Cité scolaire D'Arsonval à Brive en Corrèze : Collège, Lycée, Post Bac accès intranet
COLLEGE - LYCEE - POST-BAC - BRIVE-LA-GAILLARDE (CORREZE)

Benjamin Hochart

Dodécaphonies 1, 2007
de la série : Dodécaphonies
Crayons sur craft
118 x 188 cm, 110 x 180 cm (hors marge)
Collection FRAC Limousin, Limoges

Study for a Wall drawing, 2009
Technique mixte / sérigraphie
70 x 92 cm
Collection FACLim

 

Le mode d’apparition des dessins de Benjamin Hochart est lié à un processus qu’il nomme dodécaphonique, selon la musique mise au point par Arnold Schönberg et dont le système de composition est basé sur les douze sons de la gamme chromatique – plutôt que sur l’ordre tonal –, qui doivent se succéder sans se répéter. Benjamin Hochart choisit un certain nombre d’outils de dessin pour lesquels il décide d’un ordre d’utilisation, chacun devant être utilisé une fois avant de pouvoir l’être à nouveau ; de surcroît, un geste particulier est assigné par outil – comme toute règle qui se respecte, il l’enfreint au besoin. [...]

Les biens nommés répertoires de couleurs et de formes accompagnent la réalisation de chaque dessin dodécaphonique et représentent à la fois le processus, le mode d’emploi et, pourquoi pas, de lecture des dessins.
Explorant le potentiel de chaque outil, le travail de Benjamin Hochart s’inscrit dans la tradition tautologique du dessin conceptuel, avec des dessins qui parlent de dessin, qui exposent les choix qui ont précédé leur réalisation, les outils utilisés et les formes qui leurs sont attribuées.

© Extrait du texte Le Dessin par le milieu de Johana Carrier, in Benjamin Hochart, ed. Adera, 2012

 

On pourrait voir dans ces grandes compositions un retour du refoulé pictural français, celui que la domination de l’art américain depuis les années cinquante à oblitéré : la nouvelle école de Paris (Wols, Hartung ou Riopelle) et ses descendants américains (Joan Mitchell, Sam Francis ou Mark Tobey). Cet art de l’énergie gestuelle expressive et de la composition colorée a été éclipsé par la distance et le calcul Duchampien. Mais cela serait trop simple, on voit bien qu’ici le remplissage et la saturation des surfaces sont minutieusement organisés telle une marqueterie ou une tapisserie. D’autres voies ont été ouvertes entre ces deux visions de l’art, trop caricaturales et datées dans leur antagonisme. On ne distingue maintenant plus si clairement l’ironie bienséante qui préfèrerait penser plutôt que de regarder - l’art en habit du dimanche dirons-nous - de cet autre art, débraillé ou en charentaise, qui ne saurait même parler. Les stars du grunge savent désormais porter le smoking. On sait composer avec le bruit. Les formes nées de la modernité se sont répandues hors de l’art, dans la culture populaire (commerciale ou folklorique) que les artistes ont en retour intégrée. D’ailleurs, Benjamin Hochart n’est pas peintre, un œil attentif saura rapprocher son travail, son trait et ses gestes d’un art du dessin, noble et débraillé à la fois, la bande-dessinée.

Dans la première série des Dodécaphonies, grouillaient spirales et efflorescences volcaniques : crevasses, écumes, nuées, langues de feu, éclairs, cristaux, pluies, étincelles, radiations, autant de phénomènes météorologiques, thermiques, organiques, tous très dynamiques qui, si on les imagine sous le crayon d’un auteur de BD se doivent justement d’être réinventés visuellement, pour raconter une histoire ou ponctuer une page. Dans les nouvelles Dodécaphonies, feuillages, plumes, ailes, spirales, tentacules, coraux, alvéoles, doigts, déchirures s’infiltrent et apparaissent plus nettement dans des tons clairement acides, tropicaux et radieux, aériens (et moins telluriques que jadis) plus proches des Iles Marquises, mais après des essais nucléaires (ou serait-ce même pendant ?).

Ces amalgames compulsifs et hyper denses évoquent finalement plutôt les artistes bruts (Judith Scott, Augustin Lesage ou Fleury-Joseph Crépin) ou le bouillonnement de la musique psychédélique bruitiste (Lightning Bolt et les illustrations de Brian Chippendale) ou encore des artistes jouant avec le décoratif tel Atsuko Tanaka ou Philip Taaffe. C’est là que s’établit la distinction avec les peintres expressionnistes des années 50, Benjamin Hochart pratique le catalogage et l’émergence d’un langage autonome et systématisé, dont l’Hourloupe de Dubuffet serait la matrice. Il est autant dans l’échantillonnage et le photoshopage (détourage, extraction, décalque, déplacement, copie, variations) que dans l’invention d’une immense case de B.D. que les cadres épais et graphiques sont chargés de contenir. Une case où seraient imprimées toutes les onomatopées visuelles, débordements graphiques, punctum, coups d’éclats et explosions que sa rétine ait pu mémoriser au fil des années : un cadavre exquis mais tout seul. On perd ainsi la logique du récit linéaire pour être dans une simultanéité totale et l’égalité hiérarchique de tous les éléments.

© Nouvelles / Jardin - Maxime Thieffine, mars 2013

Propos de l'artiste

Si mon travail s’inscrit résolument dans l’histoire de l’art contemporain, je revendique les influences des arts populaires et folkloriques, de l’art brut, la bande-dessinée et la science-fiction, des pratiques textiles diverses et des arts premiers, comme les témoins d’une pratique artistique fondée sur la non-hiérarchie des genres et des arts.

En expérimentant de multiples supports et processus (dessin, sculpure, installation, vidéo, performance, édition...), ma recherche donne entre autres à voir des questionnements relatifs au geste, au décoratif et au monstrueux. Je m’attache ainsi à produire une oeuvre protéïforme, à la fois poétique et politique, qui chercherait à déjouer les lectures trop rapides.

Sur le modèle d’un grand collage, expérimentant les possibilités d’interprétations multiples d’une forme ou d’une image, mon travail s’attache à épuiser un système. Le travail par séries vise à multiplier les tentatives et les possibilités de lectures, à déjouer l’autorité d’une forme unique et proposer en variation l’exploration répétée et approfondie d’un sujet, d’une image ou d’un geste.

Usant fréquemment du ratage, des accidents techniques et des erreurs, ainsi que des rebuts de ma production artistique, je propose des formes aux lectures multiples qui tentent de perturber l’ordre établi des choses, en explorant le potentiel politique des positions marginales issues des contre-cultures et rendant hommage à ses personnages excentriques et autres anti-héros.

Mes expositions sont des suites d’œuvres autonomes installées pour entrer en résonance et constituer des récits sans début ni fin, des compositions dans l’espace proposant un commentaire sur le monde. Elles évoquent entre autres un possible avenir catastrophique, que seul un pessimisme combatif pourrait déjouer.

 

- Sélection de travaux : http://www.benjaminhochart.com/works/hochart_works.pdf

- Site de l'artiste : http://www.benjaminhochart.com

 

Cité scolaire D'Arsonval - Place du 15 Août 1944 - Brive-la-Gaillarde - 05 55 18 66 00 | Plan du site | Mentions légales