Cité scolaire D'Arsonval à Brive en Corrèze : Collège, Lycée, Post Bac accès intranet
COLLEGE - LYCEE - POST-BAC - BRIVE-LA-GAILLARDE (CORREZE)

2013-2014

Cette rubrique propose de vous présenter, à travers des articles documentés et enrichis de liens pertinents, les œuvres que le Fonds régional d’art contemporain (Frac) de Limoges dépose en prêt dans L’aNGLE.

Pour l’année 2013-2014, le thème retenu questionne les résonances du ready-made, dans les pratiques artistiques contemporaines.
Il y a 100 ans, Marcel Duchamp inventait son premier ready-made : Roue de bicyclette, dont la réplique réalisée en 1964 sous la direction de Marcel Duchamp par la Galerie Schwarz, Milan, constitue la 6e version de ce Ready-made, l’original ayant été perdu.
Peintre, artiste indépendant des groupes, fût-ce celui du surréalisme – avec lequel il lui est arrivé souvent de collaborer –, grand joueur d’échecs, individu émancipé, Marcel Duchamp est sans doute l’artiste du xxe siècle qui a le mieux réussi à accomplir une œuvre absolument originale, en échappant aux variations du marché de l’art et au système de la mode. « Unique », au sens que Max Stirner donnait à ce mot, il a, plus radicalement que Picasso, ébranlé les valeurs esthétiques sur lesquelles Cézanne et ses héritiers cubistes, puis abstraits, ont voulu construire l’art moderne : la « peinture-peinture », ou « peinture pure », dont il fut le premier à dénoncer la limitation « rétinienne », les aspects anti-intellectuels et le caractère décoratif, dus à la recherche du seul « plaisir des yeux ».
Plutôt que de s’affilier à une tendance esthétique quelconque, Marcel Duchamp a en effet préféré, de même que ses amis Francis Picabia et Man Ray, qui furent les premiers à le suivre dans cette voie, prendre le risque de l’anti-art. Par deux œuvres de grandes dimensions, les deux pôles de sa planète, auxquelles il a secrètement travaillé au début (1912-1923) et à la fin (1946-1966) de sa vie : La Mariée mise à nu par ses célibataires, même et Étant donnés : 1o la chute d’eau, 2o le gaz d’éclairage, accompagnées ou séparées par quelques objets ironiques, qu’il appelait ready-mades (« objets manufacturés promus à la dignité d’œuvres d’art par le choix de l’artiste »), il a pris une grande distance à l’égard du monde de l’art, de ses rivalités et de ses aléas, en s’éloignant le plus souvent possible du milieu artistique parisien, à Munich et surtout à New York, puis en concentrant l’essentiel de son œuvre dans un seul lieu : le musée de Philadelphie.
Il avait au préalable rassemblé des reproductions, répliques et fac-similés de presque tous ses travaux dans sa Boîte-en-valise (1936-1941), qui a accrédité jusqu’à sa mort, par son caractère de « musée portatif », la thèse selon laquelle il avait « définitivement abandonné » la peinture, sinon la création artistique en 1923. La révélation d’Étant donnés, un an après sa mort, a ruiné cette thèse et contribué au réexamen critique et historique dont toute sa démarche demeure l’objet.

(© Encyclopédie Universalis - Auteur : Alain JOUFFROY )

Quelle est la définition de ready-made, mot désormais passé dans le vocabulaire usuel des arts plastiques et de l’histoire de l’art ?

On trouve le mot pour la première fois sous la plume de l’artiste dans une lettre expédiée de New York à sa sœur Suzanne, le 15 janvier 1916 : « Maintenant si tu es montée chez moi tu as vu dans l’atelier une roue de bicyclette et un porte-bouteilles. – J’avais acheté cela comme une sculpture toute faite. Et j’ai une intention à propos de ce dit porte-bouteilles : Écoute. Ici, à N.Y., j’ai acheté des objets dans le même goût et je les traite comme des « readymade » tu sais assez d’anglais pour comprendre le sens de « tout fait » que je donne à ces objets – Je les signe et je leur donne une inscription en anglais. Je te donne qques exemples : J’ai par exemple une grande pelle à neige sur laquelle j’ai inscrit en bas : In advance of the broken arm. Traduction française : En prévision du bras cassé. Ne t’escrime pas trop à comprendre dans le sens romantique ou impressionniste ou cubiste – cela n’a aucun rapport avec ; Un autre « readymade » s’appelle : Emergency in favor of twice. Traduction française possible : Danger/Crise/ en faveur de deux fois. Tout ce préambule pour te dire : Prends pour toi ce porte-bouteilles. J’en fais un « Readymade » à distance. Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent l’inscription que je vais te donner ci après. Et tu signeras de la même écriture comme suit : [d’après] Marcel Duchamp. »
On remarquera que Duchamp adopte sans tergiverser la forme substantive, mais avec deux orthographes différentes. Bien plus tard, il recommandera, dans une note à Michel Sanouillet : « Je préfère Ready-made, en italiques et cela s’accorde. »
Mais on notera surtout que l’artiste donne là un embryon de définition (« sculpture toute faite »), une première liste, et une première indication de recette ou de méthode : ajouter, fût-ce par procuration, une signature et une phrase sur un objet. Premiers éclaircissements et premiers mystères : personne n’a jamais pu déterminer ce qu’était Emergency in favor of twice, et le second feuillet de la lettre, porteur de l’inscription qui devait être apposée sur le porte-bouteilles, a disparu, comme avait disparu aussi l’objet, lorsque la lettre parvint à sa destinataire.
La suite ne dissipera ces mystères que pour mieux les relancer. Il faut attendre une vingtaine d’années pour trouver, dans le fameux texte de Breton « Phare de La Mariée » (Minotaure, no 6, hiver 1935), une première définition mise en forme des Ready-mades. S’inspirant des notes de l’artiste parues dans sa Boîte verte en 1934, Breton décrit l’activité de Duchamp comme « les diverses spéculations auxquelles l’a entraîné la considération de ces ready made (objets manufacturés promus à la dignité d’objets d’art par le choix de l’artiste) à travers lesquels, de loin en loin, au mépris de tout autre secours, il s’est très orgueilleusement exprimé ». Le chef de file des surréalistes ne tient donc pas le choix de l’artiste pour un acte simple susceptible de transformer à lui seul un objet en œuvre – il évoque plutôt cette hypothèse comme source des spéculations duchampiennes.
Mais trois ans plus tard, le Dictionnaire abrégé du surréalisme (1937) qu’il rédige avec Éluard présente le Ready-made comme un « objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste ». Cette version va faire souche. Arthur Danto peut encore écrire, en 1981, dans La Transfiguration du banal : « Duchamp décréta bien qu’une pelle à neige était une œuvre d’art, et c’en fut une. Il procéda pareillement pour un porte-bouteilles. » Auteur présumé d’une transmutation par simple choix, Duchamp est ainsi devenu le promoteur, encensé par les uns, voué aux gémonies par les autres, d’un impérialisme conceptuel sans précédent, supposé permettre à l’art en Occident d’annexer n’importe quoi.

(© Encyclopédie Universalis - Auteur : Didier SEMIN )

- Entretien avec l’artiste Marcel DUCHAMP (1887-1968), fait en juin 1967, portant uniquement sur les "ready-made" inventés à New York : INA.fr

Quatre artistes dont les œuvres proviennent du Fonds régional d’art contemporain du Limousin sont présentés, successivement, dans L’aNGLE : Gabriel Di MATTEO , Didier MARCEL, Guillaume BIJL , John ARMLEDER.

 

 

Dans cette catégorie

Cité scolaire D'Arsonval - Place du 15 Août 1944 - Brive-la-Gaillarde - 05 55 18 66 00 | Plan du site | Mentions légales