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Les Rencontres de Chaminadour - 8e édition - Patrick DEVILLE

SOMMAIRE

  1. Billet
  2. Archives sonores (extraits de rencontres)
  3. Album photo

Visiter le site des Rencontres de Chaminadour

Une exposition sur le cambodge au musée Guimet (Paris) jusqu’au 13 janvier 2014

Le billet de Clémence

Chaminadour. Un joli mot, ne trouvez-vous pas  ? Chantant, et mystérieux à la fois. Il semblerait presque rattaché à une ancienne légende, du genre de celles que l’on raconte au coin du feu. Oui, vraiment, l’écrivain Marcel Jouhandeau avait eu raison de surnommer ainsi sa ville natale de Guéret. C’est dans cette ville de la Creuse que se tiennent, chaque année depuis huit ans déjà, Les Rencontres de Chaminadour. Un festival littéraire sur quatre jours, alternant lectures, conférences, rencontres et tables rondes, tout cela autour d’un auteur invité. Cette année : Patrick Deville. L’auteur de Peste et Choléra, prix Femina 2012. Un philosophe, globe-trotteur, qui raconte l’histoire du monde, de certains pays d’Afrique, d’Amérique Latine ou d’Asie. C’est cet écrivain que nous, les trois classes de Terminale L du lycée d’Arsonval de Brive, avons rencontré, le vendredi 20 septembre 2013, après avoir lu, ou du moins entreaperçu en cours, un de ses ouvrages : Kampuchéa.
Kampuchéa, c’est un siècle et demi de l’Histoire du Cambodge, de la découverte des temples d’Ankor par le naturaliste français Henri Mouhot, en 1860, jusqu’aux procès des Khmers Rouges en 2009-2010. Ce livre, très pointu sur ce vaste sujet, montre à quel point l’excès entraine l’excès et raconte avec un détachement teinté d’ironie, « comment ce pays, qui se rêvait le Paris de l’Extrême-Orient, a pu basculer dans l’horreur ».
Mais revenons à nos Rencontres de Chaminadour. Après plus de deux heures de route, et une fois installés dans la salle du Théâtre de la Fabrique, à Guéret, nous avons assisté à trois passionnantes conférences d’universitaires sur Partick Deville, et sur sa manière d’écrire. Vraiment captivant !... Surtout pour le reste du public, qui semblait mieux connaître l’auteur. Car ces professeurs universitaires n’avaient sans doute pas l’habitude de s’adresser à des lycéens  ! Avoirs lu Kampuchéa a pu s’avérer utile à qui voulait suivre les propos parfois quelque peu nébuleux de ces chers conférenciers. Bien vite, plusieurs d’entre nous se sont mis à dessiner dans la pénombre de la salle, certains pour s’occuper, d’autres pour continuer à suivre sans céder à la torpeur qui les menaçait. D’autres encore, eux, n’ont pas résisté, et se sont endormis, mais chut  ! ne le répétez pas  !
Pourtant, dans l’absolu, elles n’étaient pas totalement dénuées d’intérêt, ces conférences, pour peu que l’on y prête attention. La première, faite par Anne Sennhauser, était intitulée « Revenances romanesques dans les récits de vie de Patrick Deville ». Elle expliquait l’apparition régulière dans les romans historiques de Deville de figures héroïques, de fantômes. Fantômes d’écrivains par exemple, avec lequel le narrateur parfois, dialogue, comme dans Kampuchéa, où Loti parle un instant avec le narrateur.
La seconde conférence, de Pierre Schoentjes, avait pour titre « Une aventure sans fiction  ? », et traitait, avec l’aide d’un diaporama, du subtil mélange, dans les romans de Deville, entre documentaire et fiction. Enfin, plutôt dans ses derniers romans. Tous les conférenciers ont bien fait la distinction entre ses cinq premiers romans, parus aux éditions de Minuit, et les autres qui ont suivi, aux éditions du Seuil. Cette distinction s’appuie justement sur le fait que les deniers s’inscrivent dans une démarche documentaire. Seule la manière de raconter l’Histoire est fiction. Et cette manière, c’est le regard distancier de Deville, son ironie, ses pastiches de discours révolutionnaires qui nous obligent à réfléchir sur notre société et notre responsabilité dans certains conflits.
La troisième conférence, présentée par le professeur émérite Marc Dambre était nommée, sans doute en référence à un livre de Deville, « Ces deux-là... et la polybiographie », et traitait de la double dimension biographique des romans historiques de Deville : la dimension autobiographique à travers le narrateur à la première personne, et la dimension biographique, lorsqu’il raconte la vie d’un personnage historique (dans Pura Vida, l’aventurier William Walker, par exemple).

C’est quelque peu vaporeux, vous l’aurez compris, que nous sommes sortis du théâtre. Mais ce qui nous attendait était tout autre. Dans le hall de la bibliothèque de Guéret en face du théâtre, une magnifique exposition de photographies de Philippe Rolle : Sténopés – Paysages. Toute une série de sténopés en noir et blanc à couper le souffle. Le sténopé est une technique photographique utilisant un simple boitier (une boîte, quoi), muni d’un petit trou. Dans la boîte est posé directement du papier photosensible, et non pas une pellicule, qu’il faudrait ensuite développer sur du papier photosensible. On brûle une étape, en quelque sorte. Seulement, le papier met plus de temps à imprimer les rayons lumineux que la pellicule. Le temps de pose ne se compte alors plus en centième de secondes, mais en minutes, voire en heures. Si le flou de bouger de l’appareil est évité grâce à un trépied, celui du sujet est inévitable. Et magique. Car chaque mouvement sera imprimé sur le papier, mais sous la forme d’une trace mouvante, fantomatique. L’eau revêt alors une dimension insoupçonnée. Une vieille bâtisse se retrouve emplie de mystère par les traces des nuages au-dessus d’elle. Les photos étaient complétées d’un appareil sténopé. Curieuse allure, cette petite boîte qui crée de si beaux clichés  !

 

Mais déjà, sans avoir eu le temps d’en profiter, il nous fallait ressortir : c’était l’heure de manger, avant d’enfin rencontrer Patrick Deville. Car pendant toutes ces conférences du matin, ce cher monsieur était resté discret, dans le public, à l’ombre de son fauteuil. Cette fois, l’homme à la tête blanche, à la voix grave et à la gouaille parisienne, est allé s’assoir sur scène, et nous avons pu lui poser nos questions.
Ses lèvres bougeaient à peine lorsqu’il parlait. Des réponses étaient souvent curieuses, déroutantes. Il semblait désabusé, presque fataliste parfois. Loin d’être favorable, semble-t-il, à la guerre, il a pourtant dit que pour l’Homme, elle était normale, et que la paix était rare. Lorsque l’interrogation a suivi : « Mais ne trouvez-vous pas ça révoltant  ? Est ce que vous écrivez pour vous battre contre cette omniprésence de la guerre, pour défendre une cause  ? » il a répondu qu’il n’avait « pas de point de vue à défendre » dans ses livres. À la vérité, ce grand écrivain ne sait pas pourquoi il écrit. « Je n’en sais rien ». Voilà ce qu’il a répondu lorsque nous lui avons demandé. « C’est comme ça. Peut-être que si j’avais fait du pain, j’aurais pu vous répondre plus facilement : pour nourrir mes concitoyens ». Il ne s’est sans doute jamais vraiment posé la question. Il a commencé à écrire vers l’âge de 7-8 ans.
« L’Histoire se répète-t-elle  ? » « En effet. Mais jamais de la même façon » « Avez-vous vu des Khmers Rouges et assisté à leur procès  ? » Il a assisté au procès d’un des Khmers Rouges, Douch, chef d’un des camps de torture, mais pas en totalité, car ce genre de jugement, c’est extrêmement long, et « emmerdant ». « Que pensez-vous des révolutions du Printemps arabe  ? » Il dit que les révolutions sont inévitables, et que les dérapages qui les suivent, aussi. « Vos livres ont-ils été censurés dans certains pays  ? » Il répond que Kampuchéa est interdit au Vietnam. Voilà quelques questions qui lui ont été posées.
Mais s’il semble désabusé face au monde et ne pas vouloir s’avancer à émettre un avis, on le sent par contre passionné par l’écriture. Pour lui, écrire ne s’enseigne pas (les ateliers d’écriture sont des âneries, dit-il), c’est la liberté absolue. Il conseille à tous ceux qui veulent écrire de ne jamais lâcher, de lire, de dévorer les livres, et les prévient que cela demande du temps. Ses recherches, dans des bibliothèques et sur les lieux mêmes où se passera l’action de son livre, peuvent lui prendre des mois, voire des années, avant d’imaginer comment tout organiser. Puis il s’enferme, et écrit, d’une seule traite, à en juger par le geste vif qu’il fait de la main à ces mots, comme s’il traçait une ligne rapide ou chassait une poussière.
Les questions s’enchainent, mais la rencontre reste trop formelle, pas assez spontanée. Lui sur scène, nous dans le public, la distance est grande. Il faut un micro pour que nos questions soient entendues. Alors on se retourne, on cherche. Où est le micro  ? Qui le veut  ? Il passe de main en main, avant d’arriver à la personne concernée. On perd ainsi de précieuses minutes : nous n’avons qu’une heure avec Patick Deville. Et lorsque sonne la fin de cette heure, il reste encore tant de questions qui ne pourront jamais être posées  ! Pourquoi écrire sur le Cambodge  ? Sur l’Afrique  ? Sur l’Amérique Latine  ? Est-ce que vous retravaillez beaucoup vos textes  ? Quelle importance ont pour vous tous ces auteurs que vous citez dans Kampuchéa : Malraux, Conrad, Loti  ? Croyez-vous qu’il soit difficile de vivre de l’écriture aujourd’hui  ?

 

Après ce trop court entretien avec l’auteur, a suivi une quatrième conférence. Bruno Blanckeman a présenté « Le roman d’aventure(s) selon Patrick Deville ». Il s’agissait d’un bel éloge du roman d’aventure, genre qui, à l’image de ses personnages, dépasse ses limites, se développe et explore d’autres univers, comme celui du roman « sans fiction ». La conférence apportait aussi une réflexion, intéressante pour ceux qui aiment écrire et veulent donner de l’épaisseur à leurs personnages, sur la figure du héros en général, figure que Deville se plait à miner pour mettre en valeur la part du hasard.

 

Puis nous sommes ressortis. Patrick Deville nous a suivis et ceux d’entre nous qui le voulaient ont pu faire dédicacer leur Kampuchéa. Et nous sommes repartis vers Brive, achevant ainsi cette journée de Rencontres de Chaminadour.

 

Clémence Givonetti, Terminale L1, © Lycée d’Arsonval septembre 2013

 

Extrait de rencontre

- Piste N°1 : Un monstre de l’Histoire (6’26") : ECOUTER

- Piste N°2 : Culture et Barbarie (2’51") : ECOUTER

- Piste N°3 : Ecrire face à l’Histoire (2’18") : ECOUTER

- Piste N°4 : Histoires du 20e siècle (4’53") : ECOUTER

- Piste N°5 : Le Temps (4’41") : ECOUTER

- Piste N°6 : Philosophie (1’53") : ECOUTER

- Piste N°7 : L’ailleurs (1’14") : ECOUTER

- Piste N°8 : Révolutions (1’07") : ECOUTER

- Piste N°9 : Ecriture et Liberté (3’34") : ECOUTER

- Piste N°10 : Le reportage (5’46") : ECOUTER

- Piste N°11 : Le sens de la fin / Kampuchéa (2’09") : ECOUTER

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