoint une clientèle dévouée et écarte ceux qui s'opposent à lui.

-Opposition forte à Trotski qui veut une "révolution permanente" ; Staline définit le "socialisme dans un seul pays".

            2/ Etatisation intégrale de l'économie

-1928: 1er plan quinquennal : choix de l'industrialisation accélérée ; mais problème immédiat: concentration de population dans les villes crée une pénurie de blé.

-Improvisation fin 1929 : décision de collectivisation intégrale (plus facile d'imposer des réquisitions de blé à des kolkhozes qu'à 25 millions de paysans individuels)

-Retour à une forme de modération à partir de 1932 : marché kolkhozien "libre", 2e plan (1933) avec industrialisation moins ambitieuse, suppression du rationnement (1935), fiction de direction collective subsiste (multiplication des "Commissariats du Peuple")

            3/ L'apogée "High Stalinism"

-Grande Terreur à partir de 1936 ne s'explique pas par les circonstances (économie en hausse) mais par la psychologie de Staline : pathologie paranoïaque et rêve de remplacer le tsar.

-Bilan de la Terreur (1ers procès de Moscou en août 1936) en 1938 : 1,37 million d'arrestations, 2 millions de détenus au goulag, 700 000 exécutions

-Attaque allemande de 1941: Staline désarçonné ; fait fusiller de nombreux anciens dirigeants détenus (peur d'une "équipe de rechange" contre lui)

-Stratégie de guerre: commet des erreurs, mais finit par écouter ses conseillers militaires: victoire de Stalingrad ; immense prestige (combattants intériorisent le culte de la personnalité)

-Reprise en main après-guerre : condamnations massives (mères de famille qui ont "volé des épis", présidents de kolkhozes) ; goulag (2,5 millions de personnes en 1950) ; déportation de peuples entiers (1937-1945) accusés de collaboration avec les nazis : 3 millions de "colons spéciaux" envoyés en Sibérie et Asie centrale (Allemands de Volga, Tatars de Crimée, Tchétchènes...)

-Pouvoir concentré dans les mains de Staline: pas de Congrès national du PC entre 1939 et 1952, luttes de clans attisées...

-Staline aimé comme un père: "petit père des peuples", spontanéité réelle des masses (cadeaux, funérailles)

 

II/ Le modèle d'économie planifiée

-Priorités: industrie lourde (lutte contre chômage, obsession de modernisation pour combler le retard sur l'Europe) et collectivisation (grandes exploitations pour spécialisation et mécanisation)

-1er plan: statistiques industrielles faussées (largement surévaluées)

-fiasco de la collectivisation forcée : rendement céréalier en baisse, nombre de vaches (1928: 29 millions, 1933: 19 millions), pas assez de tracteurs, 1932-33: 5 millions de paysans morts de faim (mauvaises récoltes + livraisons forcées) en Ukraine, basse Volga et Nord Caucase : réalité masquée par l'armée qui isole ces régions!

-2e plan (1933-37) plus équilibré: hausse des biens de consommation, lopins familiaux libres ; mais crise industrielle en 1937 (dépenses militaires, purges des directeurs d'usines)

-3e plan (1938-41): crise non résolue, stagnation de la production d'acier

-Succès de l'économie de guerre : sidérurgie rapatriée dans l'Oural, livraisons des Alliés (prêt-bail), pas de famine générale

-4e plan (1946-50) : retour à l'industrie lourde + recherche sur arme atomique ; baisse des prix pour les produits quotidiens (mais rationnement réapparaît), stagnation de la production agricole ; livraisons obligatoires sur les lopins familiaux.

 

III/ Domestication de la société

            1/ "Ennemis du peuple"

-Disparition des Nepmen (profit du retour du capitalisme pendant la NEP 1921-1927) : hausse de leurs impôts, procès pour spéculation

-Elimination des Koulaks (paysans aisés) en 1930-31 : exécutions, déportations ; mais paysans récalcitrants à entrer dans les kolkhozes: famine de 1932 règle le problème...

            2/ "L'Homme nouveau"

-1er plan: ouvriers directement promus ingénieurs, d'autres formés dans l'enseignement supérieur : nouvelle intelligentsia de la technique

-PC organise de toute pièce le record de Stakhanov (extraction de charbon) en 1935 : but est de relancer l'enthousiasme

-en réalité, la masse pratique la résistance passive : absentéisme au travail, changements fréquents d'entreprises

 d'où répression: passeport intérieur (1932), interdiction de quitter une entreprise sans autorisation du directeur (1940)

            3/, La culture de masse

-Gavlit : organe de censure (créé en 1922, renforcé en 1928) ; monopole de l'information : Agence TASS ; 1er magazine imprimé en couleur : Ogonyok

-"matérialisme dialectique" : appris par coeur à l'université comme un catéchisme

-Mais, succès de l'enseignement primaire (moins de 20% d'analphabètes en 1940)

-PC conçu comme une avant-garde minoritaire (1% de la population en 1940), mais avec relais sociaux qui voient leurs effectifs exploser (ex: syndicats qui gèrent la sécurité sociale)

-Encadrement de l'enfance par le PC : "pionniers" (apprentissage de la délation comme vertu), Komsomols (vivier pour le PC, mais peur d'être débordé par la jeunesse)

-Loisirs organisés : clubs d'usine, maisons de vacances...

-Quelle efficacité de cet encadrement ? pas d'information sur les autres pays (donc pas de comparaison possible), offre un travail garanti, mais scepticisme perceptible à travers des blagues courantes.

-Art : avant-garde artistique condamnée (1928-1931) ; retour à un néo-classicisme (ex: métro en marbre) ; à partir de 1934, réalisme socialiste (peusdo-romantisme populiste ou plutôt "réalité enjolivée") ; rôle majeur de Jdanov (reprise de la théorie de Tchernychevski : fonction sociale de l'art)

-Staline veut un retour des Grands Hommes (pour pouvoir y être identifié) : réhabilitation du prince Alexandre Nevski et du tsar Pierre Le Grand.

-Peuple russe : "grand frère" des autres nationalités de l'URSS.

-Juifs: indésirables à partir de 1948 (naissance Israël allié des EU) : numerus clausus dans les universités, campagne contre "cosmopolitisme", faux complot des "blouses blanches" contre ses médecins juifs (Staline prévoit des exécutions et déportations massives: arrêté par sa mort).

-Homme nouveau soviétique resté imaginaire

-Mais création du "sovok" : sorte de "beauf" soviétique (grossier, anti-intellectuel, xénophobe, peureux)

 

IV/ L'héritage du stalinisme

-Question du culte du chef : Khrouchtchev démontre en 1956 que c'est contraire au marxisme

-Mais, critique (déstalinisation) n'a pas touché les systèmes économique et social d'où pas de changement et cause  possible de la chute du régime en 1989-91 : travail aliéné, corruption généralisée, pas de système de rechange (esprit d'entreprise et paysannerie brisées)

-"Ecole révisionniste" des historiens américains depuis les années 1970 : terreur est la réaction d'un Etat faible (contraire à l'idée de totalitarisme)

-Approche de Lénine réévaluée : a mis en place beaucoup de leviers dictatoriaux (camps, police politique...)

-Mais, Staline n'est pas seulement son héritier : il a changé la nature du régime, vers l'autocratie ou "égocratie" (terme utilisé par l'historien Claude Lefort)

 

 

5/ Cours : LA FIN DU TOTALITARISME EN URSS

réalisé par F. Le Hech

 

Orientation bibliographique:

-Werth N. : La Terreur et le désarroi : Staline et son système, 2007

                   Histoire de l’Union soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (1953-1991), 2007

Enjeux de base :

une impression de brutalité de la chute en 1989-91 (cf: chute du Mur de Berlin)

en réalité, une sortie progressive, mais ni linéaire ni continue, réalisée de l’intérieur

un régime d’abord renforcé (prestige de Stalingrad), puis miné par ses contradictions et ses incapacités

Problématique: Quelles sont les étapes qui conduisent à l’effondrement du stalinisme soviétique ?

 

I/ La déstalinisation de 1956 : une sortie du totalitarisme ?

                        1/ L'élément déclencheur : la mort de Staline en 1953

-Mort de Staline en mars 1953:        

vécue comme un vrai drame national en URSS

            manifestation spontanée de la foule venue saluer le « petit père des peuples » lors de ses funérailles (plusieurs millions de personnes présentes) sur la Place Rouge : services de sécurité débordés et mouvement de foule (panique, plusieurs centaines de morts par piétinement et étouffement) ; culte de la personnalité intériorisé par la population; contraste avec l’aspect figé des dirigeants communistes internationaux aux funérailles

            ailleurs dans le bloc: émeutes en juin 1953 à Berlin-est et en Tchécoslovaquie durement réprimées

-Des changements dès 1953 :                       

une direction collégiale (refus de la personnalisation du pouvoir) avec Khrouchtchev, Malenkov, Molotov et Beria (ce dernier toutefois rapidement éliminé, puis exécuté dès la fin de 1953)

            1ère reconnaissance de fautes du régime (initiative de Beria) : 1 million (sur 2,5) de prisonniers de goulag libérés ; Goulag passe sous le contrôle du ministère de la justice ; accusés du faux complot des « blouses blanches » (médecins juifs) libérés dès avril

                        2/ Le XXe Congrès du PCUS (février 1956) et ses suites

-Présentation du Congrès:     

14-25 Février 1956 à Moscou

            délégués soviétiques mais aussi des « Partis frères » du reste du monde

            Khrouchtchev 1er Secrétaire du PCUS depuis 1953

            en politique étrangère, décision de « coexistence pacifique » (ou Dégel)

-Le rapport secret:     

initiative personnelle de Khrouchtchev

            rapport de 4 h lu à huis clos (seulement délégués soviétiques) par Khrouchtchev

            dénonciation du culte de la personnalité « étranger à l’esprit du marxisme-léninisme », des crimes de Staline (concept d’ « ennemi du peuple » abandonné, dénonciation des Grands Procès et purges d’où nombreuses révisions, reconnaissance de « déportations massives de plusieurs milliers de personnes »…)

            cœur de la déstalinisation, dans la suite logique de ce qui est engagé depuis 1953

            rapport vite dévoilé et connu dans le monde entier quelques jours après

                        3/ Des conséquences diverses mais limitées

-En URSS, des effets réels, mais pas de changement fondamental:

            1961: XXIIe Congrès : décision de retirer le corps de Staline du mausolée de la Place Rouge (puis inhumé derrière le mausolée), Stalingrad rebaptisé Volgograd

            dès 1956: de nouveau, plusieurs centaines de milliers de prisonniers libérés du goulag

            relative libéralisation de l’expression (média, livres), mais à nuancer: voir « affaire Pasternak » (auteur de Docteur Jivago, obligé par Moscou de refuser le prix Nobel de littérature, livre non publié en URSS avant 1988) ; voir aussi cas de Soljenitsyne (peut publier Une journée d’Ivan Denissovitch en 1962 avec autorisation personnelle de Khrouchtchev ; inquiété et réprimé ensuite sous Brejnev, puis expulsé en 1974)

            échec des réformes économiques et administratives de Khrouchtchev: brouillonnes, parfois incohérentes, se heurte à l’opposition de la Nomenklatura ; renversé en octobre 1964

            déstalinisation n’est pas démocratisation : XXe Congrès ne remet pas en cause la nature du système soviétique, ni la responsabilité du PC

            successeur de Khrouchtchev, Brejnev (1964-82) revient à la répression et à l’immobilisme ; peu à peu, sclérose politique, économique et sociale du système soviétique renforcée par la gérontocratie (Andropov 1982-84, puis Tchernenko 1984-85)

-Dans les Pays de l’Est, aucun profit de la déstalinisation:

            sauf, rapprochement entre Khrouchtchev et Tito (qui était hostile aux directives de Staline et avait refusé son intégration au bloc)

             Connaissance du Rapport secret entraîne (en partie) des soulèvements en 1956 : Pologne et insurrection de Budapest ; espoirs déçus par la répression brutale [idem 12 ans plus tard avec Le Printemps de Prague sous Brejnev]

            Rupture sino-soviétique accélérée (totale en 1960): Mao n’accepte pas la déstalinisation ni les nouvelles orientations de Khrouchtchev (coexistence avec l’Occident)

-A l’Ouest, une prise de conscience:

            Mythes fondateurs de l’URSS atteints

            Prise de distance de certains intellectuels (exemple : démission du PCF d’Aimé Césaire)

II/ Gorbatchev et la fin de l’URSS (1985-1991)

            1/ Réformer pour sauver l’URSS

-Gorbatchev:  

un homme jeune (né en 1931, n’a pas connu la Révolution de 1917, différences avec ses prédécesseurs),

            un pur produit du communisme (apparatchik qui a gravi les échelons du PC)

            lucide sur l’état économique et financier du pays, en profonde crise ; voir aussi la catastrophe de Tchernobyl (avril 1986), révélatrice de l’état de délabrement et de vétusté des installations.

Son but : sauver à la fois le communisme et l’URSS

Les moyens : réformes profondes du système à l’intérieur (glasnost et perestroïka) et détente définitive à l’extérieur pour réduire les coûts (désarmement nucléaire, retrait d’Afghanistan, abandon du bloc…) [dépenses militaires = 20% du PNB]

-La Perestroïka (restructuration économique):

            autonomie des entreprises d’Etat et développement d’un secteur privé (agriculture, commerce)

            mais l’Etat fixe toujours les prix, la production diminue, les magasins sont atteints de pénurie, le mécontentement de la population augmente ; incompatibilité entre économie étatique et économie de marché

            échec économique [croissance 0% en 1989, -10% en 1991]

-La Glasnost (transparence):

            libération des dissidents, fin de la censure sur la presse, début de candidatures multiples (élection au Congrès du Peuple en 1989), abolition du « rôle dirigeant du Parti » (1990)

            forme de démocratisation réelle, mais qui dépasse vite le régime ; embryon de multipartisme en contradiction avec le dogme fondamental du parti unique ; critiques ouvertes de + en + vives contre Gorbatchev

            2/ Des conséquences incontrôlées

-Désagrégation du bloc de l’Est dès 1989 :

« théorie des dominos »,

            révolutions douces/violentes,

            symbole du mur de Berlin,

            exemple de la Pologne (rôle de Solidarnosc, Le pape Jean-Paul II, Gorbatchev...)

-Implosion de l’URSS en tant qu’Etat et territoire : agitation, puis indépendance des Républiques, Eltsine président de la Russie, création de la CEI en décembre 1991 qui remplace l’URSS 

-Double opposition politique à Gorbatchev:

            « libéraux » de Eltsine pour des réformes plus radicales

            « conservateurs communistes » hostiles aux réformes

            tentative de coup d’Etat par les conservateurs en août 1991

            échec car reprise en main de Eltsine (président de la Russie)

            Eltsine interdit le PCUS et démantèle le KGB (2 derniers piliers du totalitarisme effondrés)

            démission « logique » de Gorbatchev le 25 décembre 1991 (l’URSS n’existe plus et il n’a plus la réalité du pouvoir, il prend acte de l’échec de ses réformes)

 

Conclusion

            comparaison du processus entre Allemagne et URSS :

processus court (Allemagne) face à processus long (URSS) ;

 gestion extérieure face à  réalisation intérieure ;

emprisonnement des coupables face à libération de prisonniers ;

 création de 2 Etats face à implosion d’un Etat

 Mais, même démocratisation (sauf époque RDA) et libéralisation de la société

 

 

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